‹ Le spiritualisme dans l'art (volume 2)Chapitre 8 sur 38 · UN SCULPTEUR SPIRITUALISTE · texte numérisé non relu

UN SCULPTEUR SPIRITUALISTE

CHARLES SIHART

A une époque où les œuvres de l'art sérieux sont généralement peu comprises par une grande partie du public, c'est une perte que la mort d'un sculpteur qui s'était donné pour tâche de continuer les plus saines traditions. La perte est plus grande encore s'il est enlevé, non au terme, mais au milieu même de sa carrière. Simart a péri (1) de la mort la plus imprévue, dans toute la force de l'âge et au moment où son talent, en pleine maturité, portait ses fruits les meilleurs. Bien au-dessus de sa réputation, qu'il ne prenait aucun soin d'étendre, jusqu'à sa dernière heure il n'a aimé, il n'a cherché que le beau. Admirateur passionné de l'antique, je ne sais si, dans notre siècle, personne l'a jamais mieux compris que

(i) Écrit en 1857.

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lui. Doué d'une facilité innée, connue de ceux-là seuls qui l'ont vu travailler, mais éclairé par la science et contenu par son goût sévère, il n'a jamais laissé sa verve se dépenser en productions frivoles. Sa popularité en est moindre, il est vrai, mais la sculpture n'est jamais impunément très-populaire de nos jours; et s'il n'a pas acquis cette notoriété qu'il n'aurait achetée qu'au prix de la dignité de son art, il n'en a que plus de droits à cette estime sérieuse et à ces éloges par lesquels ses rivaux, aussi bien que ses amis et ses maîtres, le placent haut, à cette heure de la justice et de la vérité venue trop tôt pour lui.

Comme tous les vrais artistes, Simart manifesta de très-bonne heure sa vocation. Né à Troyes, le 27 juin 1807, d'un père qui était [menuisier, et destiné à exercer la profession paternelle, il fut envoyé très-jeune dans l'école de sa vie natale pour y suivre un cours de dessin linéaire et géométrique; mais, cédant à son penchant déjà très-vif pour les choses d'art, il préférait aux travaux graphiques le dessin des ornements et de la figure humaine. A quinze ans, n'ayant d'autre atelier que celui de son père, d'autres outils que les fermoirs et les ciseaux du menuisier, il sculptait en pierre une copie du buste d^la Niobé antique. Ces signes évidents d'un talent aussi réel que précoce le désignèrent à l'attention des personnes influentes de la ville de Troyes, et notamment à celle de M. de Montabert, bien connu par

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son traité sur la peinture chez les anciens, et il fut envoyé à Paris où une petite pension lui fut assurée.

Le hasard le conduisit d'abord chez M. Desbœufs, sculpteur, où il ne travailla que quelques mois. Il fut admis ensuite dans l'atelier de Dupaty. Quoique celui-ci fût encore plus homme du monde et esprit cultivé qu'artiste profond, il sut deviner Simart et l'aida à se frayer sa voie. Touché des privations et des souffrances auxquelles d'insuffisantes ressources condamnaient son jeune élève, il lui procura qudques commandes et entre autres celles d'un buste du roi Charles X qui fut sculpté en 1826. Simart avait alors vingt ans. Dès cette époque il travaillait le marbre avec cette rare habileté qui lui a toujours permis de ne laisser au praticien qu'une faible part dans l'exécution de ses œuvres et d'achever lui-même avec le ciseau ce qu'il avait modelé avec le pouce et l'ébauchoir. Après la mort de Dupaty, il demeura seul et sans maître dans l'atelier de Jean Duseigneur, l'un de ses amis; puis il entra chez Pradier; et^ bientôt s'étant lié d'amitié avec les frères Hippolyte et Paul Mandrin, il fut par eux présenté à l'école de M* Ingres qui, après Phidias, a le plus puissamment contribué à diriger et à développer son talent.

En 1831, il exposa au salon une figure en pl&tre de Coronis. La même année, il partit avec Pradier pour Genève, d'où le maître et l'élève allèrent ensemble faire à Rome un pèlerinage artistique. De retour

à Paris, Simart songea sérieusement à concourir pour le grand prix; il le mérita, en 1833, par son bas-relief du Vieillard et ses enfants.

Revenu à Rome et s'y trouvant cette fois dans les conditions heureuses (quelques-uns disent trop heureuses), qui sont faites par la France à nos jeunes lauréats, il mit à profit, par un travail assidu, la situation que son travail lui avait conquise. Rome est, sans doute et avant tout, pour le sculpteur, un admirable musée d'antiques ; mais, s'il est observateur, s'il a vraiment des yeux d'artiste, il doit y voir autre chose que les marbres et les bronzes grecs. Les haillons que les paysans de la campagne romaine jettent sur leurs épaules ont souvent une richesse et une ampleur de plis qui en font de véritables draperies. Ces bergers, cespifferaridégaernllés^ assis ou étendus sur les marches de la Trinité-des-Monts, ont naturellement des poses calmes, des attitudes nobles, telles que les aime la statuaire. J'ai vu près du temple de Vesta, comme sur la plage de Naples, des enfants presque nus, aux membres librement développés, aux mouvements hardis, variés et naturels. Ces modèles vivants, bien plus vivants que ceux que l'on pose sur la table d'atelier, parce que tout en eux est spontané et sincère, veulent être étudiés au passage, et comme saisis au vol d'un prompt coup d'œil. Simart se fit une loi de contempler avec une égale attention les chefs-d'œuvre antiques, le modèle

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d'atelier et le modèle de hasard qu'il rencontrait dans la rue ou qui jouait sous ses fenêtres. On en a la preuve dans ses envois de Rome. Son Lanceur de disque^ dont le modèle en plâtre, exécuté avec beaucoup de verve, est resté dans un coin de son atelier, atteste une science rigoureuse de la nature et un intime commerce avec les bronzes antiques. Son Oreste épuisé par le remords et la fatigue auprès de l'autel de Minerve, n'est point une froide imitation de l'antique. C'est bien Oreste tel qu'Eschyle nous le montre, au commencement de la tragédie des Euménides^ beau, jeune et touchant, malgré son crime. Cette figure, achetée par le gouvernement pour le musée de Rome, est restée dans le souvenir des artistes et des critiques comme une œuvre où sont résumées les conditions principales de la statuaire discrètement spiritualiste.

Ces deux essais caractérisent le talent de Simart tel qu'il devait être jusqu'à la fin. La parfaite originalité est chose rare dans tous les arts. Mais c'est surtout de nos sculpteurs contemporains qu'il serait profondément injuste d'exiger une sève, une nouveauté de conception qui ne sont plus possibles. Sans doute, la sculpture aujourd'hui, comme au temps de Phidias, a pour objet d'exprimer l'âme au moyen de la forme corporelle, et l'âme est un sujet inépuisable. Mais qu'on ne l'oublie pas : la sculpture est tenue de donner au corps toute sa beauté, sous

peine de blesser nos regards par le spectacle insup« portable de la laideur en relief. Or, cette exquise beauté du corps, que Tâme doit vivifier sans l'altérer, les Grecs Tout connue, sentie et représentée dans la dernière perfection. Faire mieux, faire seulement aussi bien que les Grecs, nul n'y prétendra, s'il a gardé son bon sens. Michel-Ange lui-même ne Ta pu. D'autre part, revêtir de la beauté plastique, où doit éclater une pleine vitalité, les figures consacrées du catholicisme, dans lesquelles le corps ne doit paraître que comme vaincu, brisé même par l'esprit, ce serait un contre-sens. La sculpture chrétienne est donc obligée de sacrifier jusqu'à un certain point la forme à l'expression. Veut-on essayer d'être neuf en modelant la figure de quelque illustre personnage des temps modernes ? Mais, alors, ou bien on le représente vêtu d'un costume actuel ou récent, sous lequel la forme disparaît toujours plus ou moins, ou bien on le fait nu, ou drapé, selon les convenances historiques ; et, dans ce cas, on est sûr de ne pas atteindre la perfection de l'antique. Ainsi, de nos jours, et, l'on peut le dire, désormais la sculpture est placée dans cette alternative : ou de se faire tout à fait moderne à son détriment certain, ou de mar» cher dans la voie suivie par les maîtres grecs, sans aucun espoir d'aller ni plus loin qu'eux, ni môme aussi loin, du moins en ce qui touche la beauté visible.

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De ces deux partis, le dernier est, à ce qu'il semble, le meilleur ; car c'est lorsqu'ils Font pris que les artistes éminents de notre siècle ont produit leurs œuvres les plus remarquables. Ils ont réussi, ils se sont surpassés eux-mêmes toutes les fois qu'ils ont adopté franchement la forme humaine nue ou drapée à la façon antique, se bornant à la modifier tout juste autant qu'il est nécessaire, soit pour la varier, soit pour raccommoder un peu à nos manières de voir ou de sentir, soit pour traduire des idées, des états psychologiques, que les Grecs ne connurent pas. La Madeleine de Canova, chrétienne par l'expression de la douleur pénitente, est grecque par sa nudité décente et par la beauté de son corps, que les austé» rites du repentir n'ont pas eu encore le temps d'exténuer. Le Philopœmen de David (d'Angers) est grec par ses proportions exactes et par la profonde science de la musculature que le sculpteur y a déployée; si sa souffrance a quelque chose d'un peu violent, c'est que nos regards, habitués aux vives expressions de la peinture, veulent être plus fortement frappés que ceux des anciens. Le Thésée^ vainqueur du Cen^ taure y le chef-d'œuvre de M. Barye, jusqu'à présent du moins, est nu, calme et beau comme l'antique qu'il rappelle, avec quelque chose, dans le style, de personnel et de récent qui en renouvelle la concep« tion.

C'est ainsi que la sculpture n'est réellement

chez elle et à son aise, même aujourd'hui, que dans le monde grec, ou tout au moins dans les conditions essentielles que Fart grec a déterminées.

Voilà ce que Simart avait, de bonne heure, profondément compris. Tout en fait foi, et ses envois de Rome, et son culte pour Phidias, et les œuvres nombreuses de son âge mûr. Disciple volontaire et plein d'amour de l'auteur du Jupiter Olympien, de la Minerve et des divinités du Parthénon, il avait emprunté à ce maître, qui lui paraissait digne d'être appelé divin, quelque chose de la largeur et de la solidité puissante de son modelé et de la noble gravité de son style. Élève d'Ingres et de Pradier, il a dû au premier la fermeté savante du dessin, au second l'art de communiquer au marbre les vivantes souplesses de la chair. Mais il n'avait trouvé qu'en luimèxae cette fine intelligence qui saisissait dans chaque sujet l'idée essentielle, et cette sensibilité que ses amis aimaient tant et qui passa souvent de son cœur dans ses statues.

Gr&ce à ces qualités, les unes innées, les autres acquises, et sans cesse développées par le travail, il est parvenu à résoudre l'un des plus difficiles problèmes de l'art : il a donné la beauté et soufflé la vie à l'allégorie, cette abstraite, froide et ingrate mythologie de la sculpture moderne.

C'est la destinée ordinaire des figures allégoriques de rester paisiblement inaperçues aux lieux où on

les élève. La raison en est qu'en général elles ont peu de chose à nous dire, et que ce peu, qui nous intéresserait peut-être, elles ne nous le disent môme pas. De là, à leur égard, pareille indifférence de la part de la foule et des connaisseurs. 11 n'en sera pas de même de celles qui sont l'ouvrage de Simart. La foule pourra ne pas les voir à la hauteur ou dans les salles rarement ouvertes où elles sont placées, et, dans tous les cas, elle les appréciera peu; mais les connaisseurs, et surtout les connaisseurs avertis, en feront certainement l'estime qu'elles méritent. On a de lui, à la bibliothèque du Sénat, deux statues, l'une de la Poésie, l'autre de la Philosophie. La Poésie, couronnée de lauriers et tenant une lyre, est d.'un style élevé. Toutefois, elle est moins expressive, et, selon moi, moins attachante, que là Philosophie. Celle-ci est une grave jeune fille, sévèrement enveloppée dans les plis d'une draperie qu'elle retient de sa main gauche, tandis que sa main droite est ramenée par un geste expressif au-dessous de sa tête inclinée. D'une beauté originale, mais austère, les cheveux ondes et ceints d'une bandelette comme ceux du buste célèbre de Platon, l'œil à demi voilé, la bouche sérieuse, elle est si manifestement abîmée dans la contemplation de l'invisible que l'auteur eût pu se dispenser de graver sur le socle qui la porte les deux mots sacramentels : yvw9« acaurov. Cette Philosophie est bien la sœur de la muse majestueuse et recueillie

de la Peinture qui, dans le grand salon du Louvre, réfléchit aux pieds du Poussin, et semble le soutenir en quelque sorte, comme pour dire, de là haut, à nos peintres, s'ils venaient à l'oublier, que, dans la patrie de Descartes, on n'est un grand artiste que si l'on a su chercher l'idéal par la pensée.

Simart excelle à rendre significatifs ces génies de pierre, ailés ou non, que l'architecture évoque pour donner une âme à ses monuments. Les deux colonnes de la barrière du Trône sont ornées, à leur base, de figures symboliques aux ailes étendues et les pieds appuyés à peine sur un globe. Celles qui regardent Paris et dont l'une est la Justice, l'autre l'Agriculture, sont de Simart. Chacune a sa physionomie caractérisée. La Justice se reconnaît non moins à son impassible visage qu'à son flambeau et à son glaive. L'Agriculture, au contraire, couronnée de pampres et les mains pleines d'épis, sourit à la grande ville affamée comme une jeune mère à son enfant. Si l'élévation des frontons du Louvre était moindre, si l'œil pouvait examiner de près celui de ses frontons qui représente le Réveil des Arts, de l'Industrie et du Commerce, on verrait à quel degré Simart avait porté cette habileté singulière d'animer l'allégorie. Il y a là trois superbes jeunes femmes, la Peinture, la Sculpture et l'Architecture, qui sont groupées, modelées et drapées avec autant de science que de goût, et dont l'aspect est plein de charme.

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• Leur beauté fraternelle, diverse et semblable à la fois, n'égale pas sans doute la suprême beauté des deux seules têtes gui nous soient restées des frontons du Parthénon, mais elle en approche; quant à leur expression, aussi accentuée que le permet la sculpture et que le demandent nos habitudes, elle est harmonieusement répandue et apparaît sur leur visage, dans leur pose, dans leurs gestes, dans leurs mains surtout, et quelles mains 1 M. Ingres les admire ; je le conçois ; elles sont dignes de son crayon. Je retrouve les mêmes mérites de composition simple et claire, d'agencement ingénieux et d'expression significative, dans les bas-reliefs dont sont revêtues les parois circulaires de la crypte des Invalides. On y pourra reprendre un peu trop de symétrie, et ces groupes qui se correspondent toujours exactement des deux côtés de la figure centrale. Mais ce qu'on louera certainement, c'est le sens parfaitement intelligible de chaque scène. Ici, pendant que l'auteur du concordat rend à la Religion sa liberté, conciliée désormais avec les lois du pays, la Vendée apaisée remet son épée dans le fourreau; mais, méfiante encore, elle ne l'y remet qu'à demi. Là, parmi la foule des talents et des mérites qui reçoivent tous une simple et même récompense, on voit un soldat qui, découvrant sa poitrine cicatrisée, tend fièrement la main, une rude et nerveuse main, vers la couronne de lauriers qui lui est due. Ailleurs, la nouvelle loi

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civile déchire sans colère, mais sans ménagement, le vieux grimoire du droit coutumier. Çà et là, la frise des Panathénées, imitée, mais librement, et non point servilement reproduite, prête ses formes sans date et purement humaines, à ces choses récentes que la sculpture ne doit habituellement représenter qu'avec la physionomie antique ; semblable à ces langues mortes qui sauvent le présent de l'oubli, en l'exprimant dans les inscriptions avec les mots et le style invariable du passé.

La verve et la flexibilité du talent de Simart, visibles dans toutes ses compositions officielles, paraissent avec plus d'évidence encore, parce qu'elles y sont tout à fait libres, dans la frise qui décore la salle peinte par M. Ingres au château de Dampierre, chez M. le duc de Luynes. On peut regarder longtemps ces tableaux variés et pleins de vie sans en épuiser le dramatique intérêt. Toujours à la manière des anciens, l'idée en est simple et sobrement rendue. Simart s'est bien gardé d'y entasser les figures et de tomber dans le piège de la sculpture pittoresque, où tant d'autres se sont pris. C'est naturel, pur et touchant. Chacune de ces scènes produit sur le spectateur une impression diSerente, et celle-là même que le sujet choisi doit exciter.

L'âge d'or est symbolisé par la Moisson et par les Vendanges. Le bas -relief de la Moisson exhale comme un suave parfum d'abondance, de bonheur et

d'amour. En tête d'un rustique cortège, marchent, ' les bras enlacés, un jeune homme et sa fiancée. Le jeune homme parle à son amie en la regardant naïvement ; celle-ci l'écoute les yeux baissés, mais sans crainte et sans trouble. Après eux, une autre belle enfant seule, et, on le dirait, un peu triste. Puis deux taureaux trapus, poussés par un bouvier aux formes athlétiques et traînant un lourd chariot les gerbes entassées. A l'arrière du char, assise et les pieds pendants, une jeune mère tient son enfant endormi sur ses genoux. Un autre marmot, à la mine espiègle, et portant un nid d'oiseaux, suit le char avec son père. Le tableau est terminé par un groupe de moissonneurs qui boivent et se reposent. Plus animés, les personnages de la scène des Vendanges, leurs corbeilles pleines de raisins sur la tête, et précédés d'un joueur de lyre, forment des danses joyeuses. Quelques-uns cueillent sur un cep les dernières grappes. Un seul s'est laissé vaincre par le dieu ; mais son ivresse décente ressemble moins à l'ivresse qu'au sommeil.

C'est Homère qui a inspiré à Simart ce morceau tout antique : « Des vierges et des jeunes » gens aux fraîches pensées recueillent dans des cor- » beilles tressées le fruit délectable. Au milieu d'eux, » un enfant tire de son luth les sons les plus suaves, » et accompagne sa voix gracieuse du léger frémisse- » ment des cordes. Les vendangeurs frappent la terre

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' ï^ en cadence, et battant du pied la mesure, répètent rt fees mélodie» (1). )>

C'est encore à Homère que Simart a demandé quelques-uns des motifs des deux épisodes de Fâge de fer, la guerre et Tesclavage. Mais, en suivant le poète aussi bien qu'en se ressouvenant des frontons d'Égine, l'artiste a su être lui-même. A Homère, il a laissé la Discorde, le Désordre et la Destinée, abs» tractions qu'il est difficile de revêtir d'un corps et de rendre intéressantes» Aux combattants des frontons d'Égine, il a laissé un reste de roideur, leurs bouches démesurément fendues et les yeux stupides. Ne pre* nant aux anciens que le beau et y ajoutant ce pathé** tique dont il avait le secret, il a modelé deux basreliefs d'un effet saisissant. Le jeune guerrier blessé et mourant, au-dessus duquel se livre le combat principal; la mère, qui fait un effort surhumain pour arracher sa fille à la brutalité des vainqueurs ; ce poteau où sont enchaînés un vieillard morne et une jeune femme désespérée, qui tord vainement son corps sans voiles, sont autant de scènes que l'on ne peut contempler sans émotion. En ce temps où Ton illustre tant de livres, dignes ou non de cet honneur, et où si peu de gens lisent Homère, un Homère illustré par Simart eût été une belle et précieuse chose«

(1) îliade^ chant XVÎtt : bouclier d*Âchille. traduction de M. Giguet»

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Le poète eut inspiré l'artiste ; Tartiste eût conquis des lecteurs au poëte. Une telle traduction, nécessai* rement incomplète, n'eût été ni sans fidélité, ni sans éloquence. Simart y aurait peut-être pensé, s'il eût vécu. Le disciple de Phidias n'aurait pas trouvé audessous de lui de rendre populaire celui qui fut, au vrai, le maître de Phidias.

Des frises du chftteau de Dampierre, conçues et exécutées dans un esprit si intelligemment antique, il est naturel de passer à la Minerve du Parthénon, restituée par Bimart aux frais et avec les conseils éclairés de M. le duc de Luynes.

L'apparition de cette statue a soulevé toutes sortes de questions : les uns l'ont jugée au point de vue do l'art; les autres l'ont examinée avec des yeux d'archéologues et de numismates. Le débat a même pris, un instant, les proportions d'une lutte scientifique ; ceux-ci ont été sévères, ceux-là injustes , d'autres seulement bienveillants ; la foule s'est arrêtée un instant, n'a pas compris, et a passé outre sans louer ni blâmer.

Est-ce à dire que la noble pensée de M. de Luynes et les efforts de Simart n'aient abouti qu'à un avortcment? En aucune sorte. Les difficultés étaient immenses, et l'on est tombé d'accord sur ce point que Simart était seul, entre tous, capable de les résoudre dans la mesure très-suffisante où elles ont été résolues. Ce n'est pas ici le lieu de poser à nouveau une

question archéologique sur laquelle de plus compétents que moi d'ailleurs répandent en ce moment de nouvelles lumières (1). J'accorderai volontiers que les aigrettes du casque sont trop lourdes; que le double quadrige au galop charge un peu trop la visière, et que la tête de Méduse que Simart avait, à dessein, faite horrible, était probablement belle sur l'égide du colosse de Phidias. Mais, ces concessions faites, je demanderai à mon tour : premièrement, si la Minerve de Simart est belle de cette ample et grave beauté que Phidias aimait; secondement, si le visage, la personne, le costume et les accessoires de la Pallas restituée expriment bien, c'est-à-dire avec justesse et profondeur, l'idée religieuse et philosophique que symbolisait l' Athéné du Parthénon ?

A la première question, les critiques les plus autorisés répondent affirmativement : l'un reconnaît que la tête de la statue, au profil ferme et sévère, a bien l'expression de sérénité froide et de virginité dédaigneuse qui convient à la plus chaste divinité de l'Olympe (2) ; un autre, d'une grande expérience et qui sait être sévère à propos, se plaît à regarder la tête, dont l'expression calme et chaste est relevée par la pureté des formes (3). Ces appréciations m'ont con-

(1) Voy. les Monnaies d'or d'Àlhènes, par M. Beulé.

(2) M. Th. Gauthier, les Beaux-arts en Europe^ 1" série, p. 177.

(3) M. E. J. Delécluze, les Beaux- arU e» 1855, p. 348.

firme dans mon opinion personnelle, qui est que ce visage d'ivoire est majestueusement beau, non point de cette beauté inerte à laquelle on inflige, dans les ateliers, la qualification à' académique^ mais de cette vraie beauté qui est, quand elle s'anime, le plus parfait organe de Tâme après la parole.

Quant à la seconde question, presque personne ne la pose, tant nous sommes peu instruits et peu curieux de la signification religieuse des statues grecques. Les mythologues modernes ont expliqué le sens très-complexe du mythe de Pallas Athéné. Mais, bien longtemps avant eux, Platon en avait défini, en deux mots, Tidée fondamentale, telle que l'entendaient de son temps les esprits éclairés, ceux qui, comme Anaxagore et Socrate, essayaient, au péril de leur vie, de donner à la pensée religieuse la nette conscience d'elle-même. A ce moment, une révolution dès longtemps préparée s'opérait dans les croyances grecques. Les puissances élémentaires, personnifiées par les divinités de l'Olympe , devenaient, par le seul effort de la raison humaine, des puissances de plus en plus intellectuelles et morales. Les penseurs le comprenaient ainsi, et s'ils mettaient des précautions à le dire, ils le disaient cependant. Platon, entrant pleinement dans cette voie, traduit, dans son Cratyle, le nom d' Athéné par deux mots grecs qui signifient la pensée ou V intelligence du JHeu suprême. Selon cette interprétation, plus pro-

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fonde qu'elle n'affecte de Tôtre, Pallas était, k vrai dire, Vintelligence divine, et, comme déesse de réloquence, la parole qui exprime cette intelligence. Phidias avait pour ami le mattre de Socrate ; c'était un artiste penseur qui visait à interpréter, dit la tradition , les religieuses intuitions d'Homère. Il est plus que probable que, pour lui comme pour Platon, Pallas était, avant tout, Tintelligence divine. Il se devait à lui-môme, il devait à son pays, il devait à sa conscience et h la dignité de son art, qui lui était chère, d'exprimer le sens plus élevé du mythe national ; mais la foule voulait autre chose. Pour elle, il donna à la statue des proportions colossales et la couvrit de métaux précieux ; pour elle, il fit Minerve belle au sens physique du mot; pour les philosophes, il mit la pensée sur le front, dans les yeux et jusque sur les lèvres éloquentes de la déesse.

Simart «'était-il proposé de donner à sa Minerve ce caractère hautement intellectuel? Je n'en ai pas la preuve positive. M. de Luynes saurait nous le dire ; mais, en attendant, je le crois volontiers, parce que la statue elle-même l'atteste. Cette tète n'est pas seu* lement forte, sévère et chaste : le front légèrement incliné, selon la tradition constatée par Winckel-mann, et voilé h demi par l'ombre de la visière, le regard fixe de cet œil bleu qui plonge profondément dans l'espace , bien au delà des objets sensibles ; cette souveraine indifférence qui n'aperçoit plus rien,

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pas même les liommages de cette adorable Victoires battant des ailes et posée, comme un oiseau, mv la main belle et robuste d'Athéné : tous ces traits expriment heureusement, à mon sens, la concentra* tion puissante de la pensée. Que Ton n'ait pas assez remarqué à quel point cette physionomie est méditative, je le conçois : il nous faut, aujourd'hui, des bras qui agissent, des yeux qui pleurent de grosses larmes, des sourcils froncés, des bouches souriantes qui s'ouvrent pour laisser voir de belles dents. Que Ton n'ait pas vu combien ce grave et imposant visage répondait fidèlement au sens philosophique du mythe grec, je n'en suis pas surpris ; mais je n'en suis que plus porté à estimer l'artiste consciencieux et sincère qui, dans des conditions incomplètes et nécessairement défavorables, s'est efforcé de cher-^ cher la vérité, sans plus, au risque, prévu peut-être, de ne recueillir que quelques rares suffrages.

Quelques-uns ont demandé à quoi bon tant de frais et tant de peines pour une œuvre de difficile réussite et que si peu d'esprits devaient goûter. On sait bien où ce mot à quoi bon ? mènerait à la fin, les arts et les lettres. Mais je tiens que l'œuvre de M. deLuynes et de Simart a été utile; non-seulement elle nous a donné une idée des magnificences de l'art grec en son plus beau temps, mais elle a fait plus ; elle à rappelé à nos artistes que le plus grand sculpteur qui fût jarais mit sa gloire à exprimer ce

qu'il y a de plus invisible au monde : la pure pensée divine.

Dans les combats représentés sur les deux faces du bouclier et sur la tranche des sandales, conformément aux indications des textes, on a remarqué la facilité surprenante avec laquelle Simart était parvenu à reproduire le style et les motifs de la sculpture grecque. L'exécution en est d'une verve si aisée et si franche qu'on les dirait tracés d'original. C'est moins une copie des hommes et des chevaux de la frise et des métopes du Parthénon, que la nature grecque retrouvée par un pénétrant instinct à travers des images qui d'ailleurs l'idéalisaient, mais ne l'altéraient pas.

Le bas-relief du piédestal où, comme Phidias, l'artiste a figuré Pandore vêtue et parée par les dieux, a été plus admiré que le bouclier et que la statue ellemême. Et pourtant, tout n'y est pas à louer; Simart y a répandu, du moins sur quelques personnages, une grâce un peu mignarde qui a séduit les amateure de peinture et de sculpture de genre. Était-ce un volontaire sacrifice fait à nos goûts actuels et comme une espèce de part du feu? Je ne sais. Mais, ce qui doit l'absoudre, c'est que là même il n'a pas dépouillé ses habitudes sérieuses, et que le style grave et ferme l'emporte encore sur le style mou et fleuri. Le Jupiter assis a la majesté douce que lui attribuent la poésie et la sculpture; le Mercure, accoudé sur

son genou, est d'une élégante jeunesse ; TApoUon, qui appuie sa main sur l'épaule de Vulcain, rappelle, par sa fière attitude, l'Apollon du Belvédère ; mais ses formes sont plus solides, sa poitrine plus virile et plus large, ses jambes et ses articulations plus fortes ; en un mot, il a de cette santé brillante que Phidias ne croyait pas indigne de ses dieux.

Les statues en ronde-bosse placées dans des niches ou disposées dans le champ des frontons, rapprochent la sculpture de l'architecture; les bas-reliefs des métopes ou des frises unissent les deux arts ; les figures appelées cariatides les confondent. La cariatide, en effet, n'est qu'une colonne ou un pilastre à forme humaine ; les pieds de la statue sont le socle de la colonne ; le corps en est le fût; la tête, le chapiteau ; la corbeille, le tailloir. On conçoit que de tels corps, passés à l'état d'élément architectonique, ne doivent rien exprimer, si ce n'est la force inébranlable dans l'immobilité absolue. Ce serait un contre-sens que de mettre dans leurs membres du mouvement, ou de la passion sur leurs visages. Ainsi l'ont entendu les Grecs, nosmaîtres en ce genre encore. J'ai pu admirer, sur place, le goût avec lequel ils ont modelé et posé les cariatides du Pandroséum d'Athènes. Les visages de ces belles femmes sont impassibles ; les plis de leur bêtement tombent droits, comme les cannelures d'une colonne dorique. Ce sont bien des êtres vivants changés en pierre. Cependant, elles sont si merveil-

leusement constituées, que si un miracle leg venait animer, on sent que la vie coulerait largement et librement en elles. Simart pensait à ces modèles accomplis quand il a exécuté les deux groupes de cariatides jumelles que Ton voit aux angles du pavillon du Louvre qui est vis-à-vis des Tuileries ; mais le encore il n*a pas subi les procédés de Tart grec ; il les a faits siens. Les tètes, les bras, les mains entrelacées de ses cariatides sont magnifiques ; le type antique et pur de leur visage est quatre fois varié avec la plus exquise finesse; leurs traits ne sont ni hébétés ni morts ; ils ne sont que froids. Les draperies du groupe de gauche sont à mille petits plis, comme celles des Parques du Parthénon; celles, au contraire, du groupe de droite, sont à jets plus larges et plus hardis. Les unes et les autres dessinent, sous leur moelleux vêtement, des formes pures, jeunes et fermes de contour, h la façon de l'antique, mais un peu plus riches peut-être et selon le goût de la renaissance. Un des maîtres actuels les plus illustres déclare n'avoir vu, après les cariatides grecques, rien de plus achevé* Regardées de près, elles sont aussi soignées et finies qu'elles sont belles de loin. Par malheur, c'est encore une de ces œuvres de première valeur auxquelles leur destination enlève k récompense d'un succès populaire; mais le succès durable leur est acquis.

C'a été la dernière composition que Simart ait

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terminée, J'y ai insisté, parce que là, comme dans toutes ses statues allégoriques, dans ses frises du cMteau de Dampierre et dans sa Minerve, il a donné la vraie mesure de ses facultés les plus personnelles, c'est-Mire le sentiment intime de la beauté sculpturale et le don de l'expression et du style. Toutefoift il a montré ces facultés dans d'autres œuvres encore, telles que sa Vierge avec Jésus enfajit (1), ses médaillons de la musique, pour M* de Vandœuvres, sa petite Vénus, demi-nature, pour M. Marcotte-Genlis, et la grande statue de Napoléon P', qui accompagne le monument funèbre des Invalides.

Demeuré jeune et ardent jusque dans la maturité de l'Age, au sein d'une fiimille unie oii tous les arts, heureusement cultivés, lui venaient en aide, tantôt pour le distraire, tantôt pour l'animer au travail , Simart a fait des progrès jusqu'au dernier jour. Modeste et simple, il écoutait les critiques et recevait les conseils avec la docilité d'un enfant. D'autres auront déployé une puissance plus saisissante ; aucun n'aura eu plus de science, plus de goût, plus de sensibilité*

Le beau talent de Simart n'est pas contesté. Sa place est faite, et la postérité, qui commence pour lui, la lui conservera. M. Ingres, son maître, a dit que la statue et les bas-reliefs du tombeau de TEm-

(1) Aujourd'hui placée dans la cathédrale de Troyes.

pereur aux Invalides sont les chefs-d'œuvre de la sculpture moderne. Le mot de génie a même été prononcé par les admirateurs de Simart. Cherchons, avant de terminer cette étude, comment il a conquis un tel rang, et aussi quelles causes ont empêché et empêchent encore sa popularité d'égaler ses facultés éminentes.

Constatons d'abord que Simart n'a jamais pensé que la sculpture moderne pût atteindre l'idéal de beauté de physique que la plastique des Grecs avait réalisé. Il était convaincu et il disait que les maîtres de la renaissance, malgré leur puissance et leur originalité, n'avaient pu s'élever à cette hauteur.

Les modernes lui paraissaient d'ailleurs incapables de sentir aussi profondément que les Grecs, le charme des formes visibles. «Le temps, disait-il, » d'intéresser le public seulement par la forme n'est

)) pas près d'arriver, s'il doit jamais venir (1)

» Nous ne sommes plus-au temps des Grecs, où il » suffisait de faire une statue belle par la forme » seulement, où il suffisait de bien représenter » l'homme. Le peuple alors s'y connaissait autant

. (i) Simartf slatuaire^ membre de VInsUtut, élude sur sa vie et sur son œuvre, par M. Gustave Eyriès, p. 82. Ce savant, consciencieux et pieux ouvrage a été publié plus tard que notre tio/tce, dont M. Eyriès a bien voulu citer de nombreux fragments. Nous sommes heureux de compléter notre premier travail à Taide de l'ouvrage de M. Eyriès.

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» que l'artiste ; cela entrait dans son éducation ; il » prenait le goût de la forme dans les jeux où les » plus beaux hommes se montraient presque nus.

» Maintenant elle n'est qu'un accessoire (1) »

Toutefois, il n'eût pas été sculpteur s'il eût dédaigné la forme corporelle. «Le nu, ajoutait-il, le nu chas- » tement compris, chastement rendu, n'est-ce pas » la forme éternelle de la statuaire, la forme la plus » intelligible à toutes les époques (2) ? » Que s'est-il donc proposé? Il avait voulu, selon une expression qu'il répétait souvent : « Faire vivre le sentiment » chrétien sous la belle forme de f antiquité (3). »

Oui : il a constamment cherché à verser dans les belles formes autant d'âme et autant de sentiment qu'elles en pouvaient contenir sans cesser d'être belles. Il était spiritualiste d'instinct et de dessein prémédité. Voici un mot qui le prouve comme ses ouvrages : « Là où l'âme n'entre pour rien, je ne » sais que faire (4), » s'écriait-il un jour. Et à la même époque, à propos de son Joueur de Rezzica, qui n'était pas dans le goût qu'il préférait, il écrivait à un ami : a J'aime l'art quand il fait rêver, quand )) il saisit le cœur ; j'aime l'art qui fait pleurer (5). »

(i) Ouvrage cité^ p. 95, 96,

(2) Jbid., p. 388.

(3) îbid., p. 383.

(4) Ibid., p. 79.

(5) Ibid.y p. 77.

M UN SCUIFTIVR.

Et en effet, certaines de set statues font rêver, par exemple, la Poésie; certaines autres font penser, par exemple, h Philosophie; beaucoup de ses figures, par exemple, celles des bas-reliefs de V Esclavage et de la Guerre aux Invalides, et son Oreste^ sont pa* tbétiques au suprême degré, de ce pathétique pur, élevé, intime, que le christianisme développe dans les Ames modernes et qui imprime à des formes même Idéales et presque grecques, un caractère nouveau. Le^ sentiments permanents de Thumanité, il les a exprimés avec un accent plus spiritualiste et plus moderne que les Grecs ; et il a trouvé le secret de traduire en termes plastiques et antiques certains états de Tâme moderne et chrétienne, comme la résignation, la mélancolie, la foi, les révoltes de la pudeur, la honte dans la|servitude et même, dans la Loi récente déchirant les pages du droit coutumier, le dédain de la raison nouvelle pour les élucubra-tions juridiques du moyen âge. Et toutes ces difficultés, il les a résolues, selon nous, sans ruser, sans tricher, saus substituer jamais les moyens et les procédés de la peinture & ceux de la statuaire.

D'oii vient donc qu'il est moins célèbre, moins populaire, que dis-je? moins connu cent fois que tel peintre d'un talent fort inférieur au sien? D'où vient qu'en écrivant ces lignes, j'apprendrai le nom de Simart à des hommes qui aiment l'art et qui se piquent de n'en ignorer ni les œuvres remarquables,

ni les maîtres contemporains? Nous avons essayé d'en donner la raison dans notre précédente étude ; nous allons tâcher de la donner encore dans la suivante, en nous plaçant à un autre point de vue. Cette raison, Simart la démêlait lui-même lorsqu'il écrivait à l'un de ses amis : « Et votre Charles, qu'en )) faites-vous? N'en faites pas un sculpteur; c'est un > horrible métier 1 Faites-le peintre. S'il a du goût, » il se tirera toujours d'affaire , et puis le public s'y » connaît mieux (1). » La sculpture un horrible métier, même aujourd'hui! C'était trop dire. Mais l'exagération ôtée, il reste ceci : que, dans les temps modernes, la sensibilité esthétit^ue a perdu d'un côté et gagné d'un autre. La sculpture en souffre et aussi la gloire des sculpteurs. Cependant souffrir n'est point mourir. La sculpture vivra donc : mais peutêtre devra-t-elle, pour conserver ce qu'elle a gardé de vitalité propre et féconde, se maintenir à peu près dans les limites qu'a respectées Simart, et se contenter d'une gloire pareille à celle qu'a conquise ce grand artiste (2).

(1) OtttT. cit., p, 83.

(2) M. Halévy a lu à rinstitut, en octobre 1861, une très-belle notice sur Simart.*L'illustre secrétaire perpétuel avait daigné, à cette occasion, nous demander et consulter notre modeste essai.

TROimMË

UN PEINTRE SPmrntALISTE ET PHILOSOPHE

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