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CHAPITRE Vlll

RAPPORTS DE LA DOCTRINE DES PITRIS AVEC CELLE DU ZEND- AVESTA DES PERSES , AVEC LA PHILOSOPHIE DE PLATON , UE l’école d’aLEXANDRIE et les croyances CHRÉTIENNES.'

La kabale hébraïque : n’est point le seul de tous les systèmes de philosophie de l’antiquité, qui entretienne d’étroits rapports avec les doctrines des brahmes.

Platon faisait créer l’univers par une émanation de l’Être Suprême. Le Verbe ou le Fils, qui reproduisait les types éternels, contenus dans la sagesse divine ; il admettait comme les Indous la préexistence des âmes et la métempsychose, et à l’initiation de ces derniers également eut un enseignement secret pour les initiés, et un enseignement public, qui ne fut certainement qu’un pâle reflet du précédent.

Le philosophe d’Égine fut avant tout un éclectique, si nous pouvons lui appliquer cette expression toute moderne.

11 résuma et expliqua à ses disciples les traditions de la sagesse antique qui s’étaient transmises d’âge en âge jusqu’à lui, par les associations mystérieuses des temples.

C’est ce que dit positivement Proclus, dans le passage suivant :

« ATtaaav |xàv tou HXcctwvoç tptXocotptav, xai t?iv lxXdfi.']/at

xarà Tr,v twv xpeiTTOvwv dyaOoeiSri pouXT^o-iv., . ty);ts dXXi^ç

LA DOCTRINE DES PITRIS

aTraGTjç ■ii[xaç [X£Toj(^0Oi; xaT£(iTy)ffs tou IlXaTWVoç cptXo<ro:p(aç, xa\ xoivtüvobç Twv SV (XTCop^iiTOiç Tapà T(ov auTou xpsffêuTspoiV [xsTSiXrjcpe. »

La philosophie de l’école d’Alexandrie, ou néo-platonisme, offre de telles analogies avec les doctrines indoues que nous venons d’étudier, qu’il est impossible de ne pas admettre qu’elle ait puisé au grand foyer oriental. Elle se prétend du reste elle-même issue des mystérieuses traditions de l’Asie.

Elle conçoit Dieu comme le Grand Tout, duquel tout descend, et vers lequel tout remonte.

Il est tout, et tout est en lui !

C’est l’unité, to iv ;

G’estT’ineffable, àp^y)To'ç ;

C’est l’inconnu, àYvwoTo;.

De Vuniié Plotin et ses disciples font émaner la trinité, ni plus ni moins que les sectateurs des pitris .

Cette trinité reçoit les noms suivants empruntés à ses attributs.

To SV Toayaôbv — l’unité, c’est-à-dire le bien ;

Noûç— • l’âme du monde, l’esprit universel;

TOU -rtavTo'ç, TWV oXo)v — le Demiourgos, le créateur.

Mais là ne s’arrête pas la ressemblance des deux systèmes, chacun des membres de cette trinité engendre à son tour une trinité spéciale. Et les trois trinités qui en découlent ont pour mission de produire sans cesse, et de perpétuer dans le monde : 1° le bien',; 2° l’intelligence ou principe vital; 3» Eœuvre de la création.

Ce sont bien là, sous des appellations plus mystiques, les trois trinités des brahmes et des kabalistes.

L’Être Suprême, avec ses diverses transformations symbo-

liqiies, est pour les néo-platoniciens, l’immense et éternel foyer, d’où s’échappent constamment les races universelle.s, que l’amour de l’époux pour l’épouse, de l’unité pour l’intelligence a pourvues de tous les attributs divers, et que le même amour pousse à remonter sans cesse de tranformations en transformations jusqu’à l’imité.

« Par un mouvement semblable à celui d’une chaîne sans fin autour d’une roue, » dit le livre des pitris.

Entre le système trinitaire du christianisme et celui des Indous, des kabalistes et des néo-platoniciens, les rapprochements se font d’eux-mêmes, et l’on peut voir où les fondateurs de cette religion ont dû puiser leur prétendue révélation.

Nous disons fondateurs, bien que ce mot soit impropre, par allusion aux rédacteurs des Évangiles, qui voulurent créer une tradition particulière, car il est aujourd’hui hors de doute que le Christ est une invention du m® siècle, et que le christianisnie, aussi vieux que les temples de l'Égypte et les pagodes de l’Inde, n’est qu’une synthèse symbolique de toutes les croyances de l’antiquité.

Les savants qui vivaient dans les premiers temps de l’Église chrétienne ne s’y sont pas trompés. Au siècle, l’illustre manichéen Fauste écrivait ces paroles que l’on peut*renvoyer à tous les romanciers de la vie de Jésus.

« Tout le monde sait que les Évangiles n’ont été écrits ni par Jésus-Christ, ni par les apôtres, mais longtemps après par des inconnus, qui jugeant bien qu’on ne les croirait pas sur. des choses qu’ils n’avaient pas vues, mirent à la tête de leurs récits des noms d’apôtres ou d’hommes apostoliques contemporains. » . .

(Fauste.)

LA DOCTRINE DES PITRIS

Le conseil de Nicée, présidé par Constantin, ce despote odieux, couvert de crimes, que les écrivains de la foi accablent de leurs louanges, créa un catholicisme disciplinaire, qui, n’a rien de commun avec la croyance primitive.

D’une manière très-prudente dans les termes, Franck laisse percer une opinion semblable quand il dit :

a Ne sommes-nous pas autoriséaà regarder la kabale comme un reste précieux d’iine philosophie religieuse de V Orient, qui transportée à Alexandrie, s’est mêlée à la doctrine de Platon, et, sous le nom usurpé de Denys Faréopagite — évêque d’Athènes, converti et sacré par saint Paul — a su pénétrer jusque dans le mysticisme du moyen âge. »

A cette question :

Quelle est donc cette philosophie religieuse de l’Orient, qui a pénétré dans les mystiques symboles du christianisme? nous répondrons :

Cette philosophie, dont nous retrouvons la trace chez les mages, les Chaldéens, les Égyptiens, les kabalistes hébraïques et les chrétiens, n’est autre que celle des brahmes indous, sectateurs des pitris.

Il existe en faveur de cette opinion un argument victorieux. De toutes les contrées anciennes, l’Inde est la seule qui possède celte philosophie dans son entier. A ce point que si l’on voulait la reconstituer en dehors des immortels rêveurs des bords du Gange, il faudrait en emprunter d’ici, de là, toutes les différentes parties, à Platon, à la kabale, à l’école d’Alexandrie, aux mages et aux chrétiens.

D’un autre côté, l’antiquité de l’œuvre colossale de l’Inde s’oppose à ce qu’on puisse supposer, même un instant, que la philosophie brahmanique se soit formée de pièces et de morceaux empruntés à ces différents systèmes, qui, postérieurs

aux Védas et à Manou — cela n’est contesté par personne — * ne sont pas, de l’avis même de leurs adeptes, nés sur le sol où nous les retrouvons.

Si la kabale, le magisme, Platon, l’école d'Alexandrie et le christianisme n’ont point tiré leurs doctrines de leur propre fonds... si au contraire on les rencontre de toute antiquité dans les écrits philosophiques de l’Inde ancienne, non comme un fait isolé, mais comme un ensemble de croyances, de dogmes, de mystères, qui forme toute la civilisation brahmanique, n'eston pas fondé à soutenir que cette doctrine est née dans la patrie des Védas?

Il est facile de suivre à travers les âges la route parcourue par ces hautes spéculations. De l’Inde elles passèrent en Perse et en Chaldée, et par voie d’émigration, et par infiltration naturelle. Il suffît de comparer les traditions du Boun-Dehesh et du Zend-Avesta avec celles que nous avons étudiées, pour en reconnaître la similitude, seulement le système des Parses et des anciens Chaldéens, moins philosophique que ceux de la mère patrie, accorde aux dews et aux esprits mauvais une importance beaucoup plus grande que celle que reconnaît aux dévas et aux pisatchas la théorie des initiés de l’Inde.

Il faut descendre jusqu’aux superstitions du brahmanisme vulgaire, jusqu’à la religion du soudra pour rencontrer les mêmes luttes ardentes entre les esprits du bien et du mal . Le parsisme et le chaldaïsme sont un mélange des croyances grossières de la plèbe indoue et des conceptions philosophiques des brahmes.

Souvenons-nous de ces paroles d’Ammien Marcellin, confirmées par Agalhias.

« Le roi Hystasp ayant pénétré dans certains lieux- retirés de VInde supérieure arriva à des bocages solitaires dont le silence favorise les profondes pensées des brahmes. Là il apprit d’eux,

LA DOCTRINE DES PITRIS

autant qu’il lui fut possible, les rites purs des sacrifices, les causes du mouvement des astres et de l’univers, dont ensuite il communiqua une partie aux mages. Ceux-ci se sont transmis ces secrets de père en fils, avec la science de prédire l’avenir, et c’est depuis que, dans une longue suite de siècles jusqu’à ce jour, cette foule de mages, composant une seule et même race, a été consacrée au service des temples et au culte des dieux. »

L’Égypte à son tour, qui n’avait jamais perdu le souvenir de ses traditions, communes avec celles de l’Inde, se retrempait constamment dans l’étude du mouvement scientifique de la Haute Asie.

Moïse du Glîorène, qui vivait cinq siècles avant l’ère présente en témoigne d’une manière formelle dans le passage suivant :

« Les anciens Asiatiques eurent une foule de livres historiques qui furent tous traduits en langue grecque, lorsque les Ptolémées établirent la bibliothèque d’Alexandrie, et encouragèrent les littérateurs par leurs libéralités, de manière que la langue grecque devint le dépôt de toutes les sciences anciennes. »

Tout cela prouve : 1° que les peuples de l’antiquité ne vécurent pas plus en dehors les uns des autres, au point de vue des sciences philosophiques et religieuses, que les peuples modernes ; 2° qu’il y eut un ensemble de traditions dont le grand foyer fut l’Inde ancienne ; et 3° qu’un lien étroit existe entre les doctrines des brahmes et les systèmes des mages, des Ghaldéens, des kabalistes, des platoniciens, des philosophes de l’école d’Alexandrie, dont la secte des thréapeutes continua les traditions qui devinrent celles du christianisme.

G’est ainsi, par l'étude parallèle de toutes les civilisations

anciennes, qu’on arrive à substituer Vunilé de Vinlelleci humain à l’orgueil individuel et aux prétentions systématiques.

• Il n’y a pas un fait, pas une croyance, pas une découverte, qui soient indépendants de la tradition, et les gens qui, pour se singulariser et faire une place à part à leurs études spéciales, rencontrent à chaque pas des conceptions, qu’ils prétendent ne rien devoir à celles qui les ont précédées, oublient l’histoire et les lois d’évolution de l’esprit humain.

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