LXI. Séjournant
1 T. o TR
3 G. 4 D, échec
4 P pr. T
5 PD ou PF, mat.
MM. Stiennon de Meurs; H. Frau; Voisel ; de Noirmont; colonel Silvestie.
1 P pr. G (meilleur)
2 T pr. F (meilhur) 4 T pr. G
3 Goup quelconque
Le Directeur-Propriétaire : P. JOURNOUD.
Paris. — Imp. YâLléb, 15, rue Breda
.V «IL. I""' Véwrier t9«6. 1" Année.
LETTRES D'UN AMATEUR
IV (fin).
fû. Rogas, capilaioe d'artillerie démissionnaire, grand propriélnirc funcier, juge de paix, conseiller municipal, chasseur adroit, avait épousé une jeune veuve qui ne s'amusait guère dans la petite vitle où la faisait vivre son roari.
Le mari lui-même demeurait là par hi<bitude. 11 eût proféré le séjour de Paris ; mais il hésitait à prendre de violentes déterminalions. C'était un esprit méditatif, ennemi du mouvemeot : il no manquait pas le gibier, mais le laissait passer. Il offrait le type opposé à celui du faiseur. Trop de génie et trop de conscience l'avaient empêché de conquérir un grand nom. En effet, Rogas inventa, pour l'attaque des places, tout ce qu'on peut imaginer de plus ingénieux* On croit même qu*il trouva des trajectoires impossibles , mais, au lieu de publier ses découvertes, qui Toussent indubitablement placé, comme mathématicien, à côté de Newton, il chercha s'il n'y avait rien à faire pour les pauvres assiégés, et, àchaque progrès que lui devait l'attaque, Il répondit par un progrès parallèle dont il dota la défense^ si bien que, restant toujours à la hauteur de lui-même, il parvint à maintenir telle qu'elle est aujourd'hui la question qui l'avait si longtenps occupé.
Ce n'est donc pas l'ambition qui^ûi pu le déterminera rompre ^es habitudes. 11 maugréait contre la province, mais il devenait de plus en plus campagnard.
Pendant la moitié au moins de leur carrière, la plupart des employés se promettent bien de ne pas terminer leur bail avec Tadmiliislration qui est une marâtre. Plus tard, quelques illusions s'étant. envolées, on prend part aux petits conciliabules dans lesquels il est souvent question de la loi sur les pensions. Pendant quelques autres années on se moque des gens à oreille fendue qui font des démarches pour être admis comme auxiliaires, et l'on s'écrie de temps en
so
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temps : J aime trop ma Hberté pour ne pas profiler de ma retraite. Dès qu'elle arrivera, je me; Irai entre moi et radminislratioQ l'abîme de riadépendance ; j'aimerais mieux me noyer en pêcbant k la ligne que de continuer à gratter le papier. Puis, on travaille de moins en moins, mais en rêvant à la décoration. La dernière année, on ne travaille plus du tout, on est ou l'on n'est poiht décoré, maid on trouve assez agréable d'èlre abrité, chauffé, de lire les journaux, de critiquer ses collègues, de médire de ses cheU et de calomnier son minisire, à raison de quelques centaines de francs par mois ; si bien que, si l'heure de la retraite vient à sonner, le tintement n'en fiaratl pas des plus mélodieux. Quelques employés même, anciens fanr«irons, tombent malades etmeurent... parca qu'ils ne viennentplus s'ennuyer au bureau.
J'ai connu un maraîcher de soixante-dix ans. L'agriculture en ava-i fait un angle droit. Il avait vingt mille livres de rentes, mais il continuait à travailler de ses propres mains, pour augmenter, disail-il l'héritage de ses enfants. Le froid, la pluie, l^i grêle, les indispositions même, rien n'y faisait: les laitues le réclamaient, il avait f^iitun pacte avec ses melons et l'oseille ne pouvait se passer de lui. Un de ses enfants meurt. Il continue à travailler pour les autres. Ce maraîcher avait soixante-dix sept ans lorvqu'il resta seul, absolumeat sans famille. De droit, l'angle s'était fait aigu, las rhunes étaient devenus rhumatismes, les creva^^ses des plaies, la vieillesse décrépitude, et les rentes s'étalent accrues jusqu'à 2î$,000 livres. Mais que voulez-vous, la machine était montée; l'autcmate arroseur et piochcur coniinui donc ses évolutions pendant deux ans encorCi et mourut à trois heu* res du matin dans ses plates-bandes.
Lorsque Nerorod eut exterminé toutes les bêtes féroces de son endroit, il demanda de nouveaux individus aux jardins d'acclimatation de r Europe ; mais en attendant réponse, il se mit à chasser les hommes.
Tel est l'empire de l'habitude.
Les misanthropes vont mémo iusqu*à mettre sur son compte U nostalgie et la fidélité .
Or, M. Ro^as avait pris Thabluiid d'èlre juge de paix, conseiller municipal et protecteur honoiaire des cucurbitacées du canton. Pour s'étnblir à Paris, il eût fallu renoncer au plaisir immoral de déférer lescrmcit àdesgredirs processifs. I< disait à ce sujuet: depuis quinze ai^s que je jui^e |>acifiquomcnt, j'ai fait lever devant Dieu 953 , ma ns. Je mis donc cerlain qui! y a au moins dans la co.ilrée 953 individus incapabU s de revenir sut une parole donnée. C'est trèshuno ab e : une fols que ces gens-là ont nié une dette, on peut se t( uir i our assuré qu'ils n'eu deniordroni jamais.
.\diutrateur de tous le: beaux sciàlinenls le capitaine uxali d'ail-
JO URNAL DKS ÂCBRCS 907
kurs partagé si bien son cœur entre sa femme el la mère A venelle^ sa vieille nourrice, qu*il fut longtemps tirait é par le désir de plaire i Tune en se fixant ^ Paris cl par la crainte de chagriner l'aulrc en quittant la campagne.
Amateur de combmaisons exactes, il se rejeta sur les dominos et les cartes, n'ayant pas d'adversaire aux échecs; mais, du jour où le jeune vicomte de Lalouetie voulut bien faire sa partie, il reprit avec ardeur ce jeu de sa jeunf sse A'o'-s, il ressentit les émotions douces et mél^incoliques des souveniis lointains. Des mouvements de sa dame semblaient se dégager dt s parfums d'autrefois; telle disposii on de pièces lui rappelait une mélodie perdue même pour ses rêves, un échec non prévu lui donnait la sensation d'un pens^um. Le goût de ses jeunes années devint uce passion, la passion fanatisme, et, s'il l'eût osé, il aurait offert au vicomte, son voisin de campagne, hospitalité pleine et entière, le lit et la table, pour l'avoir toujours sous la main.
M. de Lalouette était assidu. Tous les soirs on faisait quelques parties qui ne pouvaient être pour lui que des leçons, vu la différence des forces. Néanmoins, Madame Rogas^ qui n'entendait rien à ce jeu, malgré les tentatives d'éducation faites pir son mari, préférait la manière du jeune étranger. Elle le trouvait entreprenant, vigoureux dans l'attaque, et elle ne manquait jamais' de s'étonner lorsque ces témérités souvent absurdes abou lissaient à une défaite honteuse.
Cependant la vieille nourrice grognait. Elle avait déjà déclaré qu'elle n*aimait pas celle qu'elle appelait sa bru ; elle déclara qu'elle n'aimait pas celui qu'elle nomma l'intrigant. F't elle se mit à les surveiller.
Un jour que madame Rogas venait de se retirer, laissant les joueurs aux prises, la mère Avenetle ouvrit la porte et dit impérieusement:
•* Adolphe, mon fils, faut que je te parle.
Quand elle procédait ainsi, il n*y avait pas à répliquer. Elle avait adopté le tutoiement pour la promulgation de la loi.
M. Rogas hésita un moment, car la partie était intéressante et paraissait lui permettre d'annoncer prochainement un mat. Mais enfin il se leva et passa dans la pièce voisine dont la nourrice ferma la porte.
— Tiens, dit-elle, je ne sais pas lire; lis-moi ça. C'est un papier que rintrigant a cru mettre dans le bouquet à la bru ; mais c'est tombé par terre.
Le billet était ainsi corçu :
« Chère dame, malgré vos protestations, je ne croirai jamais que votre excellent et digne mari soit capable de vous distraire. 11 est 'rop savant, trop supérieur, pour comprendre ce qu'il faut au cœur
d'une femme aimab'.o, spiiituelleel dbiiojjuée, icLiguéc au fon 1 ilc la province. Je ne vous proposerai pas de vuus enlever pour Pans» mais je vous demande pour moi, et peut-êlre pour vous, de nous vot plus souvent seule à seul. Cela serait si facile si vous le voubez un petit peu I
• Je ne ferai aujourd'hui qu'une seule partie, et je rentreriri daos votre jardin, —je me trompe, dans le paradis terrestre. — Il seia neuf heures exactement. »
M. Rogas eut presque envie de rire; mais il y avait dans le billet aulre chose que le style.
— Va, dit-il à sa nourrice, va porter celle lettre à ma femme; ne lui dis pas que je l'ai 1 :e, et ^i\cï\e si elle sort de sa chambre.
Et il revint prendre place devant l'échiquier.
— Nous disions doni;?... frcdonna-t-il,
— Mai^, mon cher maître, r.ous disions que j'ai bientôt perdu.
— Ohl bientôt!... je n\n crois rien. Voyez, examinez bien... Je pen<e que vous pourriez, avec une longue méiilation, obtenir au moiiih la remise.
— Ahl j'en suis bien inca,)îible.
— Vous savez que la remise peut s'obtenir de deux manières ..
— Oui, je crois .. vous ni'a\ez parlé de cela.
— D'abord, il y a l'échec perpétuel. Il est quelq:icfois difficile de le préparer ..
— Ma foil moi, j i ne prépare que ma retraite, car je ne suis pas de force...
— La remise s\)biientje-con-de-ment-par-le-;>af, continuait Uogas de {ilus en ))lus lentement; c'est à- dire que l'un des rois ne [>eul bouger, ni lui (fuites bien attenien ! ), ni lui ni aucune de ses pièces, sans qu'il soit en éclicc. On trouve de cela des excmp'cs charmauts... Vous ne comprenez p3s. .. non? Eh bien, je vais vous le faire toucher du doigt. J'ai ià un aurc échiquier.
— Vous êtes bien bon; c'est inutile, j'ai psrdu'
— Je pourrai vous figurer un pal des plus singuliers sans déranger notre partie qui promet de devenir inlértssanie. .. Qu'est-ce que vous faites donc? Vous vous levez? L esta peine neuf heures .. Vouliz-vous bien rester là, nioubicur. Votre dépari n:o dt sjbli;,'.jr3it beaucojjs car il me ferait comprondro que j j vous ennuie et que vous ne ven»z chez moi que [lar complaisance.
— Ah! cher monsieur, pouvez- vuus croTc?...
— Eh bien, aloiv, chcnhez doic à vciis .léf^iuiro... Cosl singulc^ vous ô;cs distrait...
— Non, j'ai la télo lojrdc.
— Voulez vous que je vous ncoiiipa^nt ? Uii pi ta tour de j irdiii
JOnnNAL DBS ÊCHF.C8
ensemble, et puis nous terminerons la pa.Hie... Non? Eh bien alor», artilleur, à vos pièces!...
Ntruf heures sonnï)i< nt, et M. de Lalouette n'était pas au paradis.
M Rogas b'était levé, et, sous prétexte de lui faire comprendre le jtu, placé de rièrij son adversaire, il pesait sur son épaule d'une main obstinée.
Pendant dix minutes au moins, ii lui indiqua, de l'autre main, ce qu'il aurait de mieux à faire pour prolonger la partie. Il discuta, analysa, pérora, et se permit même de ricaner un peu. Enfio^ ayant joué lui-même plusieurs coup.^ des noirs et des blancs, il amena cette configuration.
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et il s'écria :
— Mf^intccant, mon cher élève, cherchez ï Le» blancs font mat en trois coups.
— Eh! mouMtur, dit Lalouette à bout de patience, à quoi bon chtrcber, puisque vous êtes sûr de voire fait?
M. Rogas consulta sa montre, et, libérant l'épaule du jeune homme, il dit tranquillement :
— Au fait, je crois que Theure est passée.
Le vicomte bondit.
— Cher élève, continua l'ariilleiir, Anaïs et moi, nous nous donnons journellement trop do preuves d'affection pour que je puisse douter (Je sa lidéliié; mais, d'un autre côté, je ne puis non plus douier de vos intentions à mon égard. Je vous demande satisfaction, uniquement parce que je n'aime pas qu'on se moque de moi. Four le public et pour ma femme, nous nous serons dit des gros mots i\ propos des Chrislinos ou d'un emprunt quelconque. Vous pourrez mène affirmer
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que j'espère encore le retour du héros de Sainte-Hélèoe, et qu'à ce sujet vous m'avez traité de vieille bête. Je suis l'offensé, je choisis le pistolet.
Le duel eut lieu, en effet. Ils marchèrent Tun sur l'autre jusqu'à trente pas. Le vicomte tira le premier, et sa balle traça un sillon dans les favoris de sou adversaire.
— La peine du talion I s'écria l'artilleur.
Et le vicomte, arrivé à la limite de sa marche, sentit quelque chose )>9sser sous les ombrages de sa joue gauche.
11 devint pourpre de honte, car évidemment on lui avait fait grâce.
Cependant la mère Avenelle, qui ne dormait pas depuis qu'elle avait mis son fils dans le cas de faire un malheur^ se consolait en pensant que la mort de l'intrigant ferait de la peine à la bru. Lorsqu'elle apprit Tissue et les détails de la rencontre, elle prit un aspect des plus sévères, et demanda :
— Adolphe, mon fils, as-tu souvent comme ça des accès de folie? Pourquoi donc que tu ne l'as pas tué, puisqu'il veut nous déshonorer ?
— Vouloir et pouvoir sont deux, répondit Rogas. Et il pensa :
— Si je Savais tue\ qui donc me tiendrait Véchiquier ?
En effets au bout d'un mois à peine, les bonnes parties reprirent leur cours. Le vicomte avait un air contrit et humilié; M»« Rogas (qui n'était pas allée au jardin) paraissait à peine, et ne se faisait jamais voir que sous le masque de la Junon oulragce.
Hélas !
Ils sont nombreux, ces pauvres maris qu'aucune considération, même celle de la fragilité du sexe, ne peut arraclnT à des habitudes ou à des plaisirs qui les séparent de leurs femmes.
Lequel fut le plus à plaindre : Amyn ou Roga^? Le premier, sans doute, car il connut son malheur.
BBKOIST.
JOOBNAL DES ÉCHECS
PARTIES
st. Partie ft avanta^ie.-GaiMbU refusé.
(Oter le Cai\ de la Dame des B'ancs.J
M. ROSINTHAL.
M. FHITZ W...
Blancs.
Noiri.
Roque
Ppr.P
Cpp. P
Fpr. C
iO
Ppp. F
P. 4ÏR