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INGÉNIEURS DE LA MARINE

En 1750, le ministre de la marine commissions, dans les ports de Brest. Rochefort et Toulon, quelques ingénieurs et sous-ingénieurs dits de la marine, dont il limita les fonctions aux ouvrages d'architecture civile. En 1758, ils étaient au nombre de 15, savoir : 7 ingénieurs ordinaires et 8 sous-ingénieurs. Nous ne nommerons que les suivants : Choquet- Liudu, Magin, Augias, Garavaque, Verguin, Boullement de la Chesnaye. Plusieurs d'entre eux, qui passèrent plus tard à l'école de Mézières, ont compté dans le corps du génie.

MORT DE CORMONTAINGNE.

Cormontaingne mourut à Metz, le 20 octobre 1752, d'une rechute causée par le travail, après une longue maladie. Tous ses papiers, à l'exception de ceux des places de Thionville, Longwy, Bitche et Verdun, qui composaient sa direction, furent envoyés à Paris. Le roi accorda à sa veuve une pension de 1 ,200 livres. Il laissait un fils qui mourut jeune, et une fille qui épousa un conseiller au parlement de Nancy.

Né à Strasbourg en 1696, Cormontaingne commença à servir comme ingénieur volontaire au siège de Fribourg en 1713. Reçu ingénieur en 1715, il fut d'abord employé au fort Barrault, puis à Strasbourg et à Landau. En 1728, il fut envoyé, avec plusieurs autres ingénieurs, à Metz, où Ton devait exécuter des travaux considérables. Il s'était fait connaître par divers mémoires que nous avons cités, et fut chargé du détail dans la place, qui consistait à étudier les projets. On ne construisit à Metz aucun ouvrage qui n'eût fait l'objet d'un examen approfondi de sa part. Tous les mémoires qu'il rédigea alors, tous les dessins sans nombre qu'il fit pour l'exécution des projets, existent et forment plusieurs volumes et de gros atlas qui attestent la capacité et la puissance de travail de l'auteur.

On avait, jusqu'en 1741 inclusivement, dépensé à Meta cinq millions, lorsque la guerre vint pour la seconde fois (la première fois en 1734) interrompre les travaux. Cormontaingne mit à profit les deux années qui suivirent pour rédiger sur la fortification deux mémoires qui, avec les 387 planches qui y sont jointes,

forment un ouvrage (1 ) encore aujourd'hui très instructif pour les ingénieurs. Le Mémorial de fortification permanente, publié en 1809 et réimprimé en 182û, en est extrait. En 1750, il en fit présenter un exemplaire complet au ministre, qui lui répondit, le 28 novembre:

« Je ne puis assez louer le soin avec lequel vous avez développé tous les principes sur lesquels un ingénieur doit se conduire. Je sais que ce n'est pas le seul ouvrage que vous ayez fait sur le même sujet, et je ne puis trop vous exciter à mettre le reste de vos mémoires dans le même ordre où est celui qui vient de m'être présenté. »

Cormontaingne ne considère ce qu'on appelle son système que comme un perfectionnement de celui de Neufbrisach, auquel il a fait quelques corrections et additions. Il conserve les longueurs du côté extérieur, de la perpendiculaire, et des faces des bastions, le tracé des flancs, la grandeur des demi-lunes. Ses corrections consistent : 1° dans la suppression des flancs des demilunes ; 2° dans la suppression des tours bastionnées, tombées en discrédit, auxquelles il préfère des retranchements revêtus en maçonnerie et faits à l'avance à la gorge des bastions d'un angle de courtine à l'autre (à ces retranchements permanents, il suppose que 1 on pourra ajouter en temps de siège deux autres retranchements en terre fraisés et palissadés); 3° dans l'agrandissement des réduits des demi-lunes, dont chaque flanc doit porter trois pièces de canon . j

Quant aux additions, il n'y a, dit-il, que celle des réduits dans les places d'armes rentrantes, qui, outre la protection puissante qu'ils procurent à ces places d'armes et celles-ci à tout le chemin couvert, achèvent

(1) Deu^i volumes de îextr reliés petit in-folio et six de planches.

de couvrir tellement les courtines que l'ennemi ne saurait les battre d'aucun endroit.

Cormontaingne introduisit dans la discussion des projets de fortification!' usage des journaux de sièges fictifs, qu'il en appelait la pierre de touche. On nepeut nier qu'il n'entre un peu d'arbitraire dans cette méthode; mais elle est encore celle qui approche le plus de la vérité. •À Pendant les campagnes de 174i et 1745, où il servit comme commandant en second des ingénieurs aux principaux sièges qui se firent, il recueillit tous les détails des travaux, tous les dispositifs des opérations, qui étaient en partie son ouvrage, et il en composa deux volumes qui ont été publiés sous le titre de Mémorial pour l'attaque des places, qu'il leur avait donné. t>* Il avait été nommé en 1744 à la direction des fortifications de Thionville. Il fit encore en 1745 le siège de Tournai, après lequel il retourna à sa direction, dont les travaux de Thionville, de Bitche et de Longwy, et surtout ceux des deux premières places, qui étaient considérables, exigeaient sa présence. A Thionville, il fit achever le couronné d'Yutz, et il y fit construire, ainsi qu'à Bitche et à Longwy, des magasins de vivres voûtés à l'épreuve, bien aérés et parfaitement secs, attendu qu'ils sont couverts par des combles, et que, n'étant pas englobés dans les terres, on a pu y pratiquer des abat-jours pour les éclairer et y maintenir une circulation d'air. Tels étaient ses principes sur ces sortes de bâtiments dont il a donné des modèles.

A dater de 1746 jusqu'à sa mort, le ministre lui accorda la plus grande confiance, et en référait à son jugement pour prononcer sur les systèmes de fortifica-

tion qu'il recevait des ingénieurs et sur les projets des places qui présentaient des difficultés.

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