‹ Le soprano;Chapitre 25 sur 26 · SCÈNE XIX ET DERNIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE XIX ET DERNIÈRE

Les Mêmes, GIANETTA (enfemme), précédée de GER- TRUDE*.

Que vois-je ? une femme.

LE PRINCE, vivement.

C'est elle. . . c'est mon inconnue.

GIANETTA , montrant Guimbardini.

Ou plutôt la femme de monsieur.

GUIMBARDINI , regardant le cardinal.

C'est-à-dire . . . c'est selon ... je ne suis pas complice.

GIANETTA, souriant.

Ne craignez rien ... il n'y a plus de danger . . . car nous partons à l'instant pour Naples.

LE PRINCE

Pour Naples ?

GIANETTA Où j'ai un engagement encore plus beau que celui que Ton m'offrait ici.

GUIMBARDINI.

Encore plus beau! . . . Femme adorée, je te retrouve enfin.. . ce n'est pas sans peine , et sans peur ! . . .

* Gertmde, le Cardinal , le Prince, Gîanetta, Guimbardini.

LE CARDINAL, un peu confus.

C'était une femme ! . . . et moi , qui dans ma joie. . . ( Les yeux au ciel). Ce que c'est que de nous.

GIANETTA , s 'approchant timidement du cardinal.

Monseigneur, j'ai causé bien du trouble dans cette maison. . . mais si j'ai été assez heureuse pour seconder vos desseins. . . pour toute grâce , je vous demande votre protection. ... Si mon secret était découvert, daignez étouffer les poursuites.

J'y suis trop intéressé moi-même Vous entendez ,

Gertrude, le plus grand silence.

GERTRUDE

Est-ce que je parle jamais , monseigneur ?

GIANETTA, émue , et regardant le prince à la dérobée.

Du reste , je n'oublierai jamais le tems que j'ai passé chez monseigneur , et l'amitié qu'on m'y a témoignée.

GUIMBARDINI.

Certainement nous n'oublierons jamais ses bontés , moi , particulièrement.

LE PRINCE ; regardant Gianetta.

Comment donc. . . un homme de talent !.. : car il paraît décidément qu'il en a beaucoup , et qu'on ne lui rend pas justice. . . Oubliez ce que je vous ai dit, mon cher ami, je n'y pense plus.

GUIMBARDINI.

A la bonne heure.

LE PRINCE

Ne voyez en moi qu'un patron , un protecteur ; on aura

soin de vous on vous poussera on vous fera faire

des opéras. . . on les fera représenter.

GUIMBARDINI, avec joie.

Je serai donc joué ! au moins , il sait réparer ses

torts.

LE PRINCE

Quant à moi , cher oncle , vous m'avez promis que , dès que je vous aurais obéi, je pourrais entreprendre mes voyages.

LE CARDINAL

C'est juste, mon ami, te voilà marié , tu es parfaitement libre.

LE PRINCE

C'est bien, je pars demain ; et je commence par Naples.

GERTRUDE

Par Naples !

LE PRINCE

Je veux assister aux débuts de Gianetta , aux triomphes de son mari.

GUIMBARDINI.

• Quelle bonté !

LE PRINCE

Les arts consolent de tout , et font tout oublier. . . Je ne suis plus qu'artiste.

GUIMBARDINI , montrant sa femme.

Nous aussi. . . nous serons deux.

LE PRINCE, lui tendant la main.

Nous serons trois.

GUIMBARDINI , la lui serrant.

Quel honneur !

Air : Accourez tous , venez m'entendre. ( du Philtre).

GUIMBARDINI.

Vous viendrez tous; ma réussite

De vous seuls, messieurs , de'pendra ;

Accourez tous ; je vous invite

A ma noce , à mon opéra.

Vous m'entendrez ; mon orchestre en vaut mille : Flûtes, bassons, clairons, tambours, serpens ,

J'ai de tout {Au public) ; il est inutile {faisant le geste du sifflet.)

D'apporter d'autres instrumens.

Accourez tous ; ma réussite

De vous seuls, messieurs, dépendra ;

Accourez tous ; je vous invite

A ma noce , à mon opéra.

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