‹ Le sourd-muet et l'aveugleChapitre 53 sur 128 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

L'ÉCRITURR EN POINTS,

À Édimbourg et en Allemagne on se sert de morceaux de bois, sur lesquels les formes des lettres sont marquées par des:pointes, qui s’impriment sur le papier. Le clair. voyant lit le caractère tracé par ces pointes, et l'aveugle touche le relief produit par l'impression.

L’alphabet en points de Paris est beaucoup plus expéditif, et avec six points diversément placés, on obtient toutes les lettres. |

J'ai essayé de combiner ces deux méthodes d'écriture et de conserver autant qu'il était possible , la forme des lettres en n’employant que six points(1), et jy ai réussi pour un grand nombre. L’analogie entre le D, c, d,e, f.h,i,j,1,p,9q,s,u,zx,y, est frappante, lu et le v, en traçant par l'imagination des lignes entre les trois points, conservent évidemment des rapports sensibles avec l’Æ et le PV capitales. J'emploie pour l'o un seul point placé en haut, et pour le z le dernier poing des six que l’on peut former. Le # qui a partout des rapports avec le c, s'écrit comme le c, mais renversé. J'ai ajouté au c un point pour le g, le r et le £ conservent aussi quelque ressemblance , de manière qu’il n’y a que les #, # et s# qui soient tout-à-fait arbitraires.

(1) Voir la comparaison entre l'alphabet en points de Paris et celui de Bruges, dans le tableau ci-joint.

Cet avantage est grand , il s'agissait de trouver un moyen simple et facile de communication , et que les tlairvoyants pussent apprendre en peu d'instants. Il - me paraît què j'obtiens tout cela par l'alphabet que je propose, surtout pour la langue flamande, qui n’a pas d’accentuations qui soient de rigueur.

Rapport sur l'emploi de la dactylologie, sur son influence dans l’enseignement des sourds-muets, et son importance comparativement aux autres moyens de communication.

Je n’entreprendrai pas ici d'entrer dans des recherches sur la découverte du langage dactylologique, ni de faire des remarques sur les changements qu’il a subis successivement; je n'essayerai pas non plus d'examiner les différentes positions des doigts que les sourds - muets ont adoptées en France, en Angleterre et dans quelques autres pays; j'aurai soin de ne pas. mettre en parallèle la dactylologie alphabétique et la dactylologie syllabique ; ce serait m’écarter du but que vous vous proposiez sans doute, Messieurs, quand vous m'avez fait l’honneur de me charger de faire un rapport sur cette branche de l'enseignement des sourds-muets. Ainsi, je crois entrer dans vos désirs, en observant particuliérement le dégré d'importance et d'influence que l'alphabet manuel doit exercer dans l’instruction. On peut l’envisager sous trois rapports : 1° Comme instrument de pensée, 2° comme instrument d'enseignement , et 3° comme instrument de communication ou de conversation. Dans le premier cas, le sourd-muet peut se représenter ses idées sous cette forme comme sous celle de l'écriture, mais il faut

‘avouer que ce sont ordinairement les caractères de Pécriture, qui jouent leur rôle dans les opérations intellectuelles. Dans le deuxième cas, la dactylologie sert à exercer l'attention , la mémoire , et sous ce rapport nous ne croyons pas que l'écriture ait toujours une supériorité sur elle, et enfin en dernier lieu, comme moyen de communication , elle offre des avantages incontestables qui décident le sourd-muet dans un grand nombre d'occasions à la préférer à l'écriture. Examinons d'abord à quel point elle peut étre utilement employée dans l'enseignement et quand il s’agit de l'apprendre à un sourd-muet nouvellement arrivé dans une école. Il me semble que cet exercice ne doit avoir lieu que quand l'élève aura été habitué à former les lettres par écrit, et quand il aura su désigner des objets par leurs noms. Alors on perdra bien moins de temps que si l’on faisait aller de pair ces deux exercices en même temps; car l'esprit, ayant déjà appris à lire et à distinguer les caractères de l’écriture , sera mieux disposé à saisir ceux de la dactylologie; celle-ci n’est que la traduction de l'écriture, comme l'écriture est pour un enfant doué de l’ouie la traduction des sons qui ont frappé son orcille longtemps avant qu'il ait reçu aucune instruction. Plus tard l'élève se sert de l’alphabet manuel comme d'un instrument d'étude et de verification : lorsqu'il doit écrire de mémoire, il répète sur les doigts l'une après l’autre les lettres d’un mot qu’il voit sur le tableau, pour le fixer dans son esprit ou pour s’assurer de l'exactitude de sa mémoire. Si l'alphabet manuel semble avoir, quand on le compare à l'écriture, le désavantage de ne montrer les éléments d’un mot que successivement et d’une manière pour ainsi dire fugitive, son exercice développe dans l'élève la faculté de retenir

et de réfléchir; le langage de la main est nécessaire à chaqu'instant, quand au milieu d'une leçon ou d'un récit, on rencontre des noms propres de personnes et de lieux, ou des termes techniques, et quand on veut citer les propres paroles d'un auteur. On ne saurait trop apprécier le mérite de clarté qui résulte pour le discours du maitre de l'emploi des signes des doigts qu'il peut toujours accompagner d’une pantomime expressive, qui marque à la fois et la nature du sujet dont on parle, et les nuances les plus délicates du sens qu'il convient d’y attacher: l'écriture est impuissant pour rendre cette variété d'expression qu’il est naturel de mettre en citant le même mot dans des circonstances différentes.

Si on considère la dactylologie comme moyen de conversation . elle est d’une pratique entièrement commode, elle remplace l'écriture quand on est dans l'impossibilité d'écrire, soit que les instruments manquent, soit qu'on marche, soit qu'on se trouve en voiture , ce qui arrive très-fréquemment , dans de telles occasions, on ne saurait sentir assez l'importance de l’usage des doigts. La dactylologie offre un autre avantage non moins remarquable, c'est de se faire entendre à distance sans qu'on soit obligé de déranger les personnes qui se trouvent entre les interlocuteurs. D'ailleurs elle se méle tellement au langage des gestes qu’ils sont inséparables, l’une pour dire les mots et l’autre pour exprimer les choses; ainsi le langage mimique appelle à son aide cet indispensable auxiliaire quand il veut rendre un mot.

Si l'on pense que dans l'obscurité qui ne laisse rien voir, les sourds-muets soient obligés de se tenir dans un silence forcé, on se trompe. Ils peuvent se transmettre les mots en sentant le mouvement des doigts par l'attouchement des mains; (et les gestes peuvent jouer

aussi leur rôle les mains étant toujours tenues les unes par les autres.) Je pense qu’il ne sera par sans intérêt de citer un exemple qui confirme cette assertion. Il y a quelques années , à Marseille où j'ai été passer quelques Jours, dans le temps des vacances, J'ai fait la connaissance d'un sourd-muet alors âgé de 80 ans et qui était devenu aveugle depuis trente ans. En considérant cette double infirmité, on ne manquerait pas de le plaindre comme le plus malheureux des hommes, et de penser qu’il vivait dans une absolue solitude et presque sans aucune communication avec ses semblables ; il n’en était pas ainsi, je l'ai vu parler et comprendre par les moyens que je viens d'exposer plus haut, et aussi parfaitement que nous autres. Îl riait, il travaillait en façonnant des couteaux, fourchettes et cuillères de buis, et il ne les faisait pas grossier. Heureusement pour lui, il se trouvait dans une famille où un sourd-muet l'avait adopté comme un frère... Je me hâte de revenir à la dactylologie dont je me suis un moment écarté dans ce récit, et je dois finir par conclure qu'elle est d’un usage plus naturel, plus facile et plus expéditif que l'articulation et dans beaucoup de cas plus commode que l'écriture. Je suis loin de blâmer la prononciation artificielle, comme moyen d'enseignement et de conversation, mais elle ne peut être bonne que pour un petit nombre de sourds-mnets, qui ont des organes favorablement disposés, tandisque l'alphabet manuel est un besoin pour tous et un besoin de tous les instans ; il est même un agrément, pour un grand nombre de personnes douées de la parole.

M. Lexorn.

Professeur sourd-muet à l'institution de Paris,

La Souao-Muer &T L'AVEUGLS. 17

LA SURDI-MUTITÉ CONSIDÉRÉE PAR RAPPORT AUX CONNAISSANCES MEDICO-CHIRURGICALES.

(surrs.)

Nous touchons maintenant à la dernière moitié du xvur siècle , et c'est de là que date véritablement l’époque actuelle de la science: des recueils volumineux se formèrent dans toutes les parties de l’Europe, sous l’auspice d'hommes instruits, qui travaillérent à réunir dans un seul cadre les matériaux nombreux que l’antiquité nous avait légués et les enrichirent d'observations nouvelles ; mais les découvertes se renouvelant sans cesse, rendaient chaque année les recueils encyclopédiques incomplets, et force fut de créer des livraisons périodiques, pour ramasser les expériences et même les idées nouvelles, à: mésure qu'elles seraient livrées au jour. Malheureusement les ouvrages ex professo devinrent plus rares , et l’homme qui voulait s'attacher à une spécialité fut forcé de compiler les articles qui avaient rapport à la branche de ses études, dans une foule de volumes traitant des choses les plus disparates, sans ordre et sans suite. Ce fut dès-lors un travail pénible et. de tous les instants, que de se tenir au niveau de la science ; aussi, pour faciliter ‘les recherches de ceux qui affectionnent l'étude des maladies de l'oreille ,je tacherai de donner ici une liste exacte des ouvrages de ce temps où se trouvent des articles remarquables sur cette branche et J'annoterai les passages où l'on peut puiser.

La statistique avait élé dès-lors mise en honneur: nous trouvons un rapport à cet égard dans les Æcta eruditorum, page 565; dans la Bibliothèque universelle,

d'Allemagne , tome 68, série 232, dans le Conversationslexicon, art. tqub-stumme, et dans le dictionnaire universel des arts et des sciences, par Nieuwenhuis, au mot doof-stommen. Quant à l'oreille, l’'ouie, la surdité et la surdi-mutité, nous devons consulter les ÆMiscellanea medico-physica, de Buchner, année 1727, série 729; le Magasin Encyclopédique, tome ur, an 2, 1776; Considérations sur la connaissance de l'étendue que nous donne le sens de l’ouie etc. par Venturi; le Z'hédtre anatomique, de Mangeti, tome 117, page 384, où se trouvent réunis les ouvrages de Duverney, de Schelhammer, et de Valsalva, le recueil des écrits légers, - de Camper, Ueber die gehôrorgan der vische; Y'Encyclagraphie Chirurgicale, de Dolœus, livre 1; l'Esprit des journaux, de 1789; les Observations remarquables de la société médicale, de Londres, pour la même année; le Magasin de Rust, que j'ai déjà mentionné, et enfin Sturks neues archiv für die geburtshülfe, frauenzimmer and kinderkrankheiten, B. x, S. 396, ueber ohrenkrankheiten.

Afin de connaître les expériences diverses qui ont été faites sur les sourds-muets, pour établir quelles idées ils ont sur les sensations de l’ouje ei de la musique, nous devons de nouveau feuilleter une foule décrits , tels sont : l'Histoire de l'académie des sciences, pour 1743; les Joco-seriorum naturæ et artis centuriæ tres, page 190; Ut surdus instrumenti musici sonum percipiat eficere; le Recueil de Berlin des verités utiles, an 1744;-par Beveregius , les Æménités médicales, de Delius, 1745; le Recueil français d’observations sur les sciences natureldes, 1760; où se trouvent quelques remarques succinctes sur l’art d'apprendre aux sourds à entendre; les Anecdotes gurieuses, de Percy; et les Ærchives, par Kahn, des

| — 934 — connoissances physiques et médicales les plis généralement utiles, et en particulier des sensations exquises des sourds-muets. Si nous entrons dans la thérapeutique de l'oreille, afin de posséder les moyens que l’on a mis en usage, avec plus ou moins de succès, pour guérir [a surdité, nous devons recourir à l'ouvrage Continuatio

thesauri practici Besoldini, page 560, au complément

du lexicon de Jôrher, aux commentaires de la société de Gœtlingen, vol. 1x, page 36; au Sitfenspiegel de François Érasme, série 1247; à l'encyclographie de Krünitz, tome xvi; au Votæ ad Brückneri status con- : scientiæ, cent. 5, par Muller; à Paschius, De inventis

nov. antiquis, et au critique savant de Sude, t. mr.

Trois moyens thérapeutiques, nouvellement mis en usage, venaient d’exciter le plus vif intérêt dans le monde médical, et ce sont encore aujourd’hui les léviers . les plus puissants que possède la chirurgie pour guérir la surdité ; on divine que je veux parler de l'électricité et du galvanisme, du cathétérisme de la trompe d’Eustachi et en troisième lieu de la perforation du tympan, ou de l’'apophyse mastoïde. Pour bien apprécier l'effet puissant qu'ils peuvent produire sur les nerfs et en particulier sur le sens de l’ouïe, nous devons recourir aux écrits de Deiman, Æssais et remarques pratiques sur lélectricité, année 1779, page 268; de Hufland, Journal de chirurgie pratique; de Kühn, Traité de l'électricité médicale et physique ; au Philosophical transactions, année 1741—1755; au London medical journal, 1790, par Blizard, aux observations pratiques de Thuessinck, page 252; aux Archives du Nord, par les docteurs Pfaff, De Kiel, et au Messager universel des arts, où se trouve une lettre intéressante d’un père, qui publie les effets que l'électricité a produite sur son

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