FRONTIÈRES ENTRE LA FRANCE ET LA SARDAIGNE
elle est tracée suivant la crête qui forme, à l'ouest, le bassin de la Bassera, elle suit la limite entre les arrondissements de Nue et de Saint-Remo, qui passe par les hauteurs de Damasco, coupe la Roya, suit le vallon du Rio, la crête qui descend du col de Brouis par Testa di Paola et le Mont-Graziau, traverse la Bevera, passe par Testa di Cuore , la Serrea, les rochers de Montacier, le Grammondo , les rochers de Campassi, la Testa dell'Àusura, les rochers de Corna, la roche Longheira et Castello del Lupo ; elle continue de suivre cette limite environ 200 mètres vers le sud jusqu'à la pointe (borne) qui se trouve entre Castello del Lupo et le Monte-Carpano. De là, passant par ce dernier mont, la Gardiecera et la cime délia Girauda, elle descend par les rochers de ce nom et va aboutir à rentrée du pont Saint-Louis, qui reste au Piémont (borne). Du pont à la mer, le thalweg du ruisseau de Saint-Louis forme la ligne frontière.
Il est facile de voir, par ce qui précède, que le tracé suit sur tous les points la crête des Alpes et la ligne de partage des eaux , ce qui rend notre frontière de lest éminemment stratégique.
F. DE LA FRUSTON.
Le général fédéral Dufour vient de publier un Mémoire intéressant sur la manière de défendre et de maintenir, par les forces fédérales, la neutralité de la confédération suisse. Nous croyons ne pouvoir mieux faire ressortir la pensée qui a inspiré le vieux général qu'en traduisant le passage principal de son écrit.
« Le doute relatif à la possibilité du maintien effi- » cace et réel de la neutralité helvétique, dans le cas » d'une guerre européenne, se fonde principalement » sur cette circonstance qu'un corps de troupes en- » nemi se servît d'une de nos routes, pour gagner sur » son adversaire une avance considérable, le tourner » et intercepter les communications. Cette route n'est » autre que notre grande et belle route du Simplon. » C'est donc par cette artère que nous sommes mena- » cés, par cette artère dont nous avons les clefs à la » main. Mais, pour conjurer ce danger il n'est besoiii » que d'être résolus à la résistance. Il est clair que si » le passage en question n'est pas libre, et que pour » l'ouvrir, il faille perdre du temps, risquer des » hommes, du matériel de guerre, et vaincre des ob- » stades sérieux, la route en apparence la plus abré- » gée, deviendra en réalité la plus longue ; elle perdra i» ainsi tous ses avantages, et créera de nouveaux
» ennemis à celui qui l'usurpera. Il suffit donc, pour » prévenir, dans l'esprit d'un de nos voisins, toute » idée d'une tentative de ce genre, d'opérer chez lui » la conviction que nous pouvons et que nous voulons » barrer ce passage. En agissant de cette manière, nous » nous préservons du danger qui nous menace et de » l'infamie qui aérait notre partage. Dans le cas d'une » crise européenqe, nous pourrons disposer de plus » de 150,000 hommes; nous pourrons occuper des » positions où des charges de cavalerie sont impos- » sibles et qui mettront aux abois les meilleurs straennemis. Nos carabiniers réguliers s accroî- » taraient de volontaires ; notre artillerie est parfaite- » ment organisée ; nous avons abondance de pièces de » position ; nos arsenaux sont pleins ; nos trains, sub- » sis tances, commissariat des vivres, casernement, lo- »gement, etc., sojtf en règle. La conduite que nous » avons à tenir est très simple : Nous abstenir complé- » ment de toute immixtion aux questions étrangères, » répudier toute alliance, refuser toute demande de » passage armé, donner asile à tout homme poursuivi » pour délit politique, sans acception de parti. Quant h au point où doit commencer la défense, tous les officiers supérieurs sont d'accord qu'il faut disputer à » l'ennemi tout pouce de notre pays, et cela sans ap- » peler une puissance quelconque à notre secours. Si » notre pays venait à être envahi par deux anaaées » ennemies avec lesquelles nous ne fussions pas de » taille à lutter, nons resterions également étrangers à » l'une et à l'autre. Nous les laisserions s'anéantir
» Tune l'autre, pour, au moment opportun, nous jeter »de toutes nos forces sur la partie survivante. »
Le Mémoire du général Dufour a provoqué des contradictions diverses dans la Suisse même. C'est ainsi que le journal le Bund n'approuve pas que la Suisse dédaignât, dans le cas de besoin, le secours d'une alliance capable de repousser, de concert avec elle, un téméraire envahisseur. D'après le Bund, la France s'est ceinte, contre la Suisse, d'un cordon solidement fortifié, qui s'étend du Rhin au versant occidental du Jura, preuve manifeste du peu de compte que l'Empereur des Français tient de la neutralité helvétique. Au contraire, l'Allemagne est tout ouverte au contact de la Suisse. L'Allemagne est donc nécessairement intéressée au maintien de la neutralité de l'État hélvétique. U s'ensuit que, le Rhin étant le but constant des visées françaises, la France menace constamment la Suisse par les passages du Rhin à Raie, à Schailbuse, à Rheinfelden, etc.; elle la menace d'autant plus qu'elle, la France, n'a rien à craindre derrière les défilés du Jura.
« Or, dit le Bund, s'il arrivait que la France dédai- » gnàt la faiblesse défensive de la Suisse, et forçant les » passages du Rhin, envahit notre pays par des masses » de troupes telles que la perspective de notre défaite » fût certaine, serions-nous sensés à préférer la mort » sous les ruines de la patrie au puissant secours de «l'Allemagne? Pourquoi hésiterions-nous à accepter » un secours analogue à celui que ne dédaigna pas la » France dans les guerres de Russie et d'Italie ? Si la » Belgique dont la position politique est identique avec
» celle de la Suisse, était menacée par la France, elle » appellerait immédiatement une armée anglaise qui » débarquerait à Anvers. »
Le Bund déclare que ces craintes lui sont suggérées par l'annexion du duché de Savoie et du comté de Nice à la France.
Ces réflexions du Bund étaient en grande partie à l'adresse du général Dufour qui avait déclaré la Suisse assez forte pour se passer d'une alliance défensive. Le général a répondu subsidiairement que son Mémoire n'avait eu pour but que d'appeler l'attention générale sur les dangers d'une alliance; qu'il va sans dire que, pour maintenir sa neutralité, la Suisse peut augmenter son armée par des troupes étrangères ; mais que dans tous les cas, le commandement en chef devra rester à un général fédéral. Dans l'attente des éventualités de l'avenir, le gouvernement helvétique vient aussi de décider l'établissement de routes militaires partant des points de frontières les plus exptosés aux dangers et se prolongeant par les Alpes sur les grands centres de population de l'intérieur. Les gouvernements cantonaux d'Uri, de Schwytz et de Vaud sont chargés de les faire exécuter sur leurs territoires respectifs et sous la haute surveillance du gouvernement général.
F. DE LA FrUSTON.