‹ Le soprano;Chapitre 22 sur 26 · LE PRINCE, GIANETTA · texte numérisé non relu

LE PRINCE, GIANETTA

LE PRINCE, après un moment de silence.

Eh bon Dieu ! qu'est-ce que cela signifie , et de quoi dois -tu donc me parler.

GIANETTA , timidement.

Ne le devinez-vous pas, monseigneur ? Ce mariage anquel vous aviez consenti hier, et que vous refusez aujourd'hui.

LE PRINCE

C'est vrai; hier, cela m'était égal. . . mais , je le l'ai dit ce matin , depuis que ta vue a rappelé en moi des souvenirs. . .

GIANETTA

Une femme que vous avez à peine vue . . . que vous ne reverrez jamais.

LE PRINCE

Et c'est ce qui me désole . . . Sans cela , je ne dis pas . . . Mais , en attendant , j'aime à retrouver ces pensées , ces

illusions qui m'occupaient près d'elle. . . J'aime surtout à nie rappeler ce jour où pressant sur mes lèvres sa main qu'elle m'avait abandonnée . . .

GIANETTA, vivement.

Que vous aviez prise, monseigneur.

LE PRINCE, étonné.

O ciel ! qui vous a dit?. . . je n'ai pourtant confié à personne. . .

GIANETTA , embarrassée.

Eh mais ! qui voulez-vous qui m'en ait instruit , si ce n'est elle-même.

LE PRINCE

Elle! vous l'avez donc vue?. . . vous la connaissez

donc?

GIANETTA , hésitant.

Puisqu'il n'est plus possible de vous cacher la vérité , puisqu'il faut avouer . . eh bien ! monseigneur, cette ressemblance qui vous a tant frappé ... ne vous a-t-elle pas appris ? . . .

LE PRINCE , vivement.

Quoi donc?

GIANETTA

Que c'était ma sœur.

Ta sœur! . . . il serait vrai! . . . oui , oui , j'aurais dû le deviner, et je m'étonne maintenant d'avoir attribué au hasard. . . {Avec joie. ,)Ta sœur! ... ah I Gianino! que je suis heureux de pouvoir enfin parler d'elle... Dis-moi quel est son sort?. . . quand la verrai-je ?. . . qu'est-elle devenue?. . . sait-elle que, depuis notre séparation , je n'ai pas cessé de penser à elle. . . que je ne puis l'oublier? GIANETTA.

Il le faut cependant.

LE PRINCE

L'oublier ! . . . moi ? . . .

GIANETTA

C'est elle qui vous en supplie . . . pour son repos , pour sa tranquillité . . .Quel espoir pouvez-vous encore conser-

5o LE SOPRANO,

ver? songez quelle est mariée à un homme quelle

aime , qu'elle chérit.

LE PRINCE

Oh! pour cela , c'est ce qui te trompe. . . elle ne laime pas. . . je l'ai vu aisément dans le peu d'instans que j'ai passés près d'elle.

GIANETTA , vivement.

Si, monsieur. . .son mari mérite son estime, son affection,

LE PRINCE, du ton du reproche.

Ah! Gianino! c'est mal tu es plus pour ton beaufrère que pour moi.

GIANETTA , involontairement .

Oh ! non, je vous jure.

LE PRINCE, à mi-voix.

Eh bien! alors, dis moi où elle est.

GIANETTA

Je ne le puis. . . elle me l'a défendu.

LE PRINCE, très-pressant.

Je t'en conjure ... je te le demande à genoux ... Si tu as quelque affection pour moi... Je ne veux rien qui puisse l'affliger, lui déplaire. . . mais quand elle saura combien je l'aime, combien j'ai souffert loin d'elle, il est impossible qu'elle me refuse quelque pitié.

GIANETTA

Monseigneur. . .

LE PRINCE

S'il faut renoncer à elle ... si elle me l'ordonne ... eh bien! j'y souscrirai. . . mais au moins, que je l'entende, que je la voie . . .

GIANETTA

Eh quoi ! . . . pour la revoir un seul instant? . . .

LE PRINCE

Je donnerais ma fortune , ma vie . . .

GIANETTA

Nous n'en demandons pas tant. . . Consentez à ce que votre oncle souhaite. . . signez ce contrat. . . et je vous promets que vous la reverrez.

COMÉDIE-VAUDEVILLE . 5i

LE PRINCE

Je la re verrai ? . . . tu le promets.

GIANETTA

LE PRINCE

GIÀNETTA.

Je vous le jure.

Et bientôt ?

Dès demain.

LE PRINCE, vivement.

Donne-moi ce contrat. (// le prend et court vivement à la table.

GIANETTA

Il serait vrai?

LE PRINCE

Am du Matelot. (De Mme Duchambge. ) Oui , ce. mot seul m'a donné du courage , Et tu le vois, je signe aveugle'ment ; En d'autres nœuds pour jamais je m'engage, Mais songe bien à tenir ton serment.

Que je la voie , et pour moi tout s'oublie , Que je la voie !.. et dis bien à ta sœur , Que mon espoir, ma liberté, ma vie, J'ai tout donné pour un jour de bonbeur.

GIANETTA , essuyant une larme.

Elle le saura, monseigneur.

LE PRINCE , la voyant essuyer une larme. Eh mais i comme tu es ému ! . . . qu'as-tu donc ?

GIANETTA, se remettant.

Rien ... je pensais à ma sœur. . . oui , vous méritez son amitié , la mienne . . . elle doit êire touchée d'un amour si noble, si généreux. .. et vous en serez récompensé. (Lui tendant la main.) Vous la verrez dès aujourd'hui. LE PRINCE , transporte.

Aujourd'hui ! . . . ( Lui sautant au cou et V embrassant.) Ah ! mon ami . . . mon cher ami !

GIANETTA , se débattant, Eh bien ! monseigneur . . .

GUIMBARDIN1 , au fond.

Oh ! quelle dissonnance !

LE PRINCE enchanté.

Je n'ai plus rien à désirer. (Gianetta sort.)

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