KINGSTON, ONTARIO CANADA
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lu ministère de
Asselin et la Pensée Française
(De FACTION du 26 juillet)
Tous nos lecteurs ont dû lire avec grand intérêt l'interview de M. Asselin sur l'oeuvre de la Per.sée Française, eue nous publions aujourd'hui dans un autre endroit du journal.
Voici pourtant d'autres déclarations qui peut-être ne retiendront pas moins vivement '«ur ,+tention. .Elles émanent de la maison Qn .nnue Johnson & Dagenais, laquelle offre és-ntement en vente 350 arpents de terre à subciviser en lots, au centre du beau village de Chambly-Bassin.
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JOHNSON & DAGENAIS
COURTIERS D'IMMEUBLES RUC Saint-JacqUCS, 58 Téléphone : Main I404
(De /'Action du 26 juillet 1913)
Tout compte fait, le Sou de la Pensée française a rapporté un peu plus de quinze mille piastres. Un rédacteur de /'Action a demandé au père du mouvement, M. Olivar Asselin, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, ce qu'il fallait penser de ce résultat. Voici textuellement la réponse de M. Asselin.
Si nous n'étions que catholiques, nous n'aurions pas lieu de fêter la Saint-Jean plutôt qu'un autre jour; pour affirmer cette croyance religieuse, il suffit de célébrer, par exemple, la Fête-Dieu. Les cérémonies religieuses que nous mêlons à . la Saint-Jean ont pour but de marquer le caractère catholique que les événements ont donné chez nous à la langue, à la pensée, à l'action française; mais la fête est et doit rester avant tout une fête française, pour se distinguer d'autres fêtes nationales qui ont également le cachet catholique.
La Saint-Jean, fête nationale canadienne-française, n'avait jamais, depuis longtemps, donné lieu à la moindre manifestation pratique de l'esprit, de la pensée française; les processions qu'on faisait par les chemins, les feux qu'on allumait sur les collines, les messes mêmes qu'on allait entendre dans les temples ou sur les places publiques, étaient devenus autant de rites
machinaux, dont le croissant éclat coïncidait avec l'affaiblissement de la conscience, de la dignité, de la volonté nationale.
Pour rendre à la fête sa signification, nous avons cru devoir inviter la population canadienne-française à souscrire ce jour-là d'une manière tangible à une forme quelconque d'action française: de là l'institution du Sou de la Pensée française; à une forme indiscutable d'action française: de là notre résolution de verser cette année le Sou au fonds de défense de l'enseignement f tançais en Ontario.
Nous disons pensée française par opposition à la pensée anglo-saxonne, parce que la langue française implique pensée française, c'est-à-dire une certaine façon de sentir, de penser, de juger, propre, à la race française.
C'est cette manière de sentir, de penser, de juger, que nous devons tenir à honneur de cultiver en nous, sans laquelle nous, de sang français, nous serions, dans l'ordre intellectuel, des bâtards ou des dégénérés.
Les Américains, sortis comme nous d'une race plus ancienne, sont comme nous devenus, sous les influences multiples du milieu, une race distincte. Il y a aujourd'hui une race américaine à côté de la race anglaise comme il y a une race canadienne, ou, pour être plus précis, une race canadienne-française, à côté de la race française. Mais la race améri-
caine est une race anglaise; si elle existait comme nous parmi des races étrangères, et qu'elle fût comme nous attaquée dans sa langue, ce qu'elle aurait à défendre, ce
n'est pas la pensée américaine, c'est la langue, la pensée anglaise.
Ce que lesofix millions d'Autrichiens allemands essaient de faire triompher en Autriche, ce n'est pas la pensée autrichienne, et pas davantage la pensée autrichienne-allemande, c'est la pensée allemande.
Dans l'ordre politique, les Belges de langue française sont purement et simplement des Belges; même dans l'ordre intellectuel ils ont un caractère particulier, en ce qu'ils allient à la langue française une tournure d'esprit plutôt germanique; mais quand, par la parole, par la plume, par l'action législative et administrative, ils travaillent à la diffusion du français. — du français par où ils se distinguent d'autres Belges à tournure d'esprit germanique, — ce n'est pas la pensée belge qu'ils servent, c'est la pensée française.
Ces vérités prud'hommesques, à la démonstration desquelles, dans tout autre pays que le nôtre, un homme intelligent rougirait de s'attarder, un publiciste dont nul ne contestera le sens profondément canadien, M. Henri Bourassa, en a tiré la conséquence nécessaire, qui est que notre race, anémiée dans sa pensée par un siècle et demi d'isolement, ne survivra intellectuellement qu'en se rapprochant du foyer de la culture, de l'esprit français. Au dernier congrès du Parler français, pendant que d'autres s'attardaient puérilement sur la nécessité de combattre l'anglicisme par la grammaire erttle dictionnaire, M. Bourassa, allant, selon son habitude, au fond des choses, disait :
Le deuxième élément nécessaire à la conservation de la langue, c'est de l'alimenter sans cesse à la source d'où elle provient, à la seule source où elle puisse entretenir sa vitalité et sa pureté, c'est-à-dire en France.
Qu'on me permette de toucher en passant à la question souvent agitée — peut-être plus dans le milieu discret des maisons d'enseignement que dans le grand public — du danger que nous courrons pour notre foi et notre moralité à cause du dévergondage de la littérature contemporaine. A cette crainte, je ferai une première objection qui n'est pas philosophique je l'avoue, mais qui ne manque peut-être pas d'un certain bon sens; c'est que si, par crainte du poison, on cesse de se nourrir, on meurt de faim, ce qui est une façon tout aussi sûre que l'autre d'aller au cimetière. Si nous laissons dépérir la langue faute de l'alimenter à sa véritable source, elle disparaîtra, et si la langue périt l'âme nationale périra, et si l'âme nationale périt, la foi périra également. (Appl).
D'ailleurs, le danger de l'empoisonnement est-il si grand? Si dans la littérature française contemporaine, le poison n'est pas ménagé, est-il nécessaire d'ajouter que le contre-poison y surabonde? Au lieu de chercher à fermer la porte aux oeuvres littéraires françaises, afin d'empêcher les oeuvres mauvaises de passer, ouvrons-la plutôt toute grande à ce qu'il y a d'admirable, de généreux, d'idéaliste, de fort, de grand, dans cette production éternelle du génie français dont il semble que Dieu ait voulu faire, dans l'ordre intellectuel, la continuation du génie grec, et dans l'ordre moral, le foyer principal de la pensée chrétienne et de tous les apostolats généreux.
Le croira-t-on? un des reproches que l'on a faits a ce mouvement défensif de la langue, de la pensée française, c'a été de s'être mis sous l'invocation de la Pensée française.
Il y a parmi nous des gens qui croient que la langue peut vivre indépendammnt de la pensée. C'est à ce groupe, peu nombreux mais influent, que nous devons de n'avoir pas encore une école normale supérieure ►d-arrs un pays où l'enseignement secondaire.
fondé il y a cent ans, compte aujourd'hui une vingtaine de maisons. C'est lui qui est responsable de la médiocrité presque générale de notre enseignement secondaire, encore plus à déplorer que les défauts de notre enseignement primaire, car,si on ne ito- a pas préparé- l'esprit à l'étude de tous les problèmes, l'élève de l'école secondaire — presque invariablement appelé chez nous à un rôle dirigeant — ne comprendra les besoins ni de l'enseignement primaire ni de l'enseignement supérieur.
Il en est d'autres qui, assez intelligents pour comprendre la relation du cerveau à la langue, ne veulent pas de la pensée française tout bonnement parce que c'est la pensée française. La pensée française ne les effraierait pas si elle venait d'Angleterre, d'Allemagne, de Russie, de Patagonie; mais comme, dans l'ordre naturel des choses, la pensée française doit venir de France, la pensée française est chose dangereuse, et il ne faut pas de la pensée française. Que les Hanotaux, les Bazin et les Lamy ne s'y trompent pas; qu'ils ne se laissent pas leurrer par des salamalecs de protocole : il existe à l'endroit de la France, dans certains milieux canadiens-français, une méfiance haineuse qui n'est pas près de disparaître. M. de Mun prend part à un banquet de la Revue Hebdomadaire avec M. Barthou, Paul Adam et vingt autres hommes politiques et écrivains libre-penseurs, et il est fier d'eux, et ils sont fiers de lui, et il les applaudit, et ils l'applaudissent, parce que, malgré leurs divisions religieuse$ ils ont une manière commune de rfang "n pfiyç ^Ù IVn^pin-nntnnnt nrci tinbii i ,■
sentir,de penser, d'aimer, de haïr,de parler, de juger, — manière qui est par ellemême la fleur suprême du coeur et le grand oeuvre du génie humain. Hanotaux, Barthou, Lamy, Bazin, acceptent avec joie la mission de venir ensemble nous apporter quelques échos du génie français : ceux-là libre-penseurs et ceux-ci catholiques, ils ont, avec des opinions et ces attaches religieuses ou philosophiques diverses, un amour commun, celui du verbe français, de la pensée française. Peur un certain nombre de nos compatriotes, le génie français n'a pas de beauté par luimême et n'est admirable qu'en autant qu'il se confond avec l'idée catholique; comme fait purement intellectuel, il leur est suspect, ou tout au moins indifférent.
De là ce spectacle attristant et grotesque à la fois, que pendant que, tout en servant incidemment,et avec joie,la cause de l'enseignement catholique, nous luttions de notre mieux pour la langue, pour l'esprit français,des journalistes qui par leur lourdeur d'esprit, leur manie de distinguer où ils ne savent même pas définir, n'ont presque plus rien de français et sont comme un exemple de ce que devient Une race en reniant ses origines — épais Béotiens comme il s'en trouve dans les populations ralliées de l'Alsace ou de la Pologne prussienne, — ne pouvaient parler de nous et de notre entreprise qu'une écume bovine à la bouche.
Donc, le nom même du mouvement a été auprès d'un certain nombre un premier obstacle.