ACTE PREMIER
BERTHE
Ah! tais-toi donc!... qu'est-ce que c'est encore que cette nouvelle folie-là?... Ce poison dans cette bague?... Ce n'est pas sérieux, j'espère ?
BLANCHE
Très-sérieux. •• C'est même un poison terrible, & ce qu'on dit.
BBBTHE, avec chagrin.
Pourquoi as-tu cela?... Comment t'es-tu procuré cela?
Est-ce qu'on me refuse rien?... C'est un savant qui me l'a donné... un savant illustre... un homme très-grave, trèsaustère... (souriant.) mais un homme, enfin!
BERTHE, sévèrement.
Ah ! écoute, Blanche... je ne puis te cacher plus longtemps que ton langage m'afllige et me choque au suprême degré .. ce n'est plus là le ton de la simple étourdie... c'est celui d'une coquetterie froide et perverse, d'une indifférence complète au bien et au mal, c'est le ton d'une véritable dépravation... et, si tu étais décidément entrée dans cette voie-là, je te le dis franchement, mon amitié ne pourrait pas t'y suivre.
B L A N C II E , se levant, très-sèchement.
Tu es libre! ... Je crois, ma chère, que le temps nous presse
Un peu, et que nOUS ferons bien... (Revenant brusquement à Bertbe et •'agenouillant à ses pieds, elle reprend avec effusion.) Oh ! non, non, tiens f
je t'en prie! Ne m'abandonne pas! Je suis si malheureuse! Je n'ai que toi... ne m'abandonne pas!... Je sais bien... je ne vaux rien... mais, situ m'abandonnais, je vaudrais moins encore! Eh bien, écoute, je te le promets... j'essayerai d'être autrement... de devenir meilleure... de te ressembler un peu... Je prendrai exemple sur toi... tu m'apprendras à aimer le bien, le devoir... je partagerai ta vie... je ferai ce que tu fais... j'aimerai ton fils... puisque je n'ai pas le bonheur d'en avoir un... car cela m'aurait sauvée... mais j'aimerai le tien... je m'occuperai de lui... comme s'il était à moi... Tu veux bien, •dis?
BERTHE, émue et embarrassée, l'embrassant.
Ma pauvre chérie, certainement, je le voudrais bien... seulement, il faut que nous ajournions un peu nos projets... car... je n'ai pas eu le courage de te le dire jusqu'ici... mais on m'a conseillé de passer cette saison à Nice... et nous devons partir un de ces jours.
BLANCHE, se dressant brusquement.
Partir!... Tu vas partir... quand j'arrive! Ah! ce n'est pas toi qui as eu cette idée-là... c'est ton marit
BERTHE
Je Cassure...
BLANCHE
Ohî n'essaye pas de mentir... tu ne sais pa&!... c'est ton mari ! Mais enfin, que lui ai-je fait?... Pourquoi cette persécution? Envoie-le-moi... je veux lui parler! laisse-moi lui parler !
(Elle remonte avec agitation vers le fond.) Il est là, SUr la terrasse...
Appelle-le, je t'en prie.