‹ Le sou de la pensee francaiseChapitre 8 sur 8 · ORDRE DU JOUR DE LA SOCIETE SAINT- JEAN-BAPTISTE DE QUEBEC · texte numérisé non relu

ORDRE DU JOUR DE LA SOCIETE SAINT- JEAN-BAPTISTE DE QUEBEC

Après avoir pris connaissance d'une circulaire de l'Association Saint-Jean-Baptiste de Montréal, datée le 29 avril dernier, et dont un exemplaire a été adressé au Président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, invitant celle-ci à célébrer, le 24 juin, la "fête de la pensée française" suivant le programme que l'Association Saint-Jean-Baptiste de Montréal a exposé et se propose de faire exécuter.

La Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, par son Bureau de Direction, fait les déclarations suivantes: —

lo. Elle approuve hautement l'idée de faire donner par les Canadiens-français des témoignages pratiques de leur patriotisme et de solliciter leur générosité en faveur des oeuvres catholiques et françaises en Amérique. En particulier, elle tient à marquer combien lui sont chers les intérêts de nos compatriotes de l'Ontario dans la lutte qu'ils soutiennent pour la conservation de leur langue et de leur foi; et, reconnaissant que nos compatroites de l'Ontario ont le meilleur droit à l'appui de

la province de Québec, elle déclare qu'à leur appel elle voudra tout entreprendre pour les aider et les secourir dans la mesure de leurs besoins et de ses propres ressources.

2o. Mais la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec ne saurait adopter la forme que l'Association Saint-Jean-Baptiste de Montréal entend donner à son initiative.

3o. En particulier, la Société Saint-Jean- Baptiste de Québec croit qu'il serait contraire au véritable patriotisme canadien-français de remplacer les manifestations du cortège de Saint-Jean-Baptiste et de la messe solennelle qui est le but principal du défilé, par une fête dite "de la pensée française" organisée suivant le projet qui est exposé; et elle déclare sa ferme volonté de conserver à la célébration du 24 juin le caractère de fête religieuse et nationale que la meilleure et la plus saine tradition a consacré chez nous.

4o. D'autre part, la Société Saint-Jean- Baptiste de Québec ne serait pas favorable au mode de souscription proposé par l'Association Saint-Jean-Baptiste de Montréal.

5o. De plus, la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec considère qu'il appartient au Comité Permanent du Congrès de la Langue Française au Canada, plutôt qu'à une société locale ou à une organisation nouvelle, de disposer en faveur des oeuvres catholiques et canadiennes-françaises des deniers qui peuvent être versés pour cet objet.

60. C'est pourquoi la Société Saint-Jean- Baptiste de Québec ne croit pas devoir changer rien au programme traditionnel de la fête de Saint- Jean-Baptiste. Mais, apprenant, par la circulaire de l'Association Saint-Jean-Baptiste de Montréal, que celle-ci a reçu de l'Association Canadienne-française d'Education d'Ontario un "appel pressant", et désireuse, bien que pareil appel ne lui ait pas été adressé, de fournir aux citoyens de Québec l'occasion d'apporter aussi leur concours à l'oeuvre poursuivie par nos compatriotes de l'Ontario, la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec ouvre une souscription dont le produit devra être remis au Comité Permanent du Congrès de la Langue Française au Canada pour être employé à soutenir l'Association Canadienne- Française d'Education d'Ontario dans sa lutte pour la conservation de notre langue et de notre foi.

Les souscriptions seront reçues par les officiers de la Société, et dans différents en-

droits de la ville, où des listes seront dépo^ sées pour cet objet.

La Société Saint-Jean-Baptiste de Québec prie instamment tous les amis de la cause canadienne-française et catholique de donner à ce mouvement leur adhésion et leur concours.

Et elle s'inscrit elle-même comme souscripteur d'une somme égale à 20% des cotisations perçues de ses membres pendant l'année.

ORDRE DU JOUR VOTE PAR LE CONSEIL DE LA SOCIETE SAINT-JEAN BAP- TISTE DE MONTREAL LE 15 MAI

La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, ayant pris connaissance, par son conseil, de la résolution, arrêtée le 14 mai par M. Adjutor Rivard, président de la Société du Parler Français, et par quelques autres membres au nom de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, de ne point participer à la collecte du SOU de la PENSEE FRANÇAISE, prend note des principaux motifs invoqués à l'appui de cette résolution, savoir:

lo "Qu'il serait contraire au véritable patriotisme canadien-français de remplacer les manifestations du cortège de la Saint-Jean- Baptiste et de la messe solennelle qui est le but du défilé, par une fête dite de la Pensée Française, et que la Société Saint- Jean-Baptiste de Québec entend fermement conserver à la célébration du 24 juin le caractère de fête religieuse et nationale que la meilleure et la plus saine tradition a consacré chez nous;"

2o "Qu'il appartient au Comité permanent du Congrès de la langue française au Canada plutôt qu'à une société locale ou à une organisation nouvelle de disposer, en faveur des oeuvres catholiques et canadiennes-françaises, des deniers qui peuvent être versés pour cet objet."

La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal prend note également de cette autre résolution de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec:

"Mais apprenant que l'Association Canadienne-Française d'Education d'Ontario a lancé un pressant appel dans la province de Québec, elle ouvre une souscription dont le produit sera remis au comité permanent du Congrès de la Langue Française au Canada pour

être employé à soutenir l'Association Canadienne d'Ontario, et elle s'inscrit comme souscripteur d'une somme égale à 20 pour cent des cotisations perçues de ses membres pendant l'année."

La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal attire respectueusement l'attention de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec et du public canadien-français sur ce qui suit:

lo. La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, tout en affirmant sa résolution de supprimer, pour sa part, au bénéfice des oeuvres nationales, un genre de manifestations inutiles et extrêmement coûteuses, a demandé aux sociétés-soeurs, non pas de l'imiter sur ce point, mais seulement de se joindre à elle, et cette année seulement, dans une collecte dont le produit serait, cette année seulement, versée au fonds de défense de l'enseignement français dans l'Ontario.

Elle n'a jamais rien fait ni rien dit qui permette de croire qu'elle désire dépouiller la célébration du 24 juin de son caractère religieux.

Ele n'a en particulier, ni de près ni de loin, proposé ni suggéré la suppression de la messe traditionnelle, qui, de toute évidence, n'a rien d'incompatible avec la Fête de la Pensée Française ni avec la collecte du Sou de la Pensée Française, et que, contrairement à l'insinuation de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec et de certain journal québecquois, elle entend, pour sa part, faire célébrer comme à l'ordinaire.

En matière religieuse, elle s'en rapporte comme toujours à la direction de son aumônier général, l'archevêque du diocèse de Montréal.

2o. Le 13 mai, le président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal écrivait à M. Adjutor Rivard, président de la Société du Parler français et président adjoint de la Société Saint- Jean-Baptiste de Québec:

"J'ai toujours regardé votre Société comme "une Académie, qui travaillerait à l'épuration "et à la diffusion du français, et les Sociétés "Saint-Jean-Baptiste comme des ^Organismes "de combat, particulièrement chargés de la "défense des droits constitutionnels du français. Vous avez jusqu'ici bien rempli votre "rôle; nous avons, à mon sens, mal rempli le "nôtre. C'est autant pour vous permettre de "remplir le vôtre encore mieux que pour "mieux remplir le nôtre, que nous avons fon- "dé l'oeuvre du Sou de la Pensée Française, "et que le Sou sera versé cette année au fonds

"de défense de l'enseignement français dans "l'Ontario....

"Dans le domaine qui vous est propre, ou "qui vous appartient en particulier, il vous res- "te des abîmes à combler et des pyramides à "édifier. Rien que pour enseigner le français "aux fonctionnaires publics, introduire dans "nos administrations semi-publiques un français intelligible, et voir à ce que le français qu'on veut avec raison imposer au com- "merce ne soit pas du galimatias, il vous faudrait, à vous du Parler français, dépenser "plus d'argent que vous n'en aurez jamais en "caisse, et probablement plus de temps qu'il "ne vous en reste à vivre.

"C'est vous dire qu'à mon sens vous auriez "tort de voir, dans l'initiative que vient de "prendre la Société Saint- Jean-Baptiste de "Montréal, un empiétement sur le champ d'action de la Société du Parler Français. Cette "initiative n'a d'autre but que de compléter "votre admirable travail. Il entrait si peu "dans notre esprit de vous faire concurrence, "que nous avions d'abord pensé de partager "la recette de cette année entre la Société du "Parler français et le Comité de défense de la "minorité canadienne - française d'Ontario, "afin de marquer, aux yeux du public, l'impor- "tance égale que nous attachons à l'épuration "de la langue et à sa défense. Une fois l'oeu- "vre du Sou solidement établie, rien ne s'op- "posera à ce qu'elle profite à toutes les for- "mes d'action française au Canada, y compris "la vôtre.

"Soyons donc amis, Cinna! Si nous pouvons "ensemble recueillir vingt-cinq à trente mille "piastres pour nos compatriotes d'Ontario, le "sentiment national en sera fortifié, et vous "verrez qu'en définitive votre oeuvre aussi y "gagnera..."

Par conséquent la Société du Parler français et la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec savaient, le 14 mai, que la Société Saint- Jean-Baptiste de Montréal veut non pas se substituer à la Société du Parler français, mais remplir sa propre mission et compléter l'oeuvre de cette Société.

La Société de Montréal, comme le Congrès du Parler français, n'est ni une institution locale ni, pour employer un anglicisme, une "organisation" nouvelle. Elle est autorisée par sa charte à se recruter, et de fait elle se recrute dans toute la province. Elle existe depuis exactement soixante-dix-huit ans. Elle se croit

d'autant plus apte à recevoir, au nom des minorités canadiennes-françaises, "les deniers qui peuvent être versés pour cet objet", qu'elle possède ou administre des biens d'une valeur totale d'un million et demi. Tous titres qui ne l'empêchèrent pas l'année dernière de se mettre avec empressement au service de la Société du Parler français — alors "organisation" plutôt nouvelle et plutôt locale — pour lorganisation du Congrès du Parler français.

3o Sans nier à la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec le droit de différer d'opinion avec elle sur le mode de souscription proposé, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, se basant sur l'expérience et sur les nombreuses adhésions qu'elle reçoit de toutes les parties du Canada français, maintient que ce mode, de beaucoup le plus favorable à l'expression prompte et universelle du sentiment populaire, est aussi le plus propre à faire valoir les offrandes les plus modestes comme les plus considérables. Elle laisse d'ailleurs aux événements le soin de justifier son initiative.

Quant au grief de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, que l'appel de l'Association canadienne-française d'Ontario ne lui aurait pas été adressé, la Société de Montréal, sans prétendre se donner en exemple, serait tentée de croire que ce qui lui a valu l'honneur du premier appel c'est sa détermination, depuis assez longtemps déclarée, de donner un peu moins aux manifestations de parade et un peu plus aux oeuvres essentielles.

Tout en félicitant la Société Saint-Jean- Baptiste de Québec d'entrer — à sa manière

— dans le mouvement, la Société de Montréal craint fort que les circonstances et les termes de cette résolution — prise après que des représentants autorisés de la Société Saint- Jean-Baptiste de Québec et de la Société du Parler français eurent personnellement approuvé l'idée du Sou de la Pensée Française

— ne nuisent aux Canadiens-Français d'Ontario en faisant croire à la désunion des Canadiens-Français du Québec, et ne compromettent Faction légitime de la Société du Parler français, en faisant croire que cette Société, par un zèle mal entendu, prétend à supplanter, pour la défense des droits constitutionnels du français, les organismes spécialement établis à cette fin.

La Société de Montréal refuse de croire que cette résolution exprime le sentiment de la population si patriotique de Québec. Forte de l'approbation unanime du Canada fran-

çais, elle continue avec une énergie croissante l'organisation de la Fête de la Pensée Française, et dans cette tâche, elle compte sur le concours enthousiaste de tous les Canadiens de langue française qui savent mettre l'intérêt national au-dessus des amourspropres personnels et des vanités de clocher.

CORRESPONDANCE ECHANGEE ENTRE Mgr L'ARCHEVEQUE DE MONT- REAL ET M. GONZALVE DESAULNIERS

Montréal, 2 juillet 1913.

Monsieur Gonzalve Désaulniers, Montréal.

Monsieur,

Ce qui a été publié dans plusieurs journaux, à la suite de l'incident de la séance donnée à l'Université Laval, le 24 juin, par la Société Saint- Jean-Baptiste, me semble appeler un mot de ma part, et ce mot c'est à vous-même que je l'adrese.

La salle de l'Université Laval avait été mise à la disposition de la Société Saint-Jean-Baptiste pour cette soirée, mais l'Université n'était nullement concernée dans* le programme qui avait été arrêté par les organisateurs. Si, consulté par ceux-ci, au téléphone, alors que je me trouvais à Saint-Jérôme, au retour de ma visite pastorale, j'ai donné la direction que vous savez, c'a été sur des renseignements incomplets. Lorsque, quelques heures plus tard, vous m'avez fait vous-même vos représentations, je vous ai répondu que vous aviez toute liberté de réciter les vers qui vous avaient été demandés.

La discrétion ne me permet pas d'entrer dans plus de détails.

L'incident est fâcheux. Il s'explique par les circonstances et les malentendus ; mais ramené à ses véritables proportions, il ne comporte certainement pas les conclusions qu'on en a tirées.

Recevez, Monsieur, l'expression de mes sentiments sincèrement dévoués,

(Signé) PAUL, Arch.

de Montréal.

Montréal, 3 juillet 1913.

Sa Grandeur Monseigneur

l'Archevêque de Montréal.

Monseigneur,

Je vous remercie de votre lettre et veux en retenir surtout une chose: le regret que vous éprouvez d'un incident que vous qualifiez vousmême de fâcheux.

Cet incident, je l'espère, glissera, sans altérer nos relations toujours cordiales jusqu'ici, au domaine où vont toutes les ciioses mortes, l'oubli.

Agréez, Monseigneur, l'expression de ma considération la plus distinguée.

(Signé)

GONZALVE DBSAULNIERS.

A YendLi?e

Boulevard SHERBROOKE

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