SUR UN ARTICLE
Publié tout récemment dans le Paiamide français.
Noos avons pensé que, dans l'intérêt de la théorie des débuts, nous ne pouvions laisser sans réponse ce qui vient d'être publié à propos d'une appréciation consignée dans notre ouvrage la Stratégie raisonner II s'agit de la « Défense sicilienne » .
Le but avoué de l'auteur de cet article est de démontrer la faiblesse et l'incorrection du premier coup de la défense, i P. 4 FD.
Pour 7 parvenir, il commence par admettre comme irréprochables les dix premiers coups que nous donnons comme début modèle, puisqu'il veut bien reconnaître que notre analyse a été faite avec le soia le plw minutie^ÀX,
En voulant apprécier l'état des deux camps, norjs avions dit, mais avec mesure : nous inclinerions à préférer la partie des Noirs, et cela pour trois raisons. Comme aucune de c(s raisons n'a trouvé grâce devant l'auteur, nous allons nous placer sur ce terrain. Pour que l'on puisse nous suivre avec plus de facilité, nous donnons ie diagramme de la position discutée (1).
Noirs
Wm
Bl«nes
Position de la Défense sicilienne après le 10« coup des Noirs. (1) Voir \si' Stratégie raisonnée^ p. 89.
50 mi SPBII^
i^ On nous conteste que les pions soient mieux unis du côté des Noirs.
Que voit-on cependant chez eux? Un cordon de six pions qui semblent se donner la main pour se soutenir les uns les autres. On peut môme reconnaître ici la mise en pratique d'un double principe de Philidar,doairautorité est d'un si grand poids quand il s*agit de la manœuvre des pions. D'une part, ce génie de Échecs reconnaît comme règle générale (Tunir et de p:,rter toujours le$ pions au centre. (Édit. 1830, p, lOâ.)
D'un autre côté, il nous dit^ page 69 : Lorsque vous «ms deus corps de pions séparéSy vous deves toujours augment9r celui oui est lo plus forty en réunissant au centre le plm de pions possible. Remarquons que le mot toujours figure dans ces deux règles, ce qui semble comprendre le cas où, comme ici, on n'a pas craint de laisser les Blancs isoler un pion.
Quant à ce pion isolé que Ton dit être la çlé de la partie, il ne faut pas oublier qu'il est encore à sa case primitive, et par suite sous la protection des pièces. Nous avouerons bien franchement, au reste, que nous n'avons pas vu, surtout avec le genre d'attaque que l'on fait prendre aux Blancs, comment ce pion, qui n'a été délaissé par son voisin que dans un intérêt général, peut décider du sort de la parlie«
Mais ici se présente une objection : ce sont les Blancs qui ont allongé la chaîne des pions à leur 7' coup : est-ce qu'ils n'ont pas fait un faute? Nullement, selon nous; car l'isolement du PTD est devenu un point faible pour les Noirs. Dans leur pensée il y avait donc compensi^tion.
'i<» On nous i^intla situation des Noirs sous les couleurs les plus sombres... Leur FD est complètement hors de l'action; la TD est clouée à sa case pour la défense du pion isolé où sont fixées les destinées de la partie; le CR, ce protecteur du quartier royal, est mis hors de défense..* Ce que nous concevons moins encore que tout celi, c'est que« néanmoins, notre analyse ait été faite avec le soin le plus minutieux.
Nous répondons simpleivent ceci : le FD des Noirs pourra, en temps opportun, se roBére à 9 CD; lÀ, il servira de défense provisoire au P isolé poussé à 3 TD et d'appui à la TD placée à i FD, occupant un poste important, après la liquidation surtout. Quant au CR, en ce moment il fortifie le centre et favorise l'attaque par
JOUBNAL DBS ÉCHECS il
P. 3 F, que nous arons erae possible* A 3 FR, il défeodnit à la D blanche l'arrivée à o TR; mtit nous alloQt Toir que les Noirs n'ont point à s*en alarmer.
3* On nous demande quand les Noirs aurant le temps de faire Vattaque P. 3 FR Nous répondons que rien ne nous semble plus propre à accélérer cette possibilité que la manière dont on fait jouer les Blancs à partir du 40« coup de notre analyse, savoir par il D. ÎS TR, expression que l'on accompagne de trois points d'admiration, pour mieux faire ressortir cèite aHaquê vigmêreiue, ainsi qu'on l'appelle, coup si menaçant qu'on se croit obligé d'avertir les Noirs de se tenir sur leur^ gardes s'ils ne veulept perdre en peu de coups.
11 D. 5 TR, tel est donc le coup qui compromet la défense sicilienne, aini:i qu'on cherche à le prouver dans les variantes.
Nous avons examiné les suites de cette sortie de la D blanche, et c'est pour cela que nous croyons pouvoir rassurer pleinement les Noirs. Seulement nous les faisons jouer autrement qn*on a f)iit, à leur I2« coup. Exemple : (Voir le diagramme.)
U D. 5 TR, - 11 P. 3 CR, meilleur.
i2 Q. 6 TR. Jusqu'ici nous jouons comme l'auteur; mais U nous nous séparons et nous Faisons répondre les Noirs par 12 T. I B, afin qa'ila prennent l'attaque le coup suivant par F. i FR, forçant ia D blanche à ae retirer à 3 TU. Dans cette position, les Noirs ont le trait, et n'ont point sujet de s'alarmer, du moins selon nous.
Le coup 12 F. 4 FD que l'on fait jouer aux Noirs n'est pas mauvais en soi, mais, dans le cas présent, il faut, avant tout, débusquer la D de ce poste où elle attendrait pour agir la coopération de la TR et des autres pièces. C'est à ces termes simples que nous réduisons notre réponse à 11 D. 5 TR. Celte réplique, si elle est fondée en raison, aura pour résultat de rendre inefficaces les variantes employées à démontrer la valeur de 11 D. 5 TR, ce qui montrerait une fois de plus combien il peut être périlleux de pousser l'analyse trop avant dans la partie, quand on se propose d'offrir à la théorie un début modèle, et tel que tous les coups dont il se compose soient à l'abri des attaques. On nous objecte qu'une analyse de dix coups est insuffisante pour cette partie X nous ne sommes pas en mesure d'établir le contraire; mais, d'un autre côté, on apprend à l'école de l'expérisnce que rien n'est plus sujet à caution qu'un travail de longue haleine sur un
début, lequel porterait )e titre d'Analyse complète. Il est peu de mots qui hvrlent plus d'effroi de se voir accouplés.
C'est par la critique de la Déreuse sicilienne que l'auteur fait son entrée dans l'analyse des débuts. Évidemment, nous ne pouvons voir d'un œil indifférent un jeune analyste rempli d'ardeur, tout plein de feu pour la propagation, pour la vulgarisation des échecs, se présenter à l'entrée de la longue et pénible carrière que nous venons de parcourir à nos risques et périls. Nous ne pouvons non plus que faire des vœux pour le succès de l'entreprise. C'est pour cela que nous aurions préféré ne pas voir, pour coup d'essai, fronder l'opinion des plus grandes autorités du jour et condamner ce que les auteurs les plus célèbres ont trouvé bon après un long et sérieux examen. On n'est pas pressé d'accepter comme déûnitivement vicieuse une défense, quand on sait qu'Anderssen a été jusqu'à dire qu'elle était compromettante pour l'attaque 1 P. 4 R, en plaisantant à demi sans doute, ainsi que le remarque Herr Subie, mais avec l'intention sérieuse de mieux la recommander. Et pour ne rien omettre de ce que nous pensons à ce sujet, nous nous permettrons d'ajouter ceci : N'eût-on pas été mieux inspiré en débutant par une analyse 'irée de son propre fond, dans le but de s'assurer l'autorité de ses décisions pour l'avenir, qu'en B*attaquant à une appréciation donnée, avec ure sorte de réserve, d'une position appartenant à une partie déjà avancée? Quant à la franchise avec laquelle nous nous exprimons sur tout cela, nous ne nous la pardonnons à nous-mêmes que par la droiture de notre intention et la puieté de nos vues; c'est là une justice qu*on voudra bien nous rendre.
Abbé Durand et Jean Preti.
JOUBRAL DIS iCIBCS
PARTIES