SCÈNE III
LAJARDIE, S A VIGNY, feuilletant des albums.
LAJARDIE, aufondà gauche sur la terrasse ; 11 est engagé dans une conrersation animée avec Érerard et Ulrio et s'écrie :
Allons donc! ça un cheval? jamais!... Ce n'est pas un marin qui m'apprendra ce que c'est qu'un cheval... je sais parfaitement ce que c'est qu'un cheval!... (ii descend la scène, sa tasse de café à la main et répète.) Je sais parfaitement... ce quc c'est... qu'un cheval! (n s'assoit sur le canapé.) Hou p-1 à ! On dîne bien chez l'oncle de ma femme!... C'est quelque chose!... (Aper-
cerant Savigny, qui est assis à gauche.) N'est-Ce paS, On dîne bien chez
mon oncle, Savigny?... Comment vas-tu, mon vieux Savigny? 11 y a des siècles qu'on ne t'avait vu !... Tiens! au fait, comment vas-tu?
SAVIGNY
Ne t'attendris pas, Lajardie... je vais bien... Et toi?
LAJARDIE, triste.
Euh! moi, comme ça, mon cher... J'ai toujours ma bellemère, tu sais?
SAVIGNY
Mais c'est une très-brave femme, ta belle-mère !
LAJARDIE, se lerant et se rapprochant de Savigny.
Une brave femme... si tu veux... oui... mais vieille école... pas du tout dans le mouvement... Elle me sermonne, elle me
surveille... ça m'ennuie... Si je n'avais que ma femme, je serais très-bien... tout à fait dans le mouvement, ma femme!...
(n s'assoit sur un canapé à droite.)
SAVIGNY
Tout à fait... Et qu'est-ce qui se passe ici ?
LAJARDIE.
Ah ! mon cher, c'est navrant ! ça tire des larmes I Ce pauvre amiral, quand il est venu à la campagne, espérait se reposer, tu comprends... Il n'est plus jeune, cet homme, et, depuis que son fils, ce farceur de Georges, a repris la mer et est parti pour la Cochinchine... ses fonctions de beau-père sont devenues très- fatigantes... Tu sais comme il les prend au sérieux»-... Au bois, aux courses, au spectacle, au bal... au diable... toujours derrière £3 belle-fille... à pied ou à cheval 1 Il est bon à cheval, par parenthèse, mon oncle... Eh bien, quoi? qu'est-ce que je te disais?... Ah! Eh bien... oui, il est venu à la campagne... ça l'enchantait ; il se disait : « A la campagne, je vais respirer un peu I... » Pas du tout, mon cher... Maintenant, ce sont des cavalcades de jour et de nuit dans les bois, des chasses, des comédies... puis des bandes d'amoureux qui nous tombent de dix lieues à la ronde... sans compter ceux qu'on élève à domicile... Taide de camp, naturellement, puis cette espèce de pianiste, de compositeur, qu'elle traîne après elle... etcœtera!
SAVIGNY
Et caetera... c'est toi?
LAJARDIE.
Oh ! moi, non, mon cher! non I je n'aime pas ce genre de femme-là, moil... du tout, du tout!