C. Dusois
Duns les premicrs arte de septembre IN52, j m'embarquais sur la Doris”, afin Le visiter, pour lan premiére Pois, les côtes désertes ct inhospitalicres de l'ile d'Anticosti, Peu élevée, bordée de récifs et souvent couverte de brumes épaisses, cette terre cest fort dangereuse pour les bâtiments qui entrent dans le fleuve Saint-Laurent ou qui en sortent, L'automne et le printemps, les vents soufflent avec une extrème violence sur ln er voisine: aussi de nombreux naufrages ont rendu tristement célèbre le nom de l'ile d'Anticosti,
Autreiois, quand un vaisseau venait se briser à lu côte, les hommes de l'équipage, qui n'étaient pas cngloutis par les flots où broyés par les rochers, étaient condamnés à périr de fafm et de froid, sans pouvoir espérer de secours, Les sinistres de ce genre devenaient si fréquents et si désastreux, à mesure que le commerce du pays s'étendait au dehe:s, que la législature du Bas-Canada dut s'occuper c'e les prévenir, ou du moins de venir en aide aux n «celots naufragés. Depuis quinze à vingt ans, deux phares ont été bâtis sur la côte méridionale d'Anticosti. par les soins du gouvernement provincial, Ils sont à trente lieues l'un de l'autre; le premier s'élève sur la pointe est de l’île, ct le second sur la pointe sudouest. Ce sont des tours de soixante-dix à quatrevingts pieds de hauteur, couronnées par un fanal monstre, dont la lumière sert à signaler aux navigateurs deux des points les plus dangereux de l'ile. Chacun de ces phares est à cinq ou six étages; l'appartement le plus rapproché du fanal renferme
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l'huile et une partie des appareils qui font tourne les réverbères. Dans les étages inférieurs sont dé J0sés des vivres, réservés pour les besoins des mate ots et des voyageurs que quelque accident jetterai sur l'île. Deux autres dépôts ont été établis pour l: même fin, l’un à la riviere Jupiter ou rivière au Chaloupes, à mi-chemin entre les deux phares, e l’autre à dix lieues au-dessus de la pointe du sud ouest, vers le fond de la baie de Gamache.
Le vapeur à hélice la “Doris” allait distribuer les provisions d'huile, de lard et de farine, avant les er temps de l’équinoxe: il portait quelques merm-
res du bureau de 1a Trinité, chargés de visiter les établissements confiés à leur surveillance. Quoi-
même bâtiment, sur lequel messieurs les commissaires me témoignaient la plus franche amitié,
Nous n'avions plus qu'une étape à visiter dans l’île, celle de la baie de Gamache ; j'avais hâte d'y arriver, car depuis nombre d'années le nom du sieur Gamache retentissait à mes oreilles, sans que j'eusse trouvé l’occasion de voir le personnage luimême. Il n’est pas un pilote du Saint-Laurent, pas un matelot canadien, qui ne connaisse Gamache de réputation; de Québec à Gaspé, il n’est pas une paroisse où l’on ne répète de merveilleuses histoires sur Son compte. Dans les récits populaires, il est représenté comme le beau idéal d’un forban, moitié ogre et moitié loup-garou, qui jouit de l’amitié et de la protection spéciale d’un démon familier. On l’a vu debout sur un banc de sa chaloupe, commander au diable d'apporter un plein bonnet de bon vent: un instant après, la chaloupe de Gamache faisait vent arrière, les voiles pleines, sur une mer unie comme une glace, tandis que. tout autour, les autres embarcations dormaient sur l’eau, sur un calme plat.
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Pendant un voyage qu'il fit à Rimouski, il donna un grand souper au démon, non pas à un diablotin de seconde classe, mais au bourgeois lui-même. Seul avec ses Compagnons invisibles, il a massacré des équipages entiers et s’est ainsi emparé de riches car-
aisons. Vivement poursuivi par un bâtiment de fa compagnie des postes du Roi, il a disparu avec sa goélette, au moment où il allait être saisi, et l'on n’a plus aperçu qu'une flamme bleuâtre dansant sur les eaux. Voilà la substance de bien des légendes que, le soir à la lumière des étoiles, les matelots débitent sur le gaillard d'avant, et qui se répètent, au coin du feu, dans les réunions de village.
Sur ces récits merveilleux s'était élevée et avait grandi la réputation du redoutable sorcier; aussi la plupart des voyageurs auraient-ils aimé mieux escalader la citadelle de Québec que d'approcher, pendant la nuit, de la maison de Gamache.
Ces contes avaient été accueillis même sur les navires anglais, qui, dans la traversée entre la Grande-Bretagne et le Canada, sont forcés de côtoyer l’île d’Anticosti. Un de mes compagnons de voyage, ancien officier de la marine royale, en arrivant dans ce pays, il y a environ quinze ans, fut tout étonné, lorsqu'il passa vis-à-vis de l'ile d’Antiscosti, d'entendre les récits des matelots anglais sur le compte du terrible Gamache. Les fables les plus merveilleuses étaient débitées par un marchand juif, de Montréal, qui, pendant deux jours, fut dans des transes continuelles, tant il craignait d’être mis à la broche et dévoré à belles dents dans l’antre du polyphème d’Anticosti.
La “Doris”, arrêtée par une brume épaisse, avait mouillé au large de la baie de Gamache. Vers les huit heures du matin, les bancs de brume se dis-
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Jersent sous le souffle d'un vent frais, et un sole: rillant nous laisse ‘percevoir, à une licue de dis tance, les deux caps qui marquent l'entrée de la baic Nous doublons la pointe à l’Aigle, ct devant nous s déroule, sur une longucur de cinq milles, une bell. nappe d’eau, abritée contre tous les vents, à l’excep tion de ceux qui viennent du sud. Nous entrons dan: la baie de Gamache, seul port de l’île d’Antiscosti Sur un côteau, qui s'étend au fond de la baie, bril. lent, par leur blancheur, des édifices groupés en forme de village: il n’y a là cependant que la maison les granges et les hangars du maître du licu. Ils sont sur les bords d’une petite rivière, qui serpente au milieu de belles prairies, et se décharge à la mer, tout près de la maison.
Dans les eaux de la baic il y a chasse et pêche en abondance; à notre passage se lèvent canards, Sarcelles, huards, outardes. ès que nous avons jeté l'ancre, des loups-marins s'approchent; se tenant à une distance respectueuse, ils examinent attentivement, et avec un certain air d'intelligence, la masse noir qui, au milieu de flots d’écume, lance le feu et la fumée. Ils la prennent sans doute pour quelque balcine extraordinaire, qui vient envahir leur paisible domaine: aussi ont-ils la prudence de se tenir hors de la portée de sa queuc et de ses lourdes mâchoires.
À peine avons-nous mis pied à terre, qu’un homme, en cheveux blancs, mais encore vert et vigoureux, s'avance vers nous et vient me saisir la main avec une énergique cordialité. “ C’est à vous le premier que je dois donner la main, monsieur le curé; soyez le bienvenu. Excusez, messieurs, mais je dois commencer par mon prêtre.” C'était Louis- Olivier Gamache, maître du licu. A son compte, notre hôte avait alors soixante-huit ans; il était p''in de feu et d’activité, parlait fort et ferme, et s’occupait
soleil le disa baie.
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mer,
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u’un t viir la vous ar le is je )Juisipte, d'in pait
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de ses affaires avec tout l’entrain d'un jeune homme. “ Voyez-vous, messieurs, on cest porté à vivre vieux ici”, nous répondit-il, lorsque nous le complimentions de sa vigueur ;: “l'air de la mer entretient la santé. Regardez mon poulain, là-bas: il ne songe pas encore à mourir. Ce n’est pourtant plus une “jeunesse ”, car il avait six ans quand il arriva ici, il y a bientôt vingt-neuf ans.”
La maison consistant en un rez-de-chaussée surmonté d’un étage et d'une mansarde, était un véritable arsenal. Dans la chambre voisine de la porte d'entrée, je comptai douze fusils, dont )lusieurs étaient à deux coups. Chargés et amorcés, ils étaient suspendus aux poutres et aux cloisons, au milieu d'é-
ées, de sabres, de piques, de baïonnettes, de pistoets. Chaque appartement, même dans les mansardes, renfermait au moins deux ou trois fusils. De plus, toutes les précautions avaient été prises pour empêcher les étrangers d'entrer sans la permission du maître; toutes les portes et les fenêtres se fermaient de manière à pouvoir être solidement barricadées et à résister aux efforts d'un ennemi )lacé à l'extérieur. Au moyen de ces arrangements, deux ou trois hommes, retirés dans la maison, auraient pu soutenir un siège régulier contre une douzaine d'assaillants. Près du perron, un canon était monté sur un affüt de mauvaise mine; mais il n’était guère en état que de faire du bruit.
Tenus avec un soin et une propreté remarquables, les hangars contenaient de longues rangées de barils, de seaux, de barriques et d’épaves de tout genre. “Mes étables ne renferment plus d'animaux,” nous dit Gamache, en nous les indiquant de la main: “avant la mort de la bonne femme, j'avais ordinairement quatorze à quinze vaches; par défaut de soins tout a fondu, depuis qu’elle n’y est plus pour veiller sur le “train.” Je vois bien que je serai
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forcé de me marier une troisième fois. Je pen monsieur le curé, que si vous pouviez me trouv à Québec, une femme qui voudrait devenir madm Gamache, vous me rendriez service et à elle au: peut-être.” Je n'osai promettre que je m'occu] rais de l'affaire ; je n’en avais point le temps, ct d’a leurs je n'avais aucun espoir de trouver une p. sonne qui voulût consentir à être maitresse de manoir, à condition d'y passer presque toute l’ann dans un complet isolement. Les absences du bou gcois étaient fréquentes: durant l'été, il naviguai cn hiver, il courait les bois pour la chasse, Sa seconde femme est morte pendant qu’il éta dans la forêt, occupé à tendre et à visiter des pi es. Quand il rentra à la maison, après une absen( de deux semaihes, il ne trouva plus qu'un cadavi glacé et roidi, auprès duquel se pressaient, exténu. de faim et transis de froid, ses deux petits enfant âgés l’un de cinq ans et l'autre de six. “ Voil comme on me trouvera quelque bon jour; chacu aura son tour. Eh bien! puisqu'elle est morte, faut l’enterrer.” Ce fut la seule remarque qu'il f au chasseur qui l'accompagnait ; il avait cependar
toujours témoigné à sa femme de la bonté et de l’a! fection.
Pendant les quelques heures que nous passâäme
en ce lieu, nos préjugés contre Gamache se dissipe rent. Dans sa personne, les dehors étaient rudes mais le fond du cœur était bon. Il était le premier : rire des moyens qu’il avait employés pour acquéri sa terrible renommée, et il se félicitait de la sécu rité qu'elle lui procurait dans son poste périlleux ‘ous pümes recueillir de sa bouche quelques dé tails sur sa vie et, en particulier, sur les espiègle. ries qui avaient rendu son nom célèbre dans les quartiers d’alentour. |
e pense, trouver, nadame le aussi, 'occupeet d’ailne pere de ce l’année u bourviguait ;
’il était les pièbsence adavre ténués nfants, * Voilà chacun orte, il qu'il fit endant le l’af-
ssames issipèrudes, mier à quérir sécuillcux.
es déièglens les
À à EL] |
Louis-Olivier Gamache naquit à l’Islet, vers 1784, d'une famille originaire de Saint-Illier-la-Ville, dans le diocèse de Chartres. Ses ancêtres s'établirent, il ya près de deux cents ans, dans la côte de Bcaupré, d'où ils passèrent sur la rive méridionale du Saint- Laurent. C’est d'un membre de cette famille que le fief de Gamache a reçu son nom.
D'un caractère ardent et avantureux, le jeune Olivier quitta ses parents à l'âge de onze ans, pour s'engager comme mousse à bord d'une frégate anglaise; son éducation se fit dans les hauban: et sous la direction de !a garcette. Aussi, quand il revint au pays, après avoir servi pendant de lon ues années dans la marine royale, il rapporta toute ‘’intrépidité et en même temps toute la rudesse d’un vieux matelot anglais. N'ayant point réussi dans le négoce
u’il entreprit d’abord à Rimouski, il alla se fixer dans l’île d’Anticosti, au fond de la baie qui porte aujourd’hui son nom: il acheta cet établissement d’un sieur Hamel, qui y avait résidé assez longtemps.
Cette situation était conforme aux goûts de Gamache, car il aimait l'indépendance; il pouvait, en ce lieu, se livrer à ses occupations favorites, la p‘-he, la chasse, la navigation. Seul avec sa fem 5es enfants et un ou deux serviteurs, il passait six mois d’un long hiver sans avoir de rapports avec le reste du onde. Ses plus proches voisins, placés à dix lieues de lui, vivaient dans un semblable isolement.
- En été sa baie était visitée par des navires cherchant un havre, et quelquefois par des coureurs d’aventures. Par suite de l'éloignement de tout se- COUrs, Sa Maison était exposée à des attaques de la
art de ces derniers: il songea donc à la mettre à ‘abri d’un coup de main, en multipliant les moyens
de défense et en attachant à son nom le prestige d'u: lerreur superstitieuse.
Une veine de plaisanterie se cachait souvent : fond des mesures qu'employait Gamache pour :
faire craindre, Arrivant un jour à Rimouski apr un jeûne forcé, il s'arrête à une auberge ct demanc qu'on prépare à souper pour deux personnes, dar une chambre séparée, Le souper est servi: selo ses ordres, deux couverts sont placés sur la table.
——" Mais, qui attendez-vous pour souper? ic manda l'hôtelière.
—" Est-ce que cela vous regarde ? vous scere payée comme ji faut; c'est assez. Retirez-vous, « ne rentrez point sans que je vous appelle.”
Le À sbdreques sorcier ferme soigneusement LE porte. Après s'être acquitté noblement de la täch de bon mangeur, il appelle l'hôtesse, qui fanuii erdre connaissance en entrant dans la chambre 4 porte est bien restée jusque-là fermée; et ce pendant voilà deux chaises auprès de la table, les deux couverts sont servi, et, qui plus est, un seu homme n'aurait jamais cu le courage de manger lout ce qui avait êté mis sur la nappe.
Le lendemain matin, tout le canton était informe que Garaache avait passé la veillée avec le diable.
n les avait entendus parler tout bas, et bien des circonstances mystérieuses a aient été remarquées ; Mais On n'osait pas les répéter. Gamache riail sous ‘ape et se disait tout bas:
Eh bien! mes L......s, Juisque vou. êtes si bêtes, on va mettre une double charge à la peur”,
—Madame, ce soir, je veux encore un souper pour deux, entendez-vous ? je ne dinerai pas ici, mais j'y souperai.” A six heures, le souper était servi. En entrant dans la maison, Gamache aperçoit un “Te d'hommes ct de femmes qui s’éloignent de ui à son passage.
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"Est-il venu un monsieur habillé noir?” demanda-t-il à l'hôtesse, Pas vu”, répond celle-ci en tremblant, —*'im Jorte, je vais attendre; tenez ma porte fermée ”. Jepuis quelques minutes les curieux chuchotaient dans la cuisine, lorsque tout à coup la porte s'ouvrit, sans que personne se montrât, Gamache, au moyen d'un bâton armé d'une longue ficelle, avait fait l'opération, tout en resant à l'autre extrémité de lu salle à manger, Pâles de frayeur, hommes, femmes, enfants s'enfuient par les portes et par les fenêtres; Gamache est resté maitre du champ de bataille: il se résente devant l’hôtesse, toute tremblante, après la fuite précipitée des compères ct des commères, “Eh bien! madame, vous n'avez pas encore vu venir le monsieur en noir?” —Non, personne ne l'a vu. -* N'importe, il paicra toujours son écot, et je souperai pour lui et pour moi.
Après ce fait, passé devant beaucoup de témoins, personne dans la paroisse de Rimousk! n'aurait osé soutenir que le so:cicr d’Anticosti n'avait pas des rapports intimes avec sa majesté satanique.
De temps à autre, Gamache visitait les Montagnais de la côte du Nord, pour traiter avec eux, quoique des voyageurs ne fussent pas sans danger pour lui. Voici pourquoi: la Compagnie des postes du Roi prétendait avoir le privilège exclusif de faire le commerce des pelleteries au nord du Saint-Laurent, et menait assez durement les caboteurs qui s’aventuraient sur cs prétendus domaines. Elcvé à l’école des in ns Gamache s'était déclaré l'ennemi des monopoles; dans les courses qu'il cntreprenait avec sa goëlette, légère et fine voilière, il usait, à l’exemple de ses modèles, du droit de trafiquer avec le monde entier. Comme il aimait à faire les choses
tout en
franchement, il allait étaler secs marchandises à Ja barbe des employés de la Compagnie, dont il mépri-
sait les menaces, quand leurs forces n'étaient doubles des siennes, Il était d'ailleurs assuré de tr: ver, dans l'occasion, des défenseurs parmi les sau: 8cs, qui favorisaient souvent les traiteurs,
Un jour que sa goélette était mouillée dans Port de Mingan, au milieu d'un cercle de can montagnais, et que le trafic allait rondement, u voile apparaît au loin ct semble se rapprocher : scz vite. L'œil exercé du vieux loup de mer a : Connu un bâtiment armé, dont il a déjà plusieurs fc éludé la poursuite. A demain, de bonne heure, m amis,” cric-t-il aux sauva cs: “ne vous éloign as trop ; nous reprendrons les affaires, quand j'aur donné l'air d'aller à ces messieurs.”
L'ancre est levée, et pendant que l'ennemi cou une bordée pour venir tomber sur sa proie, la flot de canots a Aisparu, ct la goélette glisse rapidemer hors du port, toutes les voiles déployées. Le cro seur se met à sa poursuite, espérant bientôt la r joindre; mais il avait compté sans Gamache, habil pilote, qui réussit à conserver l'avance prise au dc
art, Cependent la nuit se fait, et bientôt les deu:
âth..ents ne sont plus que deux ombres perdue sur la surface des eaux. -—“ Voilà le bon temps * observe Gamache, en s'adressant à son compagnon ‘attise le feu dans la cambuse pour que ces gredins là voient la flamme tout à clair. —Bien. —A pré sent, il faut les faire courir après ce feu-follet”. I lie ensemble quelques bouts de planches pour er former un radeau: les tisons cnflammés de la cam. buse sont enfoncé dns un baril de goudron, qu'il cloue solidement au radeau, et le phare flottant es! descendu avec précaution à la mer.
—" Bon! là, mon garçon; largue l’amarre qui tient le radeau. Pendant qu'us vont s'amuser à le rejoindre, nous allons courir quelques bordées pour alier reprendre notre place dans le port de Mingan.
lent pas de trous sauva-
dans le Canots nt, une her ns- ‘r a reurs fois re, mes loignez j'aurai
i court a flotte lement e croila rehabile au dés deux erducs mps ”, ignon ; edins- \ préae : ur en
cam-
qu'il nt est
e qui "à le pour ngan.
Ils ne sont pas assez futés pour venir nous chercher là.
Grande fut la découverte des ofliciers du croisir, quand, après une chasse prolongée, ils arriverent à un petit feu qui semblait se nourrir des eaux de la mer. La poursuite fut continuée au hasard vers le sud, avec le seul résultat de persuader aux matelots que Gamache s'était échappé sous la forme d'un feu-follet, Grande fut aussi la surprise des commis de Mingan, lorsque, le matin du jour suivant, ils aperçurent la goélette chassée În veille, tranquillenient mouillée à la place qu'elle avait occupéce, quelques heures auparavant, et environnée d'un triple rang de canots montagnais.
uoique Gamache £e confiât à la générosité de la tribu montagnaise en général, il y avait cependant des circonstances où il se mettait en garde contre les individus.
Un jour, il était seul, tout à fait seul, dans son éfablissement, quand un canot sa ‘vage, jusque-là caché par les rochers, aborda à la grève voisine, Un énorme montagnais en débarque, et, armé jusqu'aux dents, s’avance d’un pas ferme vers la maison. Comme il était déjà sous l'influence de l'eau-de-vie, il était à craindre qu’il ne voulût user de sa force pour remplir la boutcille vide qu'il portait, Gamache n’était plus d'âge à lutter corps à corps contre un si vigoureux gaillard. Son parti est de suite pris; il ne faut pas que l'ennemi entre en maitre dans sa forteresse. Il se poste sur le seuil de 1a porte, une carabine au bras et deux ou trois fusils à ses côtés. --“ Arrête! Je te défends d'avancer!” Il lance ces
mots avec sa plus grosse voix, sans troubler aucunement l'étranger qui continue sa marche. “Si tu fais un pas de .. je te tue!” Le pas est fait: mais avant que le sauvage ait pu en faire un second, il tombe frappé d’une balle à la cuisse,
Gamache
Csl déjà à ses côtés: après avoir désarmé le blessé le charge sur ses épaules, le porte à su maison, lave bande sa pluie, puis l'étend sur une Paillasse, 1 serviteurs furent tout surpris, en entrant au log d'y trouver un malade servi avec le plus grand rc par leur bourgcois,
Quand la blessure du montagnais fut guer son hôte l'avertit qu'il était temps de partir, et conduisit à la grève, * Tiens ”, lui dit-il, * voilà te canot et dr3 provisions que je te donne: mais écou bien, sac . rum que lu es ; si tu entends jamais di que Gamache est seul à ln Maison, ne te montre p: ici ; car cette fois-là, je te mettrai une balle dans tête, aussi sûr que j'en ai mis une dans la cuis: d'ours.” La leçon eut son effet, ct sur le blessé et sa les rôdeurs de sa tribu.
La rude réception faite au sauvage montagnai était un cas eXceptionnel: car Gamache accucilla. ordinairement les étrangers avec hospitulité quan il ne se défiait point de leurs intentions. __" ue quefois, cependant ”, disait-il, “il m'est arrivé d
*...F une bonne peur à ceux qui paraissaient mi craindre.”
Pendant une tempête qui avait rendu lu mer fu. ricuse, un jeune pilote, ne pouvant plus tenir au lar. e dans sa Chaloupe, se jeta, de désespoir, dans lu aie de Gamache. Il avait entendu les mille et un rapports qui circulaient sur ce redoutable individu: aussi ne fallait-il rien moins que la crainte d'une mort certaine en pleine mer, pour l’engager à se hasarder dans le repaire du tigre. Il aurait pu rester sur sa chaloupe; mais ce dessein lui paraissait plein de dangers. Gamache était sur la grève ct l'invitait à descendre : il était moins périlleux de lui té- Moigner un peu de confiance que de Paraîitre s’en dé-
blessé, il | fier. Après avoir rais su chaloupe en licu de sûreté,
1, lave et le pilote s'avance en tremblant vers la maison, où il
ssc, Les a Clé devancé par le maitre du licu.
u logis, “Soyez le bienvenu ”, dit celui-ci, en serrant
nd noin Ÿ Ja main de l'étranger, “ je suis bien aise de vous voir, Il y a quelque temps que je n'ai point reçu de
gucric, nouvelles du monde: vous allez m'en donner, En-
r, et le lrez; nous jascrons un peu pendant que la bonne
oilà ton femme nous préparera à sou... r."
écoute Les premiers regards du pe homme tombent
ais dire sur un pun de cloison garni d'armes, depuis le haut
tre pus jusqu'au bus. Cette vue le glace; il aurait préféré dans la tre couché au fond de su Chaloupe, quand même , SUISSE © il eût fallut être balloté par la mer la plus furicusc: et sur mais il avait donné dans le piège, il n'y avait plus
moyen de reculer, Le souper et la vefllée se pus-
a gnais { Sent assez gaiement; le pilot contait de son mieux acillait “es meilleures histoires. Après avoir remercié son quand hôte, il veut rciourner à sa chaloupe pour y coucher. .Quel- 1 “Non, mon ami, lu ne partiras pas; la mer st ivé de | trop grosse au large, la nuit est froide et humide; nt me | puisque {u ne peux pas sortir de la baie, tu n'iras ‘ pas coucher dans ta chaloupe. J'ai en haut un bon
j Coin pour toi. Demain tu parüras, si tu es encore
en vie.” Impossible à l'étranger de rejeter cette in-
er fu- } vilation pressante, sans offenser celui qui l'a si bien u lar- | accueilli; il faut s'exécuter, Un escalier étroit et rains la } pide conduit, par dehors, à la mansarde, —* Tiens, ct un ! dors aussi fort ct aussi longtemps que tu pour-ns. vidu; | Le lit est mou ; il y a dans ce lit de piume À duvet d'une : de bien du gibier : car, vois-tu, j'ai la main sûre : je à se Ÿ ne manque jamais mor Coup quand je tire un fusil.”
1'res- : En se retirant, Gamache ferme Ia porte à l’extéissait ‘ ricur;iln'ya plus moyen d'échapper à cette main | l'in- | ferme ct sûre. Aussi, [a prière du voyageur se fait lité. # plus longue qu'à l'ordinaire; il veut se tenir éveillé
n dé- pour le moment où arrivera le danger. Hélas! Il est
bien jeune encore pour mourir sitôt, Et sa pau mère! qui en prendra soin dans sa vicillesse? 1 jette tout habillé sur son lit, se promettant bien ne pas clore l'œil; mais bientôt il succombe sou:
fatigue et les émotions de ln journée, et il dort l fondément.
Jusque duns son sommeil, lu terreur le suit, rêve: à travers mille périls, il s'est échappé de ln verne d'un géant; vivement poursuivi, il a devai son bourreau, il s'est jeté dans sa chaloupe; lu ve est hisséce, un moment encore, ct il est sauvé, qua un coup vigoureux, app.iqué contre ln cloison, rappelle à la réalité de sa position. C'est bien ( D che lui-même qui se penche vers lui, et qui tic Une lanterne d'une main et un fusil de l'autre, C’ donc bien vrai, tout ce qu'on a dit de cet homn “Ah! te vollà déjà réveillé! Mais comme tu blème! Je gage qu'on t'a dit que Gamache tunit gens. Eh bien! lache, je viens te donner le dern coup ”!... Il lève le fusil, et le suspend à deux clo enfoncés dans la cloison: puis tirant de sa poc un verre ct un flacon d'eau-de-vie, il remplit le ver: boit à la santé de l'étranger, et l'invite à rendre compliment: “Tiens, prends un bon coup, dormiras ensuite; et si Gamache vient t'attaqu cette nuit, tu te défendras; voilà, au-dessus de ta té. un fusil chargé que je t'ui apporté exprès.”
—" Eh bien! camarade ”, dit le maître de la m son à son hôte, en le voyant descendre tout joyeu le lendemain matin, “tu avais eur, hier au soir ; m'en suis bien aperçu: j'ai voulu te la donner bont
uand j'ai té te voir, ‘Tu me connais à présent; si jamais des peureux te disent que Gamache tu les voyageurs, tu leur répondras qu'ils en ont mc: til... Tu vois bien que le aiable n'est pas aussi no: qu'on le dépeint ”!
à pauvre Ce? Ilse | bien de * sous la lort pro-
suit, Il de ln cudevancé la voile *, quand ison, le ien Gaqui tient re, C'est homme!
e tu es unit les dernier ix clous \ poche e verre, ndre le up, tu ttuquer ta tête,
la majoyeux, oir ; je * bonne ‘ent: et he tue t mensi noir
Hein id séétag étés
DA | nbbaéshesietertidtilt A ride ss btsséhééethstsasonsauiénuns is
Nous étions arrivés à la mème conclusion, lorsque nous luissämes le sicur Gumache pour retourner à notre bâtiment, Je n'ai point revu depuis le sorcier d'Anticosti, Au mois de septembre dernier (1854), il est mort, comme su femme, seul, et sans secours, Depuis plusicurs semaines, personne n'avait visité son établissement ; lorsque, au bout de ce temps, des voyageurs entrérent dans la maison. ils ne trouvèrent plus que le cndavre de Louis-Ol r
Gamache, AunËé FERLAND,.