SES PSEUDO-MANIFESTATIONS
Souvent, 1 homme mûr, tout comme le jeune enfant, prise fort les histoires. Plus elles semblent merveilleuses, plus il est heureux, d’où la grande vogue du spiritisme.
Les peuples les moins religieux éprouvent sur ce point les mêmes penchants que les sociétés vraiment déistes; toutes les nations, tant anciennes que modernes, relatent dans leurs annales les hauts faits des magiciens.
Rappelons les plus célèbres, tels : les sorciers des pharaons, le Scythe Zoastre, susceptible, disait-on, de marcher sur l’eau, de rester dans le plomb fondu. Ce dernier prodige suflit (on le comprend!) à convertir le roitelet Goustap.
La sibylle de Cumes, les augures des généraux romains sont présents à tous les esprits.
Plus près de nous, y eut-il jamais récits plus populaires que les enchantements de Merlin...
fakirs et marabouts emplissent de leurs exploits maintes relations de voyages aux Indes ou en Afrique.
Quand on songe que Napoléon I er interrogeait sur l’avenir M me Lenormand, inventeur des tarots; que le général Boulanger, cette idole passagère du peuple conscient et organisé, consultait les somnambules..., on comprend la clientèle étendue des diseuses de bonne ou mauvaise aventure!...
Ouvrez un journal L.., vingt annonces, toutes plus aguichantes les unes que les autres, vous promettront science et félicité!
1 Le numéro de Je sais tout , i5 avril ipi/J..., répandu dans tous les milieux, dans toutes les familles..., renferme les réclames suivantes :
M me R..., cartomancie.
Professeur R..., avenir, passé (par écriture, heure naissance).
La jeune fille magnétique (moyen d’obliger les autres à lui obéir).
D..., scientifique astrologue.
Rox..., cet homme peut lire votre vie!
puis un supplément entier de quatre pages sur le Gemme Astel.
Aussi, tenons nous à affirmer hautement notre manière de voir.
Loin de nous l’idée de blesser personne. Sans compter que bien des sectes interdisent à leurs adeptes les pratiques occultes, nous ne confondrons pas les miracles des magiciens et ceux des religions naissantes...
Loin de nous aussi l'idée de porter atteinte à l’honorable corporation des prestidigitateurs, des Robert lloudin et C ,e !
Ces gens-là nous sont même très sympathiques, car ils font passer dans notre pauvre humanité un rayon de soleil; et, pour mon compte personnel, j’aime à les voir travailler, leur art m'intéresse.
Les vrais prestidigitateurs sont d’ailleurs avec nous. Ceux contre qui nous protestons, ce sont les gens affirmant opérer par spiritisme, alors qu’ils exécutent seulement des tours d’adresse. Ceux-là, nous devons les démasquer pour le mal considérable qu’ils font aux âmes simples. Que de fois déjà il nous fut donné de voir des familles entières troublées par une seule de leurs séances.
Je le disais tout à l’heure, les vrais prestidigitateurs sont avec nous, puisque depuis longtemps déjà leur Chambre syndicale s’engage à donner ioo.ooo francs ( je crois) au médium capable d’exécuter un acte impossible à l’un de ses adhérents. En d’autres termes, tous les prestidigitateurs ne pourront pas rivaliser ex abrupto avec un médium bien entraîné, mais ce que l’un ne réalisera pas, sûrement un collègue le fera.
L’enjeu, à tous les points de vue, semble tentant.
Personne encore ne s’est présenté pour relever le gant.
Plus une légende est merveilleuse, plus elle est ancienne. Pour affirmer qu’un homme marchait sur l’eau, supportait le plomb fondu, il faut le recul des siècles.
Mais, direz-vous, la tradition? le témoignage des premiers spectateurs?
La tradition va s’embellissant! Quant au témoignage, sa valeur est nulle.
Songez que les neuf dixièmes de nos contemporains sont incapables de renseigner le médecin les interrogeant sur telle ou telle période de leur existence. Ont-ils eu des boutons? perdu leurs cheveux? Bien rares les hommes susceptibles de répondre exactement.
Regardez une collision de tramway et d’automobile, autant de témoins, souvent autant d'avis, chacun affirme avec conviction le contraire du voisin. Nous ne parlons pas, bien entendu, d'appréciations variables sur la responsabilité des conducteurs. H y a toujours en ce point matière à discussion, mais simplement des faits matériels (direction des voitures, vitesse) que tous devraient relater semblablement.
Mettre ces divergences sur le compte de la mauvaise foi serait injuste. Rarement les témoins cherchent à tromper en des circonstances
sérieuses. La plupart même défendraient leurs idées avec énergie, si besoin était.
Je tiens à vous rapporter quelques traits destinés a montrer la base fragile de certaines légendes.
A II..., dans Liséré, une femme accouche, ma grand’mère qui n’avait alors que cinquante ans (c’est-à-dire qui était en pleine possession de ses facultés), accompagnée d’autres voisines, rend visite à la malade.
Or, toutes ces femmes, dont plusieurs vivent encore, sont prêtes à certifier qu'après quelques vives douleurs, la parturiente mit au monde un singe. Ce dernier sortit avec impétuosité du vagin, grimpant aux rideaux, déchirant, brisant tout... Le curé présent conseilla immédiatement de « tuer ça » !...
En réalité, que s’était-il donc passé? Bien peu de chose! Notre brave femme, d une santé fort délabrée, mit au monde un être à tête bizarroïde. Les enfants ne sont jamais beaux en naissant; celui-ci était hideux. C’est un singe, dit l’accoucheuse. Regardez ces grands bras, il grimpera bien!
Le curé, consulté, ne voulut pas baptiser avant Lavis de l’évêque.
Un point c’est tout.
La légende restera cependant inscrite au livre de l’histoire locale.
Notre seul but est de vous faire toucher du doigt les trucs employés par les spirites. A ceux restant sceptiques malgré tout, nous dirons, maintenant que vous connaissez les procédés, observez les expérimentateurs... Un jour ou l’autre vous les prendrez en défaut et serez alors convaincus.
Nous le répétons, c’est faire œuvre sociale que de montrer à tous les pauvres cerveaux qu’on abuse d’eux.
Les confidences de ces malheureux sont parfois navrantes. Désemparés, ils finissent par devenir la proie véritable d’une foule d’aigrefins prêts à les ruiner..., susceptibles de leur soutirer sans peine jusqu’à leur dernier sou.
Ne croyez pas aux exceptions, les trafiquants de l’occultisme sous toutes ses formes sont légion.
Qui ne connaît ici même à Lyon I histoire de P... On frémit en pensant qu’à un moment cet homme fut l’arbitre des destinées de deux grands peuples. Voici comment :
Une étudiante expulsée, désireuse de rentrer en son pays, écrivit au Czar : « Si tu m’accordes grâce, je t’indiquerai l’homme capable de changer le sexe des enfants récemment conçus. »
Le marché est conclu, lant l’empereur allié désirait un fils. Après un certain nombre de passes sur le ventre auguste de la souveraine (ventre que nous ne pourrions cerles pas effleurer sans châLiment), P... promit un héritier. La grossesse évolue, mais au septième mois, la future mère glisse, se blesse légèrement. Notre sorcier de hocher la tête. Un nouvel examen augmente ses doutes. Très adroit, il exploite l’accident et déclare 11e plus rien pouvoir promettre Une fille naquit.
Enceinte à nouveau, l’impératrice fut entièrement la chose de P..., il habite dans la partie du palais réservée aux souverains, se déplace avec eux. Jouant son dernier atout, il promet un garçon...
Lasse d'avoir créé cinq filles, la nature fit enfin un male !
La Cour est en délire... P... a le pas sur les plus grands personnages. Comblé d’honneurs, d’argent, il restera atLaché aux souverains... La guerre éclate: mieux que personneil dicterales manœuvres à exécuter...; chaque jour il décide de la vie, de la mort de milliers d’hommes !
Malheureux empereur !
Malheureux peuple !
Sous le vocable de spiritisme, on a le tort de confondre toute une série de phénomènes.
Les uns, faisant intervenir les esprits des morts (nécromancie), les esprits supérieurs bons ou mauvais (toutes les religions reconnaissent des diables ou des démons).
Les autres, admissibles parfois, faisant intervenir des forces encore inconnues (suggestion, hypnotisme, magnétisme).
Que la suggestion soit vraie de-ci de-là, il en est pas moins certain que bien souvent, elle aussi, n’est qu’une fourberie.
Les médecins magnétiseurs, des plus célèbres, comme Charcot, aux plus humbles, sont fréquemment trompés.
J’ai vu, étant externe du professeur Lannois, des sujets faisant la gloire et la joie du D r F...e, revenus dans la salle, exprimer par une série de pieds de nez et de gestes canailles le degré de leur sincérité.
Hien ne valant un exemple, je vous raconterai une histoire établissant la vérité de certaines suggestions.
Un brave homme vint consulter mon maître Lannois, se plaignant très fort d’une oreille où des mouches auraient pondu. — Nuit et jour je les sens courir, monter, descendre dans la gorge... ; guérissez-moi ou tuezmoi... ; j’essaye vainement les procédés classiques (courants, fulguration) ; les bestioles résistent à tout. Une intervention est alors décidée. Pendant
l'administration de l’éther, nous causons des chances de succès...; le malade entend et se grave dans la tcte nos paroles. Le sommeil venu, nous incisons la peau... ; mais, pour obtenir une suggestion complète, il faut présenter des mouches au patient ! — Que faire ? c’est en hiver. — Je ramasse sur le fumier des vers de terre, et dans son demi-réveil nous les lui montrons... Le lendemain, la tcte toute empaquetée, il contemple avec délice le corps de ses bourreaux... « C’est ce grand-là, dit-il, qui devait descendre si bas... Je savais bien que c’était pas des mouches, mais ma femme my disait que si » (sic).
Voici un exemple de véritable suggestion ; tout à l’heure nous verrons combien plus commune est la fausse.
Une des manifestations les plus fréquentes du spiritisme véritable, évocateurs des morts, semble être celle des tables tournantes.
Complètement sceptique, je me rendis à une soirée donnée par Bénévole, et sortis persuadé que tous les gens tournant avec le guéridon étaient de vulgaires compères.
Le lendemain, à l’appel de personnes dévouées, je grimpe sur la scène ! J’étais joyeux déjà de voir l’énorme masse rester soumise aux lois de la pesanteur, malgré les objurgations du magicien, lorsque petit à petit je me sens entraîné de plus en plus vite jusqu’à ne pouvoir suivre avec peine le mouvement.
L’hypothèse des compères devenait alors impossible (en partie du moins); fortement intrigué, je m’enquis des trucs employés. Six semaines plus tard je les possédais.
Très simples, vous allez le voir, lorsqu’on les connaît, mais impossibles à découvrir s’ils sont utilisés par un homme habile.
Lorsqu’il s’agit d’un guéridon léger, un artiste peut produire jusqu’à la lévitation de l'objet, sans aucune aide étrangère (fîg. i).
Pour obtenir semblable résultat, on laisse dépasser au centre du guéridon un clou à tête évasée, puis le médiusarmé d’une bague à encoche, sous prétexte de passes on arrive à introduire l’extrémité du clou dans la fente du bijou. Dès lors le meuble tient fort solidement (fig. 2).
Avec un meuble susceptible de remuer au moindre frôlement, il suffira d’un homme rusé, plaçant les pouces au bon moment, au bon endroit, pour donner confiance aux partenaires sincères et arriver, grâce à la bague, à de beaux résultats, d’autant plus beaux que deux acteurs sur trois pourront être choisis parmi des personnalités iucapables d’être soupçonnées (fig. 3 ).
Mais le dispositif le plus curieux sera toujours celui qui m’étonna si fort... En plus de deux ou trois compères, le barnum invitera huit, dix spectateurs à monter sur l’estrade...
Les compères se placent bien entendu où il faut et sont séparés les uns des autres par les profanes .. Tout le monde une fois installé, le spirite prend un air fatigué, exorbe des yeux, étend la main, puis commande de plus en plus fort à la table de tourner, aux gens de la suivre... L’immobilité persiste dans le silence glacial..., chacun attentif retient sa respiration. Brusquement le meuble remue... Plus vite, crie le nécroman, et hommes ou femmes de se précipiter en courant (fig. 4), A cet instant les visages pâlissent bien souvent ; si celui qui regarde peut douter, l’acteur
Fi «. 4.
ne le peut plus. . Loyalement il doit dire la table a tourné, j’en ai fait autant... (de là mon étonnement au soir où, chez Bénévol, je prêtais mon concours).
Que se passe-t-il ? Bien peu de chose encore. Les trois ou quatre compères sont armés de bracelets de plomb semblables à ceux-ci, porteurs de crochets. Tout l’attirail se dissimule admirablement sous les manchettes. Le simple geste de poser les mains à plat sur la table suffit à l’accrocher (fig. 5 ).
D’ailleurs, dans la pratique, tout est encore bien plus simple. La table ne tourne, pour ainsi dire, qu’à litre de curiosité. Son rôle véritable est uniquement de frapper d’un pied pour répondre aux questions posées.
On convient que pour dire oui la table tapera une fois ou bien qu’elle fera ce signe lorsqu’on aura lu telle ou telle lettre de l’alphabet, nécessaire à la traduction de sa pensée î
après de longs etForts, à faire claquer, dans un large soulier, deux de leurs doigts de pied, comme en ce moment je fais claquer ceux de la main.
— ti —
Toute une série d’expériences découlent de la table.
On pourra, par exemple, à l’aide d’une balance, montrer soitla force magnétique attractive et répulsive, soit encore faire taper un plateau dans le but d’indiquer tel ou tel concept.
Un léger cheveu armé de cire adhésive forme tout le mécanisme (fîg. G).
A défaut de guéridon, souvent on utilise une corbeille. Le procédé me fut montré chez un vieil alchimiste, le père R.. , à P... (Hérault). On attache un crayon au panier, la pointe affleurant légèrement une feuille de papier, et deux individus sensibles parviennent ainsi à recueillir les plus saisissantes paroles! Le mage en question possédait un gros carnet plein de ces communications. Il suffit d’un mystificateur pour troubler une salle d'âmes naïves.
Après m’être documenté sur les voisins et voisines de l'officine, je consentis à m’asseoir aux côtés d’une jeune femme et à saisir l’instrument.
Avec une facilité extraordinaire, je fis écrire à la corbeille de ces réponses peu compromettantes si chères aux oracles, puis le hasard voulut que Mlle X... vînt consulter l’esprit... « Où étais-je il y a dix ans? » fitelle...
« Ne m’oblige pas à te chagriner », répondis-je... sachant à cette époque la jeune fille internée... L’efTet fut foudroyant, blême elle partit, et les assistants, vivement impressionnés, furent plus convaincus que jamais.
Ma partenaire, cependant bien sincère, consentit à dégager ses doigts des miens et à essayer seule l’expérience. Très émue, sa suggestion suffit à lui permettre inconsciemment d’écrire, elle guida la corbeille tout en croyant simplement la suivre.
Les professionnels utilisent un plateau monté sur trois roulettes à billes, porteur soit d’un crayon, soit d’une flèche indicatrice (fîg. 7). La main placée dessus, dans le premier cas, le plateau écrit; dans le second, l’index s’arrête en face des lettres voulues, tracées d’avance sur un carton ad usum (fig. 8).
Deux autres procédés, d'un grand effet, sont couramment employés.
L’un exige une boîte vide, on la donne à examiner sans crainte puisqu’elle ne renferme aucun truc.
Sous prétexte d’écarter toute suspicion, on la pend au plafond et l’on annonce que l’esprit interrogé viendra répondre en frappant dans la boîte.
L’illusion absolue est obtenue par un électro-aimant dissimulé dans le plafond et tapant sur la tringle, support du colfret. La densité du métal permet une conduction parfaite des bruits qui vraiment semblent sortir de l’endroit convenu.
Maintenant voici un sifflet, touchez-le, retournez-le à loisir. Je le pends
à voire canne, Monsieur... à l’aide d’une ficelle ou d’un cordon que l’on voudra bien me donner...
hn pleine lumière, ce sifflet normal, soutenu par une sorte de fouet formé de matériaux ne m’appartenant pas, répondra comme la table aux questions posées, mais en sifflant (marques cl y approbation , sentiments de curiosité , applaudissements), je comprends votre étonnement, voici mon truc :
Dans la jambe gauche de mon pantalon, ras au soulier, j’ai un sifflet
Fig. 9.
semblable à celui-ci, relié à une poire renfermée dans ma poche par un tuyau de caoutchouc (fig. 9) (applaudissements répétés).
Dans un local approprié conjointement avec le sifflet on peut présenter un timbre parleur.
Une cloche à fromage pendue au plafond est excellente. Par terre un épais tapis. Dans la salle, la nuit. Une fois les objets examinés, les assistants doivent former le cercle assez loin du timbre improvisé.
Précédemment, par un trou imperceptible, une sarbacane a été dis-
posée de façon à pouvoir lancer mathématiquement de la cendrée, et faire ainsi résonner l'air d’un son cristallin. La cloche touchée, le plomb tombe sans aucun bruit grâce au tapis épais.
Aux personnes désireuses de posséder une réponse écrite, nous pouvons offrir bien des moyens de l’obtenir.
Les uns, basés sur l’encre sympathique et ses propriétés, se schématisent ainsi : on présente un livre, dont une partie forme soit un réservoir d’eau chaude, soit une boîte pour une plaque métallique chauffée.
Sur des papiers portant une réponse évasive et disposés par ordre, on écrit une question (en ayant soin de choisir la réponse la plus appropriée^; le livre tout naturellement sert de support, personne ne le suspecte.
Après avoir fait constater que seules les questions existent sur les papiers, on les met dans les feuillets; puis, le tout exposé bien en vue au milieu de la salle, on commence les incantations...; celles-ci terminées, on présente les réponses apparues par le fait de la chaleur.
Une variante consiste à dire : « Prenez un morceau de papier, dans votre poche ou ailleurs — tendant un crayon, vous présentez galamment un livre comme pupitre... — écrivez ce que vous voudrez et gardez le papier... »
Puisque vous n’avez pas touché à ce dernier, vous ne sauriez être soupçonné. Cependant, par un procédé quelconque, vous répondrez à la plus précise, à la plus embarrassante des questions, le livre offert possédant une couverture carbonée, reproduisant à l’intérieur les mots écrits...
Certainement, vous avez vu au coin des ponts de gros rassemblements autour d’un bonhomme portant à l’extrémité d’un bâton un bocal plein de ludions. Ici encore la chaleur intervient. Pour 10 centimes les badauds tirent au sort un morceau de papier blanc. Le montreur le dépose dans un tube ad usum chauffé par une lampe, les petits gnomes montent, descendent sous prétexte de quérir la réponse, et vous recevez l’objet attendu, non plus blanc mais écrit, grâce à une encre chimique. En plein xx e siècle, ces gaillards-là gagnent 5 o à 60 francs par jour, leur clientèle se récolte dans toutes les classes de la société... N’allez pas surtout, pris d’un beau feu, combattre l’erreur par l’exemple, la foule, loin de vous être reconnaissante, vous corrigerait d’importance. Je conserve le douloureux souvenir de coups de poing administrés par des spectateurs à qui je cherchais à montrer qu’une allumette remplacerait les gnomes du bocal !. .
Nous ne pouvons passer en revue les procédés multiples destinés à donner une réponse frappée ou écrite. Cependant l’ardoise dite spirite mériLe d’être signalée.
La voici, examinez-la bien, cachetez-la..,, plombez-la, tout est inutile, votre demande écrite à l’intérieur sera bientôt satisfaite.
Pour ce faire, il suffît de poser négligemment l’ardoise sur table où un aide la prend par une trappe spéciale ; un panneau glisse malgré les vis (fausses) et les cachets. Vite il écrit ce qui convient, remet le tout en place et vos incantations et votre boniment terminés, vous venez naturellement chercher l’objet. Chacun constate l’intégrité de ses liens, de ses sceaux et cependant le panneau, vierge au début, porte en caractères plus ou moins fantastiques une réponse à la demande formulée.
Souvent, non contents de présenter les réponses de l’au-delà, les nécromants tentent de montrer ce qu’ils appellent des matérialisations, c’est-à-dire soit des formes d’êtres vivants, soit des squelettes, des objets usuels.
En effet, les apparitions jouent un grand rôle dans les séances publiques de spiritisme, toutes produites par deux procédés toujours les mêmes.
Tantôt quelques personnes tiennent les mains du médium ou les attachent et cependant certaines d’entre elles reçoivent des chocs...
Ludgia plusieurs années durant fut célèbre. Vainement on la ligotait, sitôt l’obscurité obtenue les frôlements mystérieux se produisaient à l’envi. Chacun s’étonna jusqu’au jour où un malin parvint à saisir une jambe dans l’espace ! Ludgia, exploitant l’émotion de vérificateurs, dans un série de contorsions (dues à l’hypnose !) parvenait à dégager d’une mule son pied droit et gentiment caressait de sa face plantaire les visages voisins !
Furieux d'avoir été bernés, les admirateurs devinrent de féroces détracteurs... Cependant depuis des mois et des mois la mystification durait î
L’autre type d'apparitions afTecte l’apparence d’objets, comme celle d’hommes.
Dans une cabine revêtue détoifes noires, quelques lanternes sourdes sont, au premier plan, adroitement tournées face au public...
De la salle, tout a l’air inondé de lumière ; en réalité la rampe seule brille, le fond de la scène reste absolument invisible. Bientôt, squelettes, tables, chaises, femmes et enfants, entrent en branle.
Rien n’est plus facile à produire que ces manifestations.
Sur tous les objets, des voiles noirs sont jetés, un aide vêtu de même les soulèvera au commandement du magicien, il agitera fémurs et tibias dont la blancheur seule apparaîtra sur le fond (fîg. io, 11, 12,
Pour mémoire seulement nous rappellerons un procédé aujourd’hui délaissé,
Autrefois l’artiste, sous prétexte de couleur locale, brûlait sur l’avantscène, parfums et résines. Par une ouverture, ménagée dans les portants, un faisceau lumineux de lanterne magique projeté sur la lumée permettait les plus fantastiques productions (fig. 17).
Fia. 16.
Souvent, nous avons entendu dire : Gomment se fait-il que des intelligences, comme Drumont, comme Richet, soient spirites? L’objection certes serait sérieuse si les faits ne se chargeaient de répondre pour nous
De Drumont, nous ne dirons rien; c’est un grand esprit, mais pas un scientifique habitué à l’analyse. Quant au cas de Richet, médecin physiologiste, il semble plus troublant. Que peut-on objecter?
A Alger, dans une villa appartenant au général X..., sa future bellefille, toquée de spiritisme, résolut d’organiser séances sur séances
Dans une pièce obscure, au-dessus de l’écurie, un baldaquin fut placé. C’était merveilleux.
La fiancée évoque les esprits, bientôt un fantôme se dessine sous la forme d’un pompier antique.
Richet affirme l’avoir touché. La femme du général, lutinée par le gas d’outre-tombe, pousse un petit cri .. Richet enthousiasmé prend des clichés, les publie à Paris...
Dickson, prestidigitateur illustre, demande à éclairer l'affaire ; on le lui refuse...
Officieusement il se documente et découvre bientôt le pot aux roses. L’institut une fois de plus a été berné...
C’est le cocher du général qui, pour complaire à sa future jeune maî- Lresse, atout machiné...
C’était lui le galant fantôme, pinceur de M me la générale !
Les photos, voilà ce qu’elles valent ! Si dans certains cas elles peuvent, prises par un adversaire, dévoiler quelque fraude, faites au contraire par un convaincu ou un naïf, elles ne servent qu'à donner une autorité aux curiosités décrites.
Puisque nous en sommes au chapitre photographie, je ne puis passer sous silence un truc fameux.
Par une série d’annonces adroitement lancées, par des solliciteurs habiles, le sieur X... drainait en son atelier la foule des veuves inconsolées, des mères de famille éplorées par la perLe d’un enfant.
Le client voyait alors un album garni de clichés troublants.
Interrogé, on lui offrait de le photographier en compagnie du cher disparu.
Pour éviter toute idée de fraude, il choisissait lui-même une boîte de plaques dans un approvisionnement considérable, assistait à son ouverture, à la mise en châssis, au développement.
Comment douter après tant de précautions ? et quelle joie, de se voir accolé à l’être aimé devenu fantôme ?
Suivant qu’il s’agissait d’une veuve, d*un époux, d’une mère, le photographe ouvrait le placard i, 2, ou 3 .
La boîte prise en toute liberté, avait été au préalable soigneusement décachetée à la vapeur et chaque plaque impressionnée par un fantôme sur fond noir.
Somme toute le groupe obtenu représentait un cliché double comme les amateurs débutants en obtiennent si souvent par oubli d’escamotage.
Voyez combien il est difficile à l’esprit non prévenu de décelerla fraude. L''individu sceptique, bien que persuadé de la mystification, ne sait comment l’expliquer.
Quand au pauvre cerveau, sa convicLion sera profonde, et il ira partout cherchant de nouveaux adeptes faciles à séduire par le simple énoncé des garanties offertes (choix de la plaque, surveillance constante).
Comment convaincre d’erreur ces braves gens, si on ne peut leur expliquer le mode opératoire, comme je vous l’ai analysé.
A une dame à qui je tentais vainement de montrer que le fantôme représenté derrière son cou n’était point sa fille ; qu’on l’avait ignoble-
ment trompée et volée de 200 francs, je ne sus que répondre, car toujours elle me répétait... « Mais, Monsieur, expliquez moi comment, etc. » Or, à cette époque, je ne le pouvais.
Ces temps-ci, le Monde Illustré reproduisait quelques photographies relatives aux expériences de M ,J,e Juliette-Alexandre Bisson.
Cette femme de grande intelligence a vraiment cherché ce qu’il pouvait y avoir d’exact dans les prodiges attribués aux médiums.
A cet effet, elle loua un appartement dont les clefs de sûreté ne sortent jamais de ses mains. Dans une première pièce, on introduit le médium, à seule fin de le déshabiller complètement. Des médecins fouillent toutes les cavités naturelles. Ce conseil de révision terminé, on l’enveloppe dans
Fir;. 18.
un peignoir fermé aux poignets et aux chevilles, puis on la conduit dans la salle des séances, toute tendue de noir (fig. 18) (les esprits fuient décidément la lumière). Un certain nombre d'appareils photographiques, disposés sous différents angles, peuvent fonctionner brusquement pour saisir les phénomènes, grâce au magnésium.
Bientôt à peine le rideau tiré, les assistants disent voir apparaître une substance de consistance et de forme épiploïque, froide, elle s’échappe deci de-là pour s’évanouir en un point quelconque du corps (fîg. 19 et 20), d’autres fois, petit à petit, cette substance prend un aspect d’homme (lig. 21), celui d’une femme point mal du tout (lig. 22).
Des gens dignes de foi affirment. Des photos existent ! Nous savons ce que cela petit peser au point de vue critique.
Bien plus, un cliché pris subitement montra une tête surmontée d’un journal (fig. 23 ).
Ne serait-il vraiment pas extraordinaire que les esprits utilisent les
productions de la presse? Avec la conscience qui la caractérise, M l,ie Bisson essaya de reproduire avec une gravure et un sarcau blanc l'image obtenue. Voici cette reconstitution (fig. 24).
Comparée à la précédente, elle nous laisse rêveurs.
Un prestidigitateur de profession verrait sans doute le truc sans difficulté ! Ce cabinet noir, indispensable, choque et paraît bien sujet à caution.
Fig. 24.
Sans compère aucun, il est loisible d’organiser bon nombre de jolis tours.
Bien souvenL, dans ce cas, « le cadenas » sert à jeter de la poudre aux yeux, et pour ainsi dire d’entrée en matière.
Dans un plateau l’opérateur prend (au hasard !) un cadenas (toujours le même !) chacun peut l’examiner, le toucher. Ceci accompagné de belles paroles, on affirme son pouvoir d’ouvrir la serrure par un simple effort volontaire, ou bien par simulacre du mouvement consistant à tourner la clef.
Rien n’est plus exact, le cadenas s’ouvre au commandement ou lorsque le puissant personnage approche une clef d’un cadenas dessiné à la craie sur le tableau noir.
Pour 5o francs vous partagerez semblable pouvoir. Ecrivez à Caroly de ma part et vous recevrez un cadenas truqué. Le mécanisme est absolument invisible, même à l’œil le plus investigateur. Une fois le cadenas examiné, il suffit de déclancher le ressort et de donner l’ordre d’ouverture cinq ou six secondes après, suivant le modèle acheté.
Une fois ce préambule terminé, passons à la main d’Ibycus, que voici. Je la mets à l’endroit de la salle qui vous plaira. Elle repose sur une plaque de verre, tout autour vous pouvez passer la main, dessus, dessous..., pas de fil..., pas d'électricité non plus, la plaque de verre rendant impossible tout passage de courant !...
Choisissez une carte..., mais soyez sincères, la mainvous répondra de la manière que voici :
Est-ce un pique, un cœur, un carreau, un trèfle? Elle tapera à l’appel de la bonne couleur.
Elle tapera aussi au nombre voulu.
Vous dites que vous avez tiré le 8 de cœur, la main va donc frapper à l’annoncé du mot cœur et à celui du chiffre 8. (Applaudissements répété.)
Comment ai-je opéré? Dans la salle, d’avance, des prises imperceptibles d’électricité (formées d’une plaque minuscule de cuivre) ont été disséminées partout sous le tapis, de telle sorte qu’il me fût loisible d’aller m’installer n’importe où.
Ma glace de verre est supportée par deux pieds possédant une tige conductrice qui viendra fatalement former connexion avec les prises en question.
Dans le cadre de bois protégeant la glace, un électro-aimant spécial, malgré sa faible dimension, fera remuer la main de carton ornée d’une manchette métallique.
Placé loin du système pour montrer son indépendance absolue, appuyé contre le mur, j’ai fait les contacts nécessaires à l’obtention des réponses.
Mais, devez-vous penser, la carte tirée, comment la connaître?
Ou bien, sous prétexte de contrôle et pour éviter toute tricherie, je demande à la voir, ou bien, je vous « la force ».
Si l’on ne peut se procurer semblable installation, il suffit d'avoir dans la coulisse un aide. A défaut de main on demande un chapeau melon très commode à faire basculer, vu sa forme. Une boulette de cire adhésive, soudée à un fil de soie, remplacera notre matériel électrique. L’effet semble aussi prodigieux, mais il faut opérer très vite pour éviter
d’être appelé à travailler au milieu de la salle. En pareille occurrence, il suffirait d’exposer la répulsion des esprits pour la lumière.
Non seulement la main que je viens de vous présenter dira la carte tirée, répondra à une pensée, mais encore (chose bien plus curieuse) elle parlera par anticipation.
Elle dira : vous tirerez Le11 e carte, vous ferez tant de points aux dés, au toton.
Le mécanisme fondamental, bien entendu, reste le même, mais je vous oblige à prendre une carte forcée. Pour les dés, j’escamote ceux que je vous invite à toucher pour les remplacer par ceux-ci qui sont pipés ainsi que le virolet. Fatalement dés et totons tomberont sur un chiffre connu d’avance.
Jugez de l’impression produite lorsque, dans une salle spéciale, on répond à la pensée et on la devance.
Tous vous avez vu un « décapité parlant », une « tête en boîte », etc. Ce sont là des elfets de glaces ; l’occultisme les a perfectionnés pour obtenir les grands spectacles, tels la métempsycose.
Au fond de la scène, un buste en plâtre est placé sur une console. On le descend, chacun peut l’examiner, puis l’inspection terminée on voit la tête s’animer petit à petit, mourir, se putréfier, devenir squelette, puis petite flamme prête à vaciller pour répondre comme la main d’Ibycus peut le faire.
Les plus jolies disparitions de personnages, leur remplacement par quelque corps mystérieux, sont, elles aussi, produites par des glaces.
Je vous disais au début, qu’à côté des suggestions véritables, des magnétiseurs trompés par leurs sujets, il gravitait toute une théorie de farceurs.
Leur méthode, toujours la même, consiste en une ou deux expériences (destinées à les montrer comme des êtres à part) exécutées avant les séances de suggestion.
Ainsi P..., décoré de tous les ordres exotiques, appelait deux ou trois médecins sur la scène à seule fin de constater qu’il pouvait à volonté arrêter son pouls.
Comme lui, Messieurs, je demande à ceux susceptibles de tâter mon pouls de venir l’examiner. A volonté je l’arrêterai.
Un monsieur capable de se modifier ainsi doit vous sembler étrange?
En réalité rien n’est plus facile, de même qu’une épingle suffît à pro-
duire la « coupure magnétique », une balle de caoutchouc mi-molle cousue au corset s’il s’agit d'une femme, ou introduite adroitement sous l’aisselle, s’il s’agit d’un homme, permet d’exécuter correctement la difficile expérience.
Une pression du bras comprimant l’artère axillaire doit fatalement entraver toute circulation !
Voici un bandeau bien rectangulaire, bien opaque (jugez-en par vous même). Cependant, si vous voulez m’en revêtir les yeux je répondrai en indiquant tout ce que vous faites.
La seule manœuvre de tirer les cordons pour attacher le bandeau suffit à découvrir deux petits trous assez grands pour suivre tout ce qui aura lieu dans la salle.
Bien entendu, l’efTet sera bien supérieur lorsque, avant l’imposition du bandeau, le barnum endormira son sujet ou du moins fait semblant.
Pour mon compte personnel, je fus très étonné de voir une femme, les yeux bandés, répondre aux questions que lui posait le magnétiseur. Vous montrez une pièce de monnaie à l’hypnotiseur ; il la regarde et, par transmission de la pensée?? amène le sujet endormi? à la décrire... Jusqu'au jour où, ayant apporté une pièce de 100 francs en or du prince de Monaco, et ayant été très exactement renseigné sur elle, je croyais à des compères disséminés dans la salle.
En réalité, seule la manière dont le barnum pose la question suffit à renseigner le sujet.
Les méthodes sont nombreuses; la plus simple consiste à employer des mots dont l’initiale correspondra comme ordre alphabétique au chiffre à deviner.
« Dites bien » voudra exprimer 4^. D étant la quatrième lettre et B la deuxième de l’alphabet.
D’autres fois, les gestes suffisent à indiquer la question posée, gestes perceptibles aisément au travers du faux bandeau.
Une clef apprise d’avance supposera par exemple que la main sur le cœur veut dire opéra, sur le front : opéra comique, sur le côté droit : chanson.
Chacune de ces rubriques contiendra cent numéros, je suppose. Un spectateur vient-il à réclamer « la Ronde du Veau d’Or », le barnum porte négligemment la main au cœur (puisque c’est un opéra), si c’est le troisième de la liste, il repliera en même temps deux doigts pour en garder trois ouverts, etc.
Voici un livre de Racine, les Plaideurs ; je vous le fais passer, puis je le remplace par celui-ci en tous points semblables.
Quelqu’un peut enfoncer une épingle où il voudra, mon sujet dira immédiatement le numéro de la page droite et gauche, récitera tout ou
partie de chacunes d’elle. Puisque ce livre renferme uniquement des pages 123 et 124, il ne pourra pas se tromper; il lui aura fallu apprendre simplement deux pages par cœur.
Quant aux exercices de mémoire, il suffit d’un peu d’entraînement pour trouver sur-le-champ une liaison entré deux chaînons et retenir ainsi les termes les plus dissemblables.
Supposons que quelqu’un nous dicte : Napoléon, corset, blanc. Nous ajouterons un mot entre chacun de ceux-ci, par exemple : Corse, baleine.
Je ne n’insiste pas, persuadé que vous avez tous compris 1 .
Pour ce qui est des chiffres, à côté de lois curieuses permettant de trouver les résultats de grandes opérations il y a un moyen plus simple ;
1 Je retrouve cent mots qui me furent
récemment donnés à retenir après
une seule audition. En
voici une partie
à gauche de la page. A droite, vous
trouverez au contraire
une partie des cent termes
intercalés mentalement
pour me souvenir des premiers.
profond.
esprit
oiseau .
. . . ailes
intelligence . . ,
textes
vol . . .
textiles. .
plantes
vent.
. . . vengeance
pieds.
mesure
maquis .
. . . marquis
mètre.
maître
privilège .
. seigneur
disciple. .
discipline
dieu .
adorer
moine.
moineau
dorer . .
. . . cadre
Souvent deux concepts indiqués se lien tassez pour être retenus, mais il faut une règle générale pour simplifier; de là, l’obligation forcée de toujours intercaler un chaînon.
2 Les opérations les plus compliquées, disons-nous, se réduisent le plus souvent à un moyen très simple.
Ecrivons par exemple au tableau :
Demandons à un spectateur :
Veuillez nous indiquer 1 chiffre jusqu’à 9.
Nous pouvons immédiatement inscrire sous le multiplicande le multiplicateur nécessaire pour que le produit soit tout entier formé de votre chiffre.
On nous demande 7, supposons. Nous pouvons immédiatement annoncer qu’un multiplicateur 63 donnera un produit uniquement constitué de 7.
Le procédé ? — Omettre le 8 au multiplicande et former le multiplicateur par le résultat du chiffre proposé X 9-
L’extraction des racines carrées, cubiques, demande, elle aussi, bien p eu de mémoire ou d’habileté.
c’est le compère qui, une fois l’opération écrite par vous sous la dictée, donne le résultat à l’aide d’un volet découpé dans le tableau. Sous un prétexe ou un autre, vous venez sur l'avant-scène, l'aide opère, et puis, vous recueillant, d’un seul coup vous inscrivez la solution, grâce au volet invisible pour les spectateurs et très accessible à votre regard.
Les frères Isola firent courir tout Paris avec leur fameuse machination : « l’Océan de lumière ».
Très impressionnante, cette exhibition se résume ainsi :
On distribue aux spectateurs, soit un bottin de Paris entier, soit un cahier seulement de celui-ci à Pierre, un autre à Paul, etc.
Sur la scène un homme se tient. On l’endort, on le bande quant aux yeux et alors, sans erreur aucune, il pourra réciter n’importe quelle page, lire au commandement n’importe quelle ligne.
Pareil prodige émerveille ; même pour le public connaissant les procédés précédemment signalés, ce tour reste mystérieux. Gomment, sans le secours d’êtres supérieurs, apprendre 7 ou 8.000 pages dé noms propres ?
Ici, comme pour la main d’Ibycus, l’électricité seule exécute le prodige. Les mêmes prises qui nous servirent alors peuvent être utilisées.
ElFectivement mes semelles sont en cuivre, sous mes pantalons des conducteurs viennent s’attacher à ces semelles d’une part, pour continuer de l’autre par fils souples sous mon gilet, et sous l’épais bandeau obturant mes yeux. Ce bandeau permet lui aussi de dissimuler deux récepteurs, téléphoniques.
Dans une pièce voisine, un collègue, muni d’un bottin semblable, n’aura donc qu’à lire à haute voix les renseignements demandés, pour me permettre d’étonner la galerie. Plus clairement que mes paroles, la figure 25 vous expliquera le mécanisme intime du phénomène prodigieux.
Profitons de notre installation électrique pour vous présenter « le poids ».
A un endroit quelconque de la salle, nous plaçons à terre un poids de 5 kilogrammes et demandons un homme fort.
Le premier client trouvé, dix autres s’offriront.
Choisissons le plus crâneur pour commencer, et disons-lui : Monsieur, vous avez beau sourire, vous êtes sous la dépendance complète de ma volonté ; dès l’instant où je voudrai, vous ne lèverez plus ce poids...
Le spectateur de rire. Il essaye, réussit... ; dites-lui le poids ne pèse plus 5 , mais 100 kilogrammes et laissez-Ie-lui soulever. Il croit avoir triomphé et la salle entière rit avec lui.
Reprenez : Vous ne me comprenez pas, pensez avec moi, n’opposez pas votre volonté à la mienne.
Une fois encore laissez le réussir...
Puis, enflant la voix, dites brusquement : le poids pèse 100 kilogrammes.
Inutilement il s'efforcera de le soulever.
C’est un compère, penseront bien des gens... Recommencez avec d’autres sujets...
Vous pouvez être certains dès lors que personne ne rit plus... ; les vaincus sont réellement en votre pouvoir. Je me rappelle un pauvre diable estropié, tout fier de ses premiers succès, médusé par le résultat final, si bien que Bénévole put lui jouer un vilain tour, en le suggestionnant véritablement et en l’empêchant de quitter sa chaise.
Fie,. 25.
A son voisin qui protestait, Bénévole demanda : Quel est votre nom? — Casimir I — Très joli !
— Vous ne le direz pas trois fois de suite... Allez.
Casimir... — Mais c’est très bien... — Casimir.. Mais c’est parfait... Gare à la troisième fois... — Ca, Ca, Ca, Ca... fut la seule réponse.
La pseudo-suggestion du poids permet les autres.
Comment se produit-elle? Dans la salle, sous le tapis, de gros électroaimants affleurent. Au moment psychologique fermez le circuit; le plus robuste restera stupéfait !
Quant aux suggestions à distance, toutes sont truquées.
Pour de l’argent, des hommes respectables parfois consentent à faire le jeu de l’hypnotiseur. Témoin, d’une part, cet avocat que P... passait pour avoir fait agenouiller à distance devant le jury.; de l’autre, cet officier de marine dont le cas est rapporté dans maints traités d’hypnose.
Tous deux, avant de mourir, avouèrent à des amis, mais, hélas ! trop tard. La légende était créée.
Le cas de rofficier vaut la peine d’être conté.
P... arrive dans un port... 11 va de-ci de-là, flairant quel parti tirer d’un événement quelconque. Heureusement pour lui, deux jeunes gens causent d’un enseigne très ennuyé, pour avoir perdu 3 o louis au jeu.
Sans hésitation, P... va trouver l’infortuné.. , le secoue profondément par l’image du Conseil de guerre et finit par vaincre sa résistance.
D’autres ont marché, pourquoi refuserait-il 3 o louis ? Marché conclu. Le soir, en compagnie de spectateurs, on vit le jeune officier monter sur scène et se prêter à toutes les fantaisies ordonnées par le magicien; bien plus, le lendemain, à heure dite il embrassa les trois premières vieilles femmes qui se présentèrent à lui sur la place publique.
Quelle réclame ! La situation de l’officier donnait tant de prestige aux actes commis, qu’une Commission scientifique fut nommée pour enquêter; le malheureux dut alors mentir jusqu’au bout.
En plus de ces compères par nécessité, comme le remarque justement Diksonn, éminent pretidigitateur, apôtre du bon combat, il en existe d’autres par conviction (esprits faibles), par mystification (désireux d’étonner les amis), par prosélytisme, témoin le jeune homme trompant sa famille pour l’amener au spiritisme !
Une forme supérieure de l’hypnose est la catalepsie. On ne peut la mettre en doute, puisque les animaux en sont victimes. Tout le monde connaît le moyen de cataleptiser un coq. Il suffit de le coucher la tête sur une table et de tirer doucement en face de son œil une raie à la craie.
C’est vite fait. Non seulement la bête ne bouge plus, mais encore ses muscles sont contractés au point de transformer son corps en une masse d’une rigidité complète.
Les magiciens exploitent ce phénomène comme bien d’autres. Le prince Bonaparte, au retour d’un voyage aux Indes avec le D r Lebou, promit 2.000 francs au médium susceptible de soulever un objet sans y toucher, à condition qu’un prestidigitateur soit là pour contrôler l’expérience.
Bien entendu, la perspective du prestidigitateur écarta tous les concurrents.
A côté du truc de l'homme noir sur fond semblable, décret au début de cette causerie, les suspensions les plus compliquées existent. La figure 26 vous montre un des appareils utilisés pour soulever et agiter en l’air les femmes en pseudo-catalepsie.
L’expérience type se résume ainsi :
Sur une civière on étend un sujet ; au bout d’un instant on emporte tout
et, grâce aux passes magnétiques, le sujet reste dans l'espace. Pour donner l'illusion de la vérité, le magicien promène tout le long du corps un cerceau...; mais remarquez bien comment il le promène. Il ira par exemple, des pieds à la poitrine, puis, au lieu de remonter jusqu'à la tête, il redescendra pour quitter le corps et recommencer de la tête à la poitrine, ainsi de suite. L’illusion est complète; mais, au point d’arrêt, se trouve l’attache, attache constituée par un fort moule en cuir doublé de métal emboîtant à ras la peau le bassin, les jambes et le tronc.
Un pivot traverse les vêtements qui viendra s’invaginer pendant les passes dans un trou figuré sur le cliché afi.
Lorsque cette lévitation est suivie d’une disparition subite du sujet, les glaces seules entrent en jeu pour la production de ce second phénomène.
La lévitation s’exécute de vingt autres façons. Les énumérer toutes serait fastidieux. Bornons-nous à signaler le truc bien connu sous l’appelation de « tombeau de Mahomet ».
Un Arabe (?) quelconque esL couché dans un sarcophage supporté par deux piliers; on écarte les piliers de façon à permettre au sarcophage da passer librement au milieu d’eux, et ce lourd cerceuil reste suspendu en l'air.
Une fois de plus, la bonne fée électricité a tout le mérite que s’attribuent faussement les magnétiseurs. Deux puissants électro-aimants,
dissimulés dans les colonnes par une force très justement calculée, maintiennent dans l'espace Mahomet et son tombeau (Tig. 27).
Bien entendu, suivant le précepte indiqué plus haut, tous ces tours sont mêlés d’expériences brutales destinées à frapper l’imagination même des plus simples et à faire passer l’artiste pour un être spécialement doué. Citons les couteaux et les bris de chaînes ou autres liens, cc Les couteaux indiens » donnent la chair de poule. Un homme ou mieux encore une femme est lixé contre une planche, cependant que le magnétiseur, placé à huit ou dix pas, lance coup sur coup des couteaux tout autour de sa personne, si près qu elle ne peut plus s’écarter de son appui.
On serait effrayé à moins, mais le danger n’existe pas. Aux pieds de la victime, en contre-bas, est une corbeille molletonnée où tombent les couteaux enlevés un à un pour éviter le bruit. Avec un synchronisme parfait au moment où le couteau est lancé et va tomber un compère, par des volets spéciaux, sort des couteaux semblables, manche en avant (%• a8 )-
La simultanéité des deux actes permet aux impressions rétiniennes de se mélanger et de produire ainsi l’illusion cherchée.
Dans les exhibitions de briseurs de chaînes, généralement le barnum substitue une chaîne préparée absolument identique à celle donnée à examiner.
Les poteaux de supplices, les cangues chinoises reposent sur des tirages possibles ou impossibles suivant la position de l’anneau, et sur des pivotages secrets.
Voyez ce carcan (fig. 29). Lorsque le malheureux condamné aura la tête en B et les mains en D, vous pourrez mettre les cadenas les plus
solides en E, point de fermeture ; placer des liens supplémentaires cachetés à la cire... peut lui chaudra.
Fig. 2f).
Sitôt le rideau baissé, un ami fera pivoter l’instrument en P. Les boulons ici figurés ont cependant bien l’air d’être utiles à la bonne solidité du système.
J’ose espérer, Messieurs, que ces quelques clartés jetées sur le spiritisme vous auront convaincus peuL-être, mais, en tout cas, certainement mis en voie de l’être rapidement.
Vous savez les points faibles des expériences truquées. A vous de surveiller l’opérateur et, au moment voulu, criez haro non pas sur le baudet, car ces gens-là sont loin d’être des ignorants, ce sont des personnages malfaisants..., mais haro sur celui qui détraque tant de pauvres diables..., qui bouleverse tant de familles, qui pousse au suicide tant de malheureux ruinés moralement et physiquement.
Pour continuer leur triste métier, ces messieurs ont besoin de la bêtise humaine. C'est entendu... un instant de réflexion, une lueur d’intelligence suffiraient à les arrêter... Jusqu’où faut-il descendre pour admettre que des hommes comme Victor Hugo, Pasteur, Napoléon, peuvent après leur mort débiter les pires naïvetés, les plus grandes insanités, en secouant épileptiquement une table, ou en produisant dans les trous obscurs des murailles des craquements de cloportes se livrant bataille?
Mais ces messieurs, en plus de la bêtise humaine, ont besoin de la lâcheté, sinon de l'indifférence de certains... Vous qui savez, éclairez ceux qui ne savent pas.
Où le raisonnement ne saurait agir, employez l’ironie, — la preuve par l’absurde.
Demandez aux naïfs crédules si vraiment ils pensent que les génies de l’antiquité peuvent éprouver du plaisir à prostituer leur intelligence dans l’arrière-Ioge d’une concierge, dans l’arrière-boutique empuantée d’alcool d’un marchand de vin ou d’un indigène de Saint-Flour.
Bien entendu, chaque fois qu’il vous sera loisible, contentez-vous de l’explication pure et simple des trucs.
Dans un cas comme dans l’autre, vous remporterez des victoires.
N’allez pas cependant tomber dans l’excès contraire et combattre les prestidigitateurs.
Ces gens-là, nous le répétons, méritent notre respect... Ils sont adroits et savent nous charmer, nous faire oublier les chagrins de la journée et nous procurer souvent des rêves légers pour la nuit.
Ceux qu’il faut seuls combattre et mettre dans l’impossibilité de nuire, ce sont les prestidigitateurs qui attribuent aux esprits les plus beaux numéros de leurs programmes.
Ceux-là ne méritent pas plus de pitié qusles nécromants, lessarsou les mages professionnels.
Une bonne chose serait enfin de lutter contre cette tendance fâcheuse qu’ont les journaux à insérer toutes les annonces.
Les ligues pour la moralité de la presse joueraient un beau rôle en obtenant la suppression (au moins dans les revues sérieuses) des réclames dont aujourd’hui elles sont pleines.
Hugues Clément.
Nous tenons à signaler le beau livre de M me Juliette Alexandre Bisson, auquel nous avons emprunté soit directement, soit par l’intermédiaire du Monde Illustré , quelques jolis clichés relatifs aux apparitions.
Nos sentiments sont identiques vis-à-vis de M. Diksonn, le plus galant homme des prestidigitateurs. Ses publications, bien aptes à guérir les blessures, ont eu d ailleurs le plus légitime succès : Mes Trucs , par exemple, non seulement sont épuisés, mais introuvables. Ni pour or ni pour argent nous n’avons pu les acheter.
Lyon. — Imprimerie A. Ebt, 4 , rue Gentil. — 68265