NOS JOURNAUX
Les Canadiens éclairés ont dû remarquer qu'une évolution se manifeste dans la publication de nos journaux.
Il y a quelques années, il suffisait qu'un journal fût imprimé en français au pays pour qu'il soit canadien-français; cette tolérance de la part du public fut responsable de l'absence manifeste d'idées bien canadiennes-françaises dans nos journaux. #
Ces feuilles en profitèrent et ne se gênèrent aucunement pour copier des articles, des nouvelles, des contes, des romans dans les journaux européens et même de traduire, en mauvais français, des sujets de sources américaines tout en utilisant leurs illustrations; un journal qui se prétend nationaliste, et n'en connaît pas le mot, alla jusqu'à reproduire intégralement des lettres en anglais, comme si les Canadiens-français étaient obligés de lire l'anglais, et trahissait nos droits les plus sacrés dans le but parcimonieux d'éviter les frais de traduction.
Le public ne fut pas toujours dupe et constata bientôt qu'il valait mieux acheter les originaux que de vulgaires traductions; c'est pourquoi tant de Canadiens-français, aujourd'hui, préfèrent les journaux anglais et les magazines américains. %
Bientôt les journaux canadiens-français constatèrent la diminution de leur tirage, et ils réalisèrent que s'ils voulaient garder une place au soleil dans l'Amérique du Nord, il fallait changer de politique; c'est pourquoi l'ont vit bientôt nos grands journaux engager des correspondants particuliers aux parlements d'Ottawa et de Québec èt avoir des articles signés par des Canadiens-français éminents; puis suivirent des chroniques, des nouvelles signées par des littérateurs de chez-nous, et finalement, dans un grand quotidien, l'on commença la publication d'un roman canadien une fois la semaine.
Un grand pas a été fait, mais ce n'est pas encore le triomphe suprême des idées canadiennes-françaises; mais bientôt tous les journaux ou magazines publiés en français seront obligés, s'ils veulent se vendre, d'être entièrement canadiensfrançais de texte, d'illustration et de genre. Alors nous pourrons être assurés de penser à notre manière et- de ne pas être mendiants auprès des nations étrangères.
Le temps est venu aux Canadiens-français de s'unir et de montrer à leurs ennemis qu'ils ne sont pas des lâches.
N'achetez que des journaux ou magazines entièrement canadiens-français, et protestez si l'on tente de vous passer de la littérature étrangère.
(Article 1 d'une série.)
Texte de ALBERT FOU RN 1ER.
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