‹ Le sorcier de l'isle de l'Anticosti [microforme]Chapitre 25 sur 34 · LA CAPTURE · texte numérisé non relu

LA CAPTURE

Le jeunc homme prit sa tête à deux mains, cherchant à se remettre de sa stupeur. Paula, elle, secouée par un tremblement dont elle n’était pas maitresse, se redisait:

— Ce n'était pas un rêve !

Le pauvre Daniel s’injuriait :

—Paresseux ! pourquoi as-tu dormi plutôt que de veiller! C’est comme cela que tu, as soin de ces enfants!

— Allons ! dit Robert, il est évident qu’un enncmi nous poursuit. Il aurait pu nous tuer comme ces pauvres bêtes ; s’il ne l’a pas fait, c’est qu’il n’a pas eu le temps, ou qu’il a intérêt à ménager notre vie. En tout cas, je suis armé, se dit-il en lui-même, ct ils devront l’achèter chèrement.

—- Ah! dit plaintivement Lucy, si nous avions seulement Cœur-Vaillant pour t'aider!

Dans le danger, elle se rappelait l’ami dont leur avait parlé leur père.

S'étant un peu échrtés des chevaux morts, les jeunes gens ct Daniel tinrent conseil. Il fut convenu qu'on chercherait à rejoindre le cours du Mississipi, où peut-être ‘n trouverait une barque pour remonter le fleuve ; , . il était impossible à deux jeunes filles délicatement élevées de faire la route à pied, même en montant alternativement sur la Grise, comme on l’avait décidé.

Au point C1 jour on se mit donc en route pour suivre le cours de la rivière. On avançait lentement. Robert ouvrait la marche soutenant celle de ses sœurs qui allait à ried; l’autre était sous la garde de Daniel, qui conduisait la Grise.

Robert se rassurait un peu, se disant que si l’on avait voulu leur mort, on n'aurait pas attendu si

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longtemps. Hélas! il ne comprit que trop tôt pourquoi l'ennemi avait attendu.

Sûr maintenant qu’ils ne s’échapperaient pas, le voleur du cheval était allé retrouver queiques hommes de sa tribu qui campaient dans le voisinage, ct à peine les premicres ombres du soir tombaent-elles, que leur cri de guerre retentit, cri horrible qui porta l'effoi dans le cœur des jeunes filles et du pauvre Daniel.

Robert, tirant ses pistolets, s'apprêtait à défendre ses sœurs, sc demandant avec angoisse ce qu’elles devicndraient, s’il mourait avant elles, lorsqu'une vingtaine de Pcaux-Rouges, bizarrement tatoués ct portant à leur ceinture des chevelures enlevées à des faces pâles, semblèrent surgir du sol même, car ils s'étaient cachés derrière de grosses roches ct bondirent sur Robert et Danicl, qui furent immédiatement mis hors d’état de pouvoir faire aucun mouvcment.

Quant aux jeunes filles, on se contenta de leur lier les pieds et les mains ct elles furent jetées en travers sur le dos de la Grise. Quatre hommes prirent les deux prisonniers, ct toute la troupe disparut. Nul n'aurait pu dire ce qui s'était passé dans ce coin retiré, où seules les herbes froissécs parlaient de lutté et d’embuscade.

Cependant un homme de haute stature sortit lui aussi des roches et parut contempler avec attention le lieu de la rencontre. A sa peau bistrée, ainsi qu'à quelques détails de son costume, on l’eùût facilement pris pour un Indien.

Une froide décision se lisait dans ses traits éncrgiques.

Suivant l'habitude de ceux qui vivent seuls, il se mit à monologuer:

— Où ce gueux de Jaguar les emmène-t-il? Dire que je les suis depuis hier et que tout à l'heure je

l'avais au bout de mon fusil ! Oui, mais je risquais de tucr la jeune fille blonde qui a prononcé mon nom... Qui est-elle?... Je le saurai.

Et il entra dans le taillis comme un homme à qui toutes les routes de l'immense forêt auraient été familières.

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