FAITS DIVERS
Chevalier, examinateur, étant mort, Camus, de 1 Académie des sciences, lut nommé à sa place le 26 janvier 1 748. Le traitement de cet emploi était de
1,500 livres, à titre d'indemnité, pour la peine que prenait l'examinateur.
— MM. Gourdon et Cormontaingne furent chargés, en 1748, d'examiner un manuscrit de Clairac intitulé : L'ingénieur de campagne ou Traité de la fortification passagère, dont il sollicitait l'impression. Tous deux se montrèrent favorables à sa demande. Cormontaingne regarda cette publication comme ne pouvant être qu'utile.
« 1° Parce que ce serait le premier ouvrage de cette nature (propre à éclairer un jeune ingénieur servant a la suite des armées) qui eût paru publiquement chez nous; et qu'enfin celui-ci engagera à agiter la matière en question par les suites, et donnera lieu à des recherches plus sérieuses et peut-être plus considérables de la part des anciens, qui joignent ensemble de l'acquit et du talent,
» 2° Parce qu'il ne contient rien qui puisse tourner à notre désavantage.
» Rien ne doit détourner, selon nous, de l'impression du traité de M. de Clairac, d'autant que non-seulement les jeunes ingénieurs se feront une idée des premiers principes généraux des travaux de campagne dont ils peuvent se trouver chargés à l'armée ; mais aussi beaucoup d'officiers d'infanterie ayant quelque teinture des mathématiques ou de fortification, se feront une occupation utile de ce traité.
» Nous pensons donc qu'il est temps de commencer chez nous, avec cette modification, de n'exposer publiquement que des principes. »
Cormontaingne termina son rapport par ces mots, qui sont encore la règle suivie dans le corps du génie :
« Nous répétons que ce sera toujours agir prudemment de ne publier que des premiers principes, ainsi que cela se trouve dans le Traité de M. de Clairac. »
— Canal des Français. — On se plaignait depuis longtemps de ce que, dans le temps des crues du Rhin, ses eaux pénétraient dans la citadelle de Strasbourg, où elles s élevaient quelquefois à plus d'un mètre de hauteur. Baudouin, directeur des fortifications, proposa un remède à cet inconvénient, qui consistait à rouvrir le canal dit des Français, abandonné depuis longtemps, et qui avait été creusé lorsqu'on construisit la citadelle, afin de diminuer la dépense des épuisements dans les fondations. De Regemorte consulta sur ce projet son ami Cormontaingne, qui l'approuva entièrement, et malgré quelques représentations du magistrat l'exécution en fut ordonnée.
— Plans cotés. — On doit à Milet de Mureau (25 mai 1748) la première idée d'écrire sur les plans les cotes de nivellement des points de la fortification, idée heureuse à laquelle il ne fut pas donné suite. Le même ingénieur présenta à la tin de l'année 1749 (13 décembre) un Mémoire pour faciliter les moyens de projeter dans les pays de montagnes, avec le seul secours a du plan du terrain levé exactement. » Par ces mots, il entendait un plan sur lequel seraient marquées les traces parallèles de profils du terrain, accompagnées des cotes de nivellement des points qui en indiquent les inégalités.
origine de l'école du génie.
On place communément en Tannée 1748 la fondation de l'École du génie de Mézières, parce qu'elle eut,
en effet, un commencement d'existence cette année-là ; mais elle n'a été établie d'une manière définitive que le 16 juin 1749. Il n'y eut point d'ordonnance. Les sièges nombreux qui avaient eu lieu avaient fait employer dans les places, après la guerre, beaucoup d'ingénieurs volontaires, les uns avec appointement, les autres sans appointement. Les premiers étaient ceux qui avaient subi avec succès l'examen exigé pour être admis dans le corps des ingénieurs. Par une circulaire datée du 11 avril 1748, adressée aux directeurs des fortifications, M. d'Argenson leur recommandait de veiller à ce que les volontaires saus appointement reçussent des ingénieurs en chef tous les secoui-s dont ils avaient besoin pour leur instruction ; et dans la pensée d'établir une école du génie à Mézières, où l'ingénieur en chef était le chevalier de Chastillon, qui passait pour un des plus grands sujets du corps, d'une capacité reconnue sur toutes sortes de matières, il dirigea sur Mézières un certain nombre d'ingénieurs volontaires sans appointement. Le chevalier de Chastillon fît alors, à la date du 11 mai 1748, un Règlement pour le service des ingénieurs volontaires aux ouvrages de la place et pour l'école du génie à établir à Mézières. Ce Règlement, divisé en dix articles, était remarquable par un emploi bien entendu du temps des études, et laissait douter que le ministre eût pu faire un meilleur choix.
Cependant les idées de M. d'Argenson n'étaient pas encore entièrement arrêtées. Le 31 mars 1749, il adressa une circulaire aux directeurs des fortifications pour leur demander de lui faire part de leurs «obser-
vations, tant sur le choix des sujets qui se proposent d'entrer dans le corps du génie que sur les moyens dont il faudrait se servir pour obliger les nouveaux ingénieurs à donner des témoignages continuels de leur application à cultiver les principes de leur ail » . Parmi les réponses que reçut M. d'Argenson et qui ont été conservées, deux seules méritent l'attention : celle de M. d'Oyré et celle de Cormontaingne. La première renferme des réflexions et des vues utiles sur les questions agitées par le ministre. La seconde va plus directement au but, et Ton y reconnaît l'homme supérieur à ses contemporains. Cormontaingne propose, sur la première question, de fonder deux écoles : Tune pour les sciences de cabinet ou d'école, dit- il, nécessaires à l'ingénieur, et parmi lesquelles il comprend le latin et la rhétorique ; l'autre pour les sciences de pratique. 11 pense, ce qui nous paraît remarquable, que la première ne peut être qu'à Paris, et qu'elle ne pourrait jamais être convenablement établie dans aucune place de guerre.
M. d'Argenson n'attendit pas les réponses des directeurs des Fortifications. Le 5 mai 1749, il écrivit au sieur Lyon :
« Le Roi vous a nommé, monsieur, pour remplir la place de professeur de mathématiques clans l'école que Sa Majesté veut établir il Mézières pour l'instruction des ingénieurs. Les appointements attachés à cet emploi seront de 1500 livres par an, dont vous jouirez à compter du premier jour d'avril de cette année. »
Le même jour, il donna avis de cette nomination au
chevalier de Chastillon et à l'intendant de la province de Champagne.
Le 16 juin, l'école était définitivement établie. Une lettre écrite à cette date par le ministre au chevalier de Chastillon, ingénieur en chef à Mézières, est ainsi conçue :
J'ai reçu, monsieur, la lettre que vous m'avez écrite sur la nécessité qu'il y a de donner une forme à l'école que le Roi a établie à Mézières, pour procurer aux ingénieurs volontaires rinsvruciion convenable, et pour y entretenir les ingénieurs ordinaires. Toutes les observations que vous faites tendent également au soutien du bon ordre et à ce qui peut rendre cet établissement aussi utile qu'on doit le désirer ; cependant, je ne proposerai point encore au Roi de décider, par un règlement général, ce qui doit être observé tant par rapport aux fonctions des professeurs que par rapport aux instructions de pratique Quand cet établissement sera mieux connu
par l'expérience, je proposerai alors au Roi de prescrire ce qu'il faudra observer dans quelque endroit que de pareils établissements soient formés (i).
« Je me contenterai donc actuellement d'écrire à M. le baron de Tairy (lieutenant de roi à Mézières), que l'intention du Roi est qu'il fasse fournir pour le service de l'école les sentinelles que vous demanderez avec ordre d'exécuter les consignes que vous donnerez, comme particulièrement chargé du commandement de l'école. Je l'informerai aussi que vous nommerez un des ingénieurs ordinaires ou un des volontaires pour faire les fonctions de major dans tout ce qui intéressera le service de l'école et celui des ouvrages, conformément à ce qui est prescrit pour le service du génie par l'ordonnance du 7 février 17M. »
« J'approuve, ainsi que vous l'avez proposé, que
(1) Ces derniers mots font allusion à un établissement que dirigeait Bourcet à Grenoble, et dans lequel les ingénieurs volontaires qui y étaient employés à la carte du Dauphiné, recevaient l'instruction nécessaire pour être admis dans le corps.
Ton conduise du même pas une école de théorie et une école de pratique.... » Suivent des détails sur 1 objet de Tune et Vautre école, et le ministre termine sa lettre en disant : «Les suites apprendront ce qu'il sera nécessaire d'ajouter à ce que je viens de vous marquer. »
Le 22 novembre 1749, le ministre écrivit à M. de Chastillon qu'il était temps de connaître si les sujets qui étaient à l'école de Mézières étaient en état d'être admis dans le corps des ingénieurs, et qu'il eût à leur ordonner de se rendre à Paris incessamment pour subir l'examen de M. Camus, Sa Majesté ne voulant pas faire d'exception à la règle établie de faire examiner par ce savant tous les sujets qui se présenteront pour entrer dans le corps du génie dans le temps qu'ils devront y être admis.
Après cet examen, eut lieu, en 1750, une promotion d'ingénieurs âu nombre de 23, dont 8 sortant de la nouvelle école établie.
M. d'Argenson, la regardant comme son ouvrage, lui portait le plus grand intérêt. Dans une lettre du 25 janvier 1750, relative au logement des élèves, il s'exprimait ainsi :
« L'intention du roi est de donner à ces jeunes officiers les facilités qui conviennent à leur instruction. Ainsi, il ne faut point exiger d'eux qu'ils logent deux dans une même chambre, comme il est d'usage de le faire pour les lieutenants qui occupent les casernes. »
Les bâtiments militaires de Mézières ne fournissant aucun emplacement pour les exercices communs des élèves, on en loua un dans une maison particulière,
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dont il fallut se contenter jusqu'à ce que l'hôtel du gouvernement eût été mis en état de recevoir rétablissement de Técole.
En 1751, M. d'Argenson adjoiguit à M. de Chastillon, pour veiller à l'instruction des élèves, le chevalier de Lescouet, ingénieur ordinaire. De même que M. de Chastillon remplissait à la fois les fonctions d'ingénieur en chef de la place et celles de commandant de l'école , les ingénieurs ordinaires employés à Mézières partageaient leur temps entre le service de la place et celui de l'école , où ils concouraient à l'enseignement.
Après le professeur de mathématiques, il y avait dans l'école le sieur Lelièvre qui enseignait aux élèves la coupe des pierres ; le sieur Richard, autrefois charpentier, qui leur enseignait la pratique de son art ; enfin, le sieur Gravelot, maître de dessin habile, qui passait chaque année trois mois à Mézières à faire faire en sa présence, par les volontaires de l'école, quelques dessins d'architecture civile et quelques études de perspective.
A dater de 1751, le ministre n'admit à Mézières aucun élève qui n'eût été examiné par M. Gamus.
L'examen était ouvert à Paris depuis le 1 er du mois de novembre jusqu'au 1 er du mois de février, et avait lieu chez M. Camus. Pour obtenir une lettre d'examen, les candidats devaient chacun faire parvenir au ministre un mémoire qui fit connaître le lieu de leur naissance, leur âge, Vétat et les facultés de leurs parents, et les secours sur lesquels ils pourront compter de leur part s ils parviennent à être reçus dans le corps du
génie. Enfin, ils devaient présenter un dessin fait sous les yeux du sieur Gravelot, commis à cet effet et qui certifiait qu'il était leur ouvrage. Un maître de mathématiques les interrogeait ensuite pour connaître s'ils étaient en état de se présenter à l'examen. Il n'y avait point de limite fixée pour l'âge passé lequel on ne pouvait pas se présenter.
Nous compléterons les détails qui précèdent par les suivants, extraits d'une lettre de Camus du 16 décembre 1751 :
• Il n'est pas douteux que dans la concurrence le gentilhomme
ne soit préféré à celui qui ne le sera pas, à mérite à peu près égal, ni que les militaires réformés ou qui voudraient renoncer à des emplois qu'ils auraient actuellement dans des régiments ne fussent préférés. Mais il n'y a point d'exclusion pour ceux qui ne sont pas gentilhommes ou qui n'ont point encore servi.
«M. d'Argenson , voulant que tous les ingénieurs parlent la même langue mathématique, m'a ordonné de faire un cours de mathématiques, qui contienne : l'arithméllque, la géométrie, la mécanique et l'hydraulique; les trois premières parties sont faites. C'est ce cours de mathématique que M. d'Argenson demande que l'on sache sur le bout du doigt, et il veut que l'on en rende compte avec la plus grande netteté. A la place de la quatrième partie qui n'est point faite, M. d'Argenson veut bien qu'on y substitue l'hydraulique de Varignon, et qu'on y joigne le mouvement des eaux de Ma ri ot te.
Le père ou les parents du postulant doivent promettre de lui donner 5 à 600 livres au moment qu'il sera admis à Mézières. Comme ingénieur volontaire, ses appointements y seront de 600 livres. On apprend a Mézières la coupe des pierres et des bois, l'art de lever les plans, de tracer et de détiler les places, et toutes les pratiques générales dont un ingénieur a besoin.
» Lorsqu'on a réussi dans tous ces exercices, on est examiné une seconde fois sur le cours dont j'ai parlé, et l'on est reçu ingénieur ordinaire si le ministre trouve les témoignages suffisants.
« Voilà bien di*s cérémonies, mais vous devez être sûr que personne n'est riru et ne le sera sans y avoir passé. »
En 1753, le I er février, Bossut, âgé seulement de vingt-trois ans, fut, par la protection de Camus, nommé professeur de mathématiques en place de Lyon. Ce choix ne satisfit pas M. de Chastillon ; nous en dirons es raisons plus loin (année 1757).
Le gouverneur de Mézières étant mort à la même époque, l'hôtel qu'il habitait et les bâtiments qui en dépendaient furent, par décision du roi, affectés à l'école du génie. Le 22 mai, M. de Chastillon adressa un projet pour les approprier k leur nouvelle destination. Les distributions présentaient au rez-de-chaussée une grande salle dite gâcherie pour les traits de charpente, une place pour ceux de la coupe des pierres, et une salle pour la menuiserie des plans en relief; au premier étage, la place pour une bibliothèque, une salle de dessin, deux salles de mathématiques, un cabinet de physique et les logements des deux commandants, avec des cabinets desquels ils pouvaient voir ce qui se passait daus les salles. Les logements d'élèves et celui de l'ingénieur Nézot, chargé des plans en relief, étaient dans d'autres bâtiments. A la fin de l'année 1754, M. de Chastillon présenta un projet de règlement très détaillé sur l'ordre et la police de l'instruction de l'école :
2. Aucun officier de ia garnison, ni aucun autre ne pouvaient être admis à aucun des exercices de l'école pour éviter les abus qui contrarieraient l'instruclion des officiers du corps du génie, pour lesquels seuls l'école avait été établie.
3, & et 5. Les élèves étaient divisés en ingénieurs admis, volon-
laires et vétérans. Les premiers étaient ceux qui, au bout d'un an d'études théoriques et pratiques, avaient subi d'une manière satisfaisante le second examen de M. Camus. Ils restaient à l'école une seconde année pour achever leur instruction ; ils aidaient les volontaires et ils étaient envoyés dans les places de la direction de Mézières, pour y faire le service d'ingénieurs ; ils recevaient une indemnité annuelle de 100 livres en sus de leurs appointements. Les vétérans étaient ceux qui redoublaient la première année; ayant manqué leur second examen, ils perdaient leur rang d'admission ; et s'ils échouaient une seconde fois, ils étaient renvoyés de l'école.
6, 7, 8 et 9. L'instruction était divisée en théorie et pratiques. Les ingénieurs admis ne s'occupaient plus de théorie. Pour les autres, trois jours de la semaine étaient consacrés à la Ihéorie, et trois autres aux pratiques, qui étaient de deux sortes : pratiques dans les salles et pratiques sur le terrain. Les premières avaient pour objet la construction, le tracé et les profils des systèmes de Vauban, la coupe des pierres et des bois, consistant non-seulement dans les épures, mais dans l'exécution des modèles. Les ingénieurs admis, les volontaires et vétérans étaient aidés dans ces pratiques par le secours des livres qui en traitent , par les commandants de l'école, par les ingénieurs ordinaires de la place, par les professeurs de mathématiques, le dessinateur, les appareilleurs et les gâcheurs.
On fera aussi connaître aux ingénieurs les différents moyens qu'on a de défiler une fortification et i'usage d'un plan de relief, sur lequel seront marquées toutes les hauteurs des angles de la crête intérieure des parapets d'une fortification exactement défilée, au-dessous d'un plan horizontal imaginé, passer par le plus haut point de toute cette fortification; pour, relativement & ces premiers points de hauteur que le défilement aura donnes, déterminer nonseulement tous les points de la hauteur du parapet du chemin couvert [de manière qu'ils se trouvent suivant un profil commun dans le même parallélisme, qui ne donne à l'ennemi aucune découverte), mais encore toutes les hauteurs des places d'armes, et où il conviendra de faire des ressauts dans les passages des traverses, les hauteurs de contrescarpes, etc., etc.