‹ Le Sphinx: journal des échecsChapitre 139 sur 259 · C. F. DE JAEMSCU · texte numérisé non relu

C. F. DE JAEMSCU

(La iuil'e procfmtiemcnt,)

JOURNAL DBS ÉCHECS 279

ÉTUDES THÉORIQUES et PRATIQUES

Coup 4' Ail téîrmnp^ttït t fin de iMB.

A la fia de cette année, danft l'intérêt des nouveaux ëborinés dd SphinXf qui n'ont pu doua lire et qui auraient la |tensëè de nous suivre, jetons un coup d'oeil rétrospectif sur la natute et le nombre des publications qui ont paru sous notre nom, dans les différentes revues sur les Échecs» depuis i860 inclusivement.

Et d'abord, on cotiiprendra que nous attachions plus d'importance À la méthode qui a inspiré et dirigé nos travaux qu'à ces travaux eux-mêmes. La méthode est un emprunt fait à la science; c'est un instrument infaillible comme elle* Mais loin de nous la prélention de n'avoir point failli dans son application : pas plus que qui que ce soit^ nous ne réclamons le privilège de Tinfaillibilité.

En écrivant sur les Échecs, qu'avons-nous cherché jusqu'à ce jour? la vérité et la certitude. Que voudrions-nous, si la chose était en notre pouvoir ? Éliminer pour toujours du domaine de l'échiquier les affirmations aventurées dans la théorie et le tâtonnement dans la pratique. Puisque les Échecs ont mérité d'être classés parmi les sciences exactes par Leibnitz^ Philidor (i), et tant d'autres, peuvent-ils être traités autrement que les mathétnailqtiès elles-mêmes, savoir : par la méthode des axiomes et de la déduction.

bn jour, le ^ère Alexander nous proposait d'acheter éon Encyclopédie. — Je ne le puis, lui répondis-je ; je ne suis attiré vers les échecs que par le côté scientifique : votre livre est un recueil de parties sans notes. — C'est la faute de Labourdonriais, qui refusa

(1) Je crois avoir perfectionné la théorie d'un jeu que beaucoup d^aatenfs célèbres, tels que Leibnitz, eic, imitent de science. (Philidor, Ànalysedu jeu des ÉcheeSy page iX, édit. de 1830.)

de me venir en aide. — Je pense que c'est un malheur pour volro Encyclopédie.

Un écrivain sur les Échecs ne peut donc, à noire sens, trop se pénétrer de celte vérité. Ici, comme partout ailleurs, répétons-l«% on n'entre en possession de la certitude que par Tun de ces deu\ moyens : soit par l'évidence immédiate et tellement lumineuse qu'elle dissipe jusqu'à l'ombre du doute, soit par un procédé déductif, c'est-à-dire par le raisonnomenl et la démonstration.

Mais la démonstration, le raisonnement sont condamnés à Tinimobilité absolue, à l'impuissance la plus complète, s'ils n'ont pour point de départ, et en quelque sorte pour locomoiive, une vérité première, un principe resplendissant de tout Téclat de la vérité.

Tel est le critérium de la certitude mis en avant par Descartes; telle l'assise inébranlable, indestructible, sur laquelle repose ce doute méthodique auquel il a été donné de changer la face du monde scientifique.

Nous ne pensons pas qu'il puisse y avoir aux Échecs, comme dans les autres sciences, une autre manière d'envisager la cerfitude; et c*est d'après cette idée qu'a été conçu le plan de nos travaux, et notamment celui de la Stratégie raisonnée.

Si jamais les auteurs de la Stratégie raisonnée des ouvertvresy qu'ils ont continuée par la Stratégie raisonnée des parties à avan^tagCy se décident à compléter leur entreprise par la stratégie raisonnée des fins de partie, ils se garderont bien de sortir de la voie où ils sont entrés.

Au reste, les travaux que nous avons édités jusqu'à ce jour peuvent être invoqués à l'appui de cette assertion, car ils peuvent être regardés comme une partie intégrante de la stratégie raisonnéedesûnè départie. Dans la Féric de nos articles, nous n'avons omis qu'une fois d'avoir sous les yeux le titre courant : Études théoriques et pratiques.

Si les échecs pouvaient jamais revêtir le caractère de la personnalité, cette personnalité se constituerait nécessairement par Tunion indissoluble de la pratique et de la théorie, qui en deviendraient comme le corps et l'âme. Évidemment toute théorie étrangère à la pratique ne l'est pas moins aux échecs eux-mêmes. D*un autre côté, la pratique qui a la prétention hautaine de se proclamer indépendante, comme une certaine morale qui vient de poindre à l'horizon, ne peut enfanter qu'un corps sans fime et constituer une espèce nouvelle de jeu de quilles plus ou moins amusant que ceux de nos places publiques.

Les exemples qui ont servi de base à nos travaux d'analyse et de démonstration ont été généralement empruntés au trnité des fins de partie de notre honorable ami et collaborateur, M. Jean Preti, ouvrage que M. Saint-Amand aurait voulu voir intitulé : Encyclopédie des fins de partie. Nous nous proposons de continuer Tapplication de notre méthode aux autres parties de cet ouvrage.

Voici les points déjà analysés :

I. Le volume entier des fins de partie où il ne reste que des pions avec les Rois;

II. Les mats simples, où Ton ne fait figurer qu'une ou deux pièces avec les Rois ;

m. La lutte d'un Roi seul contre un ou plusieurs pions, théorie utile pour la pratique ;

lY. Lutte finale de la Dame contre la Tour, et de la Tour contre le Cavalier, etc.

Nous omettons plusieurs autres théories qui ne se relient pas directement avec les précédentes*

Abbé Durand.

LETTRES D'UN AMATEUR

Mon cher monsieur,

Je me sens en disposition de faire du bien aux hommes : je ^eux prêcher en paraboles. Prétez-moi votre fenêtre, s'il vous plaît.

â8â LE SPHINX

Merci; j'y suis.

peuple combinant, calculant, cherchant, poussant, roquant et matant, je te le dis en vérité : en tout Tabus nuit, qui a bu boira, Thabitude est une seconde nature, et des meilleures choses, comme les vraies truff6s et les échecs, il faut se garder d'user A l'excès. Que Dieu te garde du fanatisme !

Le successeur d'Aroun-el-Raschid fut surnommé El-Amynje Fidèle, je ne sais trop pourquoi. Est-ce parce qu'il fut sanguinaire, est-ce parce qu'il avait le poil rare, ou simplement parce qu'il n'exécuta point les dernières volontés de son père? Les théologiens musulmans ne sont pas d'accord sur ce point. Au lieu de nous répondre catégoriquement, ils nous fdnt des questions indiscrètes : Pourquoi Moïse est-il appelé le plus doilx des homtlies? Pourquoi... (1).

Problèmes insondables; mystères de sagesse populaire et religieuse. Passez-moi ceux-ci, je tous passerai ceux-là.

Ce qu'il y a de plus clair dans l'histoire d'El-Amyn, c'est qu'il fut fidèle aux échecs et que cette passion hûta sa fin.

En bon prince d'Orient, il était en guerre avec son cher frèro dout il auiait bien mangé le cœur, mais qui ne demandait que sa lôte. Le général Taher, un guerrier de distinction qui fonda m(^me, je crois, quelque chose, commandait les armées du frère Rl-Mamoun. Après des succès importants, il mit le siège devant Bagdad, cù résidait notre calife. Cependant El-Amyn, ayant d'autres soins que de défendre sa couronne, entendait de la musique, péchait à la ligne et jouait aux échecs avec son afiPranchi Kalhar {])ur : c'était sans doute un eunuque). Aussi, lorsqu'on vint avertir le Commandeur des croyants que l'ennemi était déjà maître d'une forte position, et qu'il était grandement temps de se montrer, ou du moins de donner des ordres pour le téduire eb poussière^ ledit Commandeur devint-il sourcilleux.

— Eh quoil s'écria-t-il, me déranger ainsi lorsque je suis sur le point de donner un beau matl...

Et, se retournant vers l'officier qui venait de TaverUr du danger :

^ Sais-tu, dit-il, que je pourrais, entre ta tête et tes épaules, promener mon cimeterre, aller et retour?

(1) Le défaut de cautionnement nous oblige à couper court k ces questions.

JOURNAL DES ftCHBCS

— Je le sais, 6 le plus miséricordieux des princes ! ~ Sais-tu que je pourrais te faire empaler?

— Très-facilement, 6 le plus clément des hommes!

— Sais-tu que je pourrais, sans t3 tuer, te mettre sous t^rre?

— Cela dépend de ta volonté bienfaisante, le plus juste des enfants d'Adam ! et je resterai dans le fossé fermé jusqu'au grand jour où les Étoiles tomberont et où le Dieu unique demandera & la fille enterrée vivante pour quel crime on l'a fait mourir (I).

ËlÂmyn comprit Tapologue et poursuivit :

— Mais je suis clément et miséricordieux, et je te couvrirai d'or si tu peux me dire promptement en combien de coups et comment je puis mater Kathar.

L'ofHcier se pencha sur l'échiquier, mais il se garda bien do

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Blancs (E!-Amyn)

Les Blancs font mat en trois coups.

dire ce qu'il y voyait, car il ne se liait point aux promesses du calife galant-homme, et il craignait de l'irriter en le privant de son petit triomphe d'amour-propre.

— Assurément, dit-il, Kathar ne peut se défendre longtemps;

(1) Koran^ LXXXI, 2, 8, 9. Mahomet fait «illusion au crime des Arabes idolâtres qui, considérant la naissance des filles comme un malheur, s*en débarrassaient en les enterrant vivantes.

sa partie est perdue depuis dix coups peut-être .. Maïs j'en demanderais bien cinq pour le mater, et je suis de première firce

— Eh bioni dit El-Amyn, je suis encore plus fort, mqi! Il y a là un mat en trois coups I

f/ufOcicr fit des exclamations et des mouvements à faire croire qu'il devenait fou.

— Oh I s'écria-t-il, lumière sept millions quarante-neuf foi» plus brillante que le soleil, à quelle profondeur pénètre le regard de

votre esprit!

— C'est comme ça, dit noblement le calife en se frottant les mains. Cherche^ mon ami, cherche... Tu ne transmettras mes ordres sublimes, pour ladéfeose de Bagdad, que lorsque tu auras trouvé mon mat; mais je le crois vraiment inaccessible à ton intelligence.

— Je suis un vermisseau.,.

lie pauvrt3 officier, n'osant se montrer trop perspicace, indiqua plusieurs mauvais coups. Mais, au lieu de donner la solution, El- Amya se mit à improviser des vers inexprimables sur la pOche et sur les échecs.

Je suis désolé de ne pouvoir, comme contre -partie du diagramme, vous donner le plan de Bagdad à cette heure critique, avec les positions des ennemis en présence. Vous verriez que l'illustre Taher avait aussi, en consultation avec le cher frère El- Mamoun, combiné un mat élégant.

Qu'arriva-t-il? Tout le monde réussit.' lill-Amyn gagna sa partie en trois coups, mais il perdit son royaume d'abord, puis en un seul coup, sa tôle, à laquelle tenait tant son cadet.

Voici un autre exemple de .fanatisme. Il est occidental.

BENOIST

(La fin au prochain numéro»)

PARTIES

SS. ISaaiMt Évans,

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