‹ Le sourd-muet et l'aveugleChapitre 82 sur 128 · PENDANT LES DEUX SEMAINES · texte numérisé non relu

PENDANT LES DEUX SEMAINES

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L'expérience a montré que les articles les plus communs en vanneric sont ceux que les aveugles exécutent avec le plus de profit. Il est des surintendants qui m'ont cependant observé que les petits ouvrages bien achevés et curicux, se vendaient mieux, et qu'ils rapportaienit davantage: la raison m'en parait tout-à-fait claire. Ces articles sont taxés à un prix très-élevé, et un visileur, -8ous l'impression de ce qu'il a vu exécuter et pour montrer sa générosité , voudra acquérir un tel objet pour conserver le souvenir de sa visite et ne marchandera pas le prix; ainsi ces petits ouvrages se vendent et rapportent beaucoup, et les articles ordinaires , les paniers d'un ‘usage commun ne se vendent pas, parce qu'on Îles taxe au-dessus du prix courant. On ne saurait plüs mal calculer les avantages de son établissement; il est vrai au commencement, on parvient à placer ses produits à un prix plus élevé, mais cette générosité se refroidit vite. On ne fait.pas le commerce pour perdre, et un tommercçant qui peut obtenir l’article à des prix moins Élévés ailleurs, ne continuera pas à les paÿer plus Lhers pour favoriser une institulion. Le commerce est égoïste. On aimerait encore mieux donner par charité ce qu'on a gagné, que de ne rien gagner en achetant. T1 ne faut pas compter sur l'esprit de sacrifice dans Je commerce.

Ÿ Les nattes sont, après la vannerie, les productions les plus utiles. Cet article est très-varié. On fait des nattes en cordes simplement tissées et des nattes velues en . cordes (rugs), pour mettre aux portes et dans les corri-

dors. On y emploie des vieilles cordes tarrées. Nulle part je n'ai vu fabriquer des naltes en jonc. C'est une variété à introduire dans nos établissements. Mais on fait, dans les institutions en Augleterre, des tapis en laine

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et en aloës qui se vendent bien. On a calculé que cette fabrication peut donner un salaire de 10 à 14 shillings par semaine; et si les produits pouvaient être placés, elle serait l'occupation la plus utile, la plus -facile et la plus productive. Cet article a rapporté en :

1836, à Édimbourg, . ° . . … . Liv. st, 163- 4- 5

1837, à Glascow, . . . . . . . » 162- 5-2

La corderie est très-avantageusement introduite dans plusieurs institutions, et il n'y a que le manque d’une allée couverte. pour ytravailler l'hiver et pendant le mauvais temps qui ait empêché de l’introduire à peu-près partout. M. W. Taylor , surintendant de l’école des aveugles à York, vient de remédier à cet inconvénient, en inventant une machine très-simple pour filer des cordes même dans une petite chambre. Dans presque toutes les lastitutions de l'Angleterre, les ayeugles s'occupent à tresser des cordes destinées surtout aux fenêtres à châssis; celle industrie est particulière à ce pays, .car les fenêtres à panneaux montants y sont communes, mais en modifiant ce mélier, les aveugles pourraient tresser de ces ceintures que les prêtres mettent pour fixer l’aube lorsqu'ils disent la messe; ils pourraient faire également des cordons de sonnettes très-élégants et des cravaches. À Glascow , dix enfants et sept hommes s'occupent de la corderie, et on en a vendu, en 1837, pour Liv. sterl. 438- 9-11.

La fabrication de la sangle pour lits et d’autres usages se raltache à la corderie, et ce genre de travail peut être introduit avec avantage dans nos institutions , surtout depuis que M. Taylor a trouvé un instrument d'une grande simplicité pour la tisser. Aussi c'est à York que celle fabrique est la plus parfaite.

L'art du cordonnier est accessible aux aveugles. À l'institution de Londres, plusieurs élèves apprennent ce métier. Il peut y avoir des raisons pour former un aveugle à ce métier, mais il ne peut pas devenir un moyen de gagner la vie. Dans un asyle, il est vrai, les produits peuvent être placés, car s'ils ne sont pas élégants, au moins Us sont forts, et c'est la qualité la plus essentielle pour les aveugles; mais à Londres, par exemple, on avoue qu'on y perd; cependant ce métier occupe quelques élèves. À Liverpool on a vendu, en 1835, les souliers faits par les aveugles, pour Liv. sterl. 93-14-73, mais les matériaux et la pension du maître cordonnier montaient à Liv. sterl. 128-1-%3, de sorte qu’il ÿ a eu une perte de Liv. sterl. 34-6-72. En 1836, la vente est montée à Liv. 83-9-2 et les dépenses à Liv. 144-14-9, donc il y a eu une perte de Liv. sterl. 61-5-6. Ce résultat est extrêmement pénible. |

Le filet et le tricot enfin sont des occupations uliles et produclives, mais destinées plutôt aux jeunes aveugles et aux filles, qu'à ceux qui ‘ont la force de SE ns ner à d'autres métiers.

Les filles ont des occupations asses variées, mais il est plus difficile de trouver pour elles que pour les hommes un travail lucratif; tout ce qu'elles peuvent produire se vend ailleurs à meilleur marché ou plus achevé qu'elles ne le font. Elles font des franges de différentes sortes, et s’il était possible de vendre tout ce qu'elles peuvent produire, cette fabrication serait encore la plus utile.

La couture est une autre occupation assez générale, les filles deviennent eapables d'ourler le linge, de raccommoder les habits. On les habitue assez facilement à enfiler leur aiguille et à coudre régulièrement, mais elles travaillent nécessairement moins vite que les clairvoyantes

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et ue peuvent jamais entrer en concurrence avec elles, Si une femme aveugle se destine à l’état de imariage, la eouture peut lui être tés-utile; dans un asyle , elle peut devenir un état, comme je J'ai déjà observé, mais jamais ailleurs.

. En, général, là comme dans les autres pays,. les filles. ayeugles font des petits ouvrages de fantaisie. qui se, xendent dans un. établissement. qui. est. visité, . qui excite:l'intérét général, majs: qu'elles ne vendraient pas ai elles. travaillaient isolément.. À Londres, les .filles font des. réticules .en cordes. teintes, d'une: grande beauté ;. ailleurs, elles. fonde: petits tapis pour. .quinquet et des shalls en laine, qui. excitent létonnement de tous. ceux. qui. les iyoient. .. : |

- Le flage. au, rouet est.à. la norte des aveugles. Jai vu souvent une femme. aveugle. filer avec . adresse, retrouver son:fil perdu et produire un fil. aussi net qu'une. personne douée..de tous.ses sens; à Londres, les. femmes.filent: du, chanvre. Elles doublent, ensuite. leur. fil..et. on, l'e mplois æour faire des cordes. destinées aux, panneaux, montants, des fenêtres à. châssis. , antant

. Tels sont les principaux. méliers. que j'ai vu.introduits, dans. les établissements, pour les aveugles en Angleterre À-peu-prés. nartout , les aveugles travaillent neuf heures, par jour, du-moment.qu'ils spnt parvenus.à un. certains âge; si on.les emploie après .ces ee QI. les. 8, pain

Mperément et Lu heure, , . "1 2. 1 ton geste ‘is -{ nl. Se ea 5 «#4 h ee de pris ter] ot op, or Penn bn 4 : et ns gta Ana + ru FÉZCLATE rtosaq ï Sex cm" moe nt ga TON te get reodlot \

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:ELes’chairvoyents:se serrenf'de la rnême Trigue-que | leg aveugles. mafs.les mots sont ‘dés: expressions"d'ünë impression reçue par les sens, et üne grañide quamtifé de mdits'reçoit s4 valeur: ‘des impressions dé lil” Écs aveugles ne’peuvrènt doné pas toujours attchèt lé même signification auxémots que nôus ÿ’atfaéhorist, pufiqu'its *e connaisseñt pas la nature comine”nôus "1x voÿôns ?

s'ils font usage des mêmes mbts, ces'imots”s6ht lon ”Uds

signes d'autres idées, ils s'expiieunt eébithe nous: eŸ pensent autrement , et s'îls ‘xttfctfént HI EÈSE pue ques mots, ces mots sont riécesthiremüfit plus ‘imprépnés de keut ‘propre: expérience ‘que 48" "#Hodil trditiôns. "La! remarque évait déjà été flite par PP Dufra. ‘x Pivais sôuvenl rémarqüé, avec RTE ditil'ehet les ave glésiihe"sbite de dificuHéà Vexprifrer sinon avec justesse ét clanté, du midins" avec ‘éténdué NE Hbén- AMÉ Uttiribhékse :d' expréssiün" Aÿrés avoit fyainehibnt chérehler eûx'lx raisoi”i H0i6 vint di Felpi! dottitiue-t:il, de la chercher ‘dans: le langage miéhiet ‘ Exatñinañt donc de près nos langues’, ‘je reconnus qut’ lu'ptesque" totalité ‘des” mots, dont élles $e’ cémpésent'; sont faits d’après les impressions ‘de Mél /’qué”tt l'Est point simplement par figure qu'on appelle le discours une peinture de la pensée, qu’il est réellement un tableau perpétuel offert à nos regards. »

L'observation de M. Dufau est juste, mais elle est trop générale; la plupart des mots, au contraire, et c'est la remarque de M. Zeune, sont fondés sur le tou-

cher et le mouvement. Tels sont les mots comprendre exprimer, pénétrer, approfondir, eic. Lors même qu'un mot se rapporte au sens de la vue, il existe presque toujours, sinon toujours, un autre mot exprimant à-peuprès la même idée et qui est calculé pour un autre sens. On dit, par exemple: cette vérité est c/aire, evidente : mais nous avons aussi l'expression : — eue vérité est palpable.

Quoiqu'il en soit du nombre, il est incontestable qu il existe beaucoup de ces mots qui n’ont un sens pour l'aveugle qu’aprés qu'il les a traduits, pour ainsi dire, en mots qui tombent dans la sphère dessens qu'il a conservés; l'éducation intellectuelle de l’aveugle exigerait donc un cours de terminologie. Les autres enfants comprennent la langue comme nous, les mots ont pour eux le même sens que pour nous. On peut se servir, sans étude préalable, de cet instrument de l'intelligence et se mettre par son

intermédiaire, en communicaüon avec le disciple ; mais avant de pouvoir l’employer avecles aveugles, il faut s'assurer qu'il est compris d'eux comme nous le comprenons. Il est vrai que les aveugles font cette traduction euxmêmes autant qu'ils le peuvent et qu'ils la font souvent très-heureusement. « Quand je me trouve dans une vaste plaine, disait un aveugle, en portant la main à son oreille et en étendant le bras avec un geste expressif, il nre semble que je suis à perte d’ouie;» c’est la traduction en langue des aveugles de notre à perte de vue. Un autre, qui se dirigeait seul avec une grande adresse dans les rues les plus populeuses, disait qu'un bruit trop' fort le déroutait totalement et il l’expliquait par ce qu'il était forcé de s'écouter marcher ; je compris, dit M. Dufau, qui rapporte celte anecdote, que dans ee-cas, ne pouvant plus s'écouter à cause du bruit, il était dbloui. Mais

(= aulieu d'attendre qu'un aveugle ait trouvé lui-même un heureux synonyme qui lui fasse comprendre une de nos expressions, cette synonymie devrait lui étre montrée régulièrement et d'avance; on devrait convenir d’abord des termes avant de les employer comme signes conventionnels; autrement, le maître se trouvera arrêlé dans ses explications et jamais il ne” pourrra s'assurer qu'il a donné des notions justes et des idées claires.

Cette instruction spéciale serait singulièrement facilitée par l'éducation de leurs sens. En exerçant leur goût, leur odorat, leur tact et l’ouïe, ces sens acquiéreraient une justesse qu'ils n’ont pas. C’est ce que M. Dufau appelle un cours de factilité et qui est pratiqué en Allemague et en Amérique avec de grands résultats. En étendant la puissance de ces organes , la nature d’une foule d'objets serait mieux. appréciée par l'aveugle et les termes de comparaison entre ce que nous y voyons et ce qu'ils sont capables d'y découvrir seraient rendus plus faciles.

Rien de ceci n’est introduit dans les institutions d'Angleterre; à l'institution de York et en Écosse, de louables essais sont faits pour rendre moins matérielle l'éducation des aveugles, mais beaucoup resle encore à faire. Généralement on se contente en Angleterre d'enseigner aux aveugles ce qui est immédiatement applicable, ce qu'il y a de réellement nécessaire, une instruc. tion primaire enfin est ce qu’on juge utile de leur communiquer pour en former des artisans éclairés et non pas des savants; et cela ‘est beaucoup plus avantageux aux aveugles mêmes. S'il y.a des exceptions à celte règle, elles ne se trouvent que dans des rangs élevés de la société, Unaveugle, M. Littledale, élève de M. Taylor, est devenu un homme remarquable par ses connaissances; possesseur d’une belle fortune , il l'emploie au progrès des scien.-

ces et au bonheur de ses confrères d’infortune, et afin d'être plus à méme d’y contribuer , il a choisi sa demeurè à côté de l'institution des aveugles de York.

Comme je l'ai fait observer, il y a des institutions qui : admettent de jeunes aveugles pour leur donner une éducation intellectuelle avant de les initier dans les travaux manuels; d’autres établissements ne donnent aucune instruction et n'occupent les aveugles qu'à un travail des mains dès leur entrée. Le systéme de l’asyle d'Édimbourg m'a paru préférable à tous. On y admet de jeunes élèves et ils reçoivent une instruction qui oceupe la plus grande partie de leur temps. Les aveugles âgés ne sont pas totalement négligés. Les directeurs, à la suggestion du digne secrétaire Johnston, paient un clairvoyant qui lit chaque soir pendant une heure ou deux. La maison a pris une souscription dans une bibliothèque de lecture qui contient de près de 12,000 volumes. Les aveugles font eux-mêmes le choix des livres qui, en général, sont des livres sérieux ou d'histoire. Cette lecture du soir leur a donné l'idée et le désir d'en avoir davantage, ils ont donc spontanément résolu de n'employer que vingt minutes à leur déjeûner et à leur diner, et d'utiliser le temps qui leur restait avant le travail à entendre la lecture de quelque livre intéressant. Ils ont même un journal deux fois par semaine , et les questions politiques s'y débattent aussi chaudement que dans toute autre assemblée d'Écossais: De cette manière en se reposant, les aveugles passent des heures agréables et utiles; aussi leur conversation est-elle en général plus intéressante que celle qu'on entend des gens de leur condition. . Jusqu'ici on n’a pas enseigné à Édimbourg la lecture des livres en relief, mais on apprend aux élèves à épéler de mémoire et ceci est incontestablement avantageux

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