LE NOUVEAU PROGRAMME
Du Palamède Français,
Noua nous étion» promis, dans la position délicate où nous sommes Yisrà-Tis du Palamède français^ d'observer à son égard la plus grande réserve. Mais, après avoir pris connaissance de son numéro d'avril et surtout de l'introduction où nous nous trouvons personnellement mis en cause, il nous est impossible de passer sous silence rimpression que cette lecture nous a fait éprouver. Au reste, le morceau auquel nous faisons allusion est tellement curieux, que son résumé ne manquera certainement pas d'intéresser nos lecteurs.
Dans son préambule, la nouvelle rédaction, répondant à nous ne savons quelles objections imaginaires, nous apprend que pour bien jouer aux échecs il n'est pas nécessaire d'avoir une téU ma^ thématique et elle fait appel aux intelligences inférieures en annonçant qu*elle va vulgariser les échecs et les faire pénétrer dans les masses. Sans doute la vulgarité du langage fait aussi partie du programme, et sous ce rapport, nous nous plaisons à reconnaître qu'il est on ne peut plus fidèlement suivi.
Vulgariser les échecs I voilà, suivant le Palamède^ ce qu'aucun publiciste, aucun des auteurs célèbres qui ont écrit sur la matière n'a su réaliser jusqu'à ce jour; mais la nouvelle rédaction va nous montrer comment il faut s'y prendre pour cela. Qu'on écoute bien ceci, c'est toute une révélation. Pour vulgariser les échecs, il suffit de les diviser en deux parties : Tune, la partie scientifique, pour Us adepteSy /et princes de Véchiquier (sic) ; l'autre, la partie élémentaire, pour les commençants, lesjoueurs modestes. C'est dans cette dernière partie que le Palamède place ses espérances de vulgarisation : elle se composera de l'exposition des premiers principes du Jeu et de notions préliminaires sur l'échiquier, la marche des pièces, etc. C'est bien là, la grande nouveauté et toute la nouveauté qu'on nous promet; car, pour les études de débuts, les publications précédentes en sont farcies. Ainsi, voilà le moyen découvert par le Palamède de faire pénétrer les échecs dans les masses. Ce moyen était pourtant bien simple, simple jusqu'à la candeur, simple comme l'œuf de Colomb : mais il fallait le trouver. Et dire que depuis cinquante ans aucun des publicistea d'échecs ne s'est avisé de celai bien qu'on ne refuse pas tout à fait
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à quelques-uns d'entre eux d'avoir en des idées. C'est véritablement merveilleux I Que le Palamède ne craigne point, pourtant, que nous abusions de son secret; nous lui promettons de ne pas l'exploiter à notre proflt.
Quoi ! c'est là sérieusement ce qu'on veut nous faire accepter comme une nouveauté ! On fait étalage de telles fadaises ! C'est avec ces moyens anodins qu'on prétend opérer une révolution ! Mais on ignore donc que ée sujet, qui sera bien vite épuisé, a été rebattu jusqu'à la satiété. 11 existe une toute petite brochure de M, Vielle, qui se vend cinquante centimes et dans laquelle tous ces principes élémentaires sont exposés au grand complet.
Quanta la première partie, la scientifique, la nouvelle rédaction trouvera bien toujours chez les joueurs et dans les journaux étran^. gers de quoi l'alimenter.
Tel est, en résumé, le boniment.
Ainsi, c'est bien clair et bien entendu, le but qu'on se propose est de rabaisser le niveau des échecs, au lieu de chercher à l'élever.
Pauvre programme et triste début!
Dans cette curieuse exposition de principes, il est impossible de ne pas être frappé de Tétrangeté et de l'incorrection du style. Jusqu'à un certain point, ceci serait, sinon excusable, du moins compréhensible de la part d'un étranger. Ce qui l'est moins, ce sont les erreurs de toutes sortes, parsemées çà et là avec le même laisser-aller que les fautes de français: depuis, par exemple, celle où l'on évoque, dans une page qui sera particulièrement remarquée par les admirateurs du beau langage, le souvenir des grandi jours de la lutte (purement imaginaire) entre MM. Morphy et Kolischy jusqu'à d'autres erreurs théoriques plus graves, notamment certain passage où il est dit agréablement que les braves Noirs font ceci et cela. Nous ne manquerons pas très-prochainement de redresser ces erreurs, mises en avant avec cet aplomb superbe de l'inexpérience qui ne doute do rien.
En attendant, nous avons la satisfaction de faire remarquer que le nouveau rédacteur du Palamède franc»-polonais, n'est pas un des nôtres. Cette école de Philidor, celte grande école françalsa dont parle notre honorable collaborateur, M. l'abbô Durand, re» fuse de pareils auxiliaires, elle ne vont pas être interprétée ainsi. Et si l'on demande par quel organe elle exprime sa volonté, nous répondrons que c'est par notre propre voix, à nous qui lommei à la tête de l'école française, qui avons tiré du ntatot
JODRNAL DBB ÉCHECS 9f
la pablication des échecs, ([ui^ depuis six années, tenons le drapeau haut et ferme. Dans foutes les occasions, nous Tavons ffiit respecter à Tétratiger; nous veillerons à ce qu'il D*y soit pas bafoué.
YARIÉTÉS
Dans YHUtoiH ie Jules Cétar par Tempereur Napoléon llli nous trouToos un patsftge qui a rapport aux échecs.
On m, vol. I, p. 350:
, Au triomphe de Pompée on porta entre autres curiosités un
• échiquier fait de deux seules pierres précieuses ayant cepetidant
• 4 pieds de long sur 3 de large, orné d'une lune en or du poids > de 30 livres. »
Combien il est regrettable que quelques-unes des partiel qui ont été jotiées sur ce splendide échiquier ne soient pas parvenues jusqu'à nous !
Le Monde illustré nous communique des détails intéressants sur une partie d'échectf solennelle, jouéS) il y a quelques mois^ en Cochinchine, à l'occasion des fêtes du renouvellement de Tannée, qui se célôbrefit dflns ce pays avec la plus grande magnificence.
Pendant trois jours, raconte le correspondant de ce journal, une part e d'échecs a été jouée, à Mi-Tho, avec des pièces figurées par deâ personnages vivants revêtus de costumes indiquant leur emploi sur Téchiquier. Il va sans dire que la foule des spectateurs encombrait les abords de l'endroit où se livrait la partie et que les paris engagés étaient considérables.
Chaque personnage figurant sur Féchiquicr était muni d'un bâton à l'extrémité duquel se trouvait un disque portant en caractères chinois le nom de la pièce qu'il représentait. Un héraut, «ivec uhe porte-voix, annonçait les coups, et deux autres^ portant UQdrat)eaU) conduisaient les pièces à leur case; le bourreau du roi, sabre au dos, expulsait les pièces prises.
Les échecs, chez les Annamites, se jouent suivant les lignes et non suivant les cases, dont le nombre est, du reste, le même que chez nous. Les pièces sont toujours placées à Tintersection de deux lignes, et la marche, quoique très- différente de celle adoptée en France, offre une variété de combinaisons aussi étendue que celles du jeu européen (1).
[l] Vdr Ift description dn jeu d'é«heci chinoin dan» la Nouvelle Hépence^ vol. 111, p. 196.