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substance que se formera le stylet {Knorperstiel) dès le commencement d'octobre, et plus tard, vers les derniers jours de ce mois ou le début de novembre, une sorte de cordon hyalin {Dünndarmkorper) qui occupera toute la longueur de l'intestin grêle, et pourra atteindre jusqu'à 85 mm de longueur sur 2mm de diamètre (1).
A la suite d'une série de réactions chimiques, Hazay en est arrivé à conclure que la substance du stylet, ainsi que celle du cordon contenu dans l'intestin, est de nature albuminoïde, et qu'elle résulte d’une transformation des aliments sous l'influence des sucs digestifs.
La tige hyaline de lintestin ([Darmkorper) constitue ainsi un véritable produit de réserve que l'animal consomme progressivement durant la longue période d’hibernation ; quant au stylet {Knorperstiel), il joue le rôle d’une sorte de clapet destiné à obturer l’orifice par lequel l’intestin s'ouvre dans l’estomac, et à empêcher la tige hyaline de refluer en arrière; puis il est résorbé à son tour.
Dans certains cas, l’animal n’emploie pas complètement ses réserves, et l’on rencontre alors au printemps les restes informes du Knorperstiel, tandis que le Darmkôrper est encore reconnaissable sous forme d’un mince filet qui l’hiver suivant servira, d’axe au nouveau cordon hyalin. C’est ce qui expliquerait, dit HASELOFF, pourquoi von SIEBOLD a distingué deux substances dans le stylet cristallin des Naïades, l’une corticale et l’autre médullaire.
La théorie donnée par Hazay est certes séduisante, mais elle à le grand défaut d’être basée sur l'étude de deux genres seulement, très voisins l’un de l’autre, et vivant dans des conditions d'existence particulières ; en outre, les observations du malacologiste hongrois perdent un peu de leur valeur parce que, durant l'hiver, elles ont été faites sur des animaux gardés en aquarium.
Le fait que des réserves alimentaires puissent être emmagasinées dans l'intestin lui-même (ce qui n’a Jamais été observé chez aucun animal) parait d’ailleurs si extraordinaire que KRÜKENBERG (2) se refuse à l’admettre, quelque ingénieuse que puisse paraître l'explication donnée par Hazay. L’éminent physiologiste aime mieux voir dans le stylet cristallin une sorte d’organe destiné à remplir presque complètement la lumière du tube intestinal et à mettre ainsi le
1) C’est le véritable stylet cristallin.
2) KRüKkENBERG: Vergleichend-physiologische Vorträge, Bd.I, p. 63, Heidelberg 1886.
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chyme en contact plus intime avec l’épithélium absorbant ; ce mécanisme rappellerait un peu le mode d'action du Typhlosolis des Lombriciens, par exemple (1).
En 1883, Môüpius constate la présence du stylet cristallin sur les Huitres au moment où elles viennent d’être retirées de la mer, tandis qu'on ne le retrouve plus chez les exemplaires qui arrivent sur les marchés ; dans la substance même du stylet se mouvaient des Protozoaires de l'espèce Trypanosoma Balbiani Cerres (2). La mème année, le professeur de Lacaze-DuTHiERS, ayant eu l’occasion de disséquer quelques spécimens du rare genre Aspergillum rechercha en vain le cœcum et la tige cristalline (3): peut-être faut-il attribuer l’absence de cette dernière à ce que les animaux étaient conservés depuis longtemps dans lalcool, ou qu’ils n’y avaient point été déposés en parfait état de conservation ?
Le travail de PüRDiE, s’il ne jette aucune lumière sur l'origine et les usages du stylet cristallin, mérite une mention toute spéciale à cause des excellents renseignements anatomiques qu’il nous donne sur le genre Mytilus. D'études comparatives entreprises sur trois espèces de Moules {/Mytilus latus, M. edulis et M. magellanicus), l'auteur a pu conclure que les diverses parties du tube digestif varient dans leurs dispositions anatomiques chez des formes très voisines : c'est ainsi que chez M. latus l'intestin s’'embranche directement sur l'estomac et que la tige cristalline est logée dans un cœcum spécial (p;lorie cœcum), d'une longueur remarquable (il s'étend jusque dans le lobe gauche du manteau), et accolé étroitement à l'intestin dans une grande partie de son parcours (4).
Révisant les noms donnés par SABATIER aux différentes parties du tube intestinal de Mytilus edulis, Purnie critique avec raison le
(1) Ilest curieux de rapprocher cette opinion de celle de Wizuis, que j'ai rapportée plus haut (p. 127, note 2) ; l'épaisse bandelette à laquelle le vieil auteur fait allusion, semble exister dans l'intestin de la majeure partie des Bivalves, et c'est elle, et non point le stylet cristallin, qu'on peut comparer avec quelque apparence de raison au Typhlosolis des Lombriciens.
(2) K. Mômius : Trypanosoma Balbiani Cerres tm Krystallstiel schleswigholsteiner Auslern (Zool. Anzeiger, VI Jahrg., p. 148, 1883).
(3) DE Lacaze-Durniers : Morphologie des Acéphales, — 1er Mémoire : Anatomie de l'Arrosoir (Arch. de zool, expérim, et génér., 2e sér., t. I, p. 698, 1883).
(4) ALEX. Porn : Studies in Biology [or New-Zealand Students. — No 3 The anatomy of the common Mussels. Wellington, 1887.
NN Ce
terme de estomac tubulaire, employé par le savant Professeur de Montpellier pour désigner la portion comprise entre le véritable estomac (estomac utricularre de SaBarTier) et l'intestin dit récurrent :
« | would suggest thar the part called the tubular stomach by Sabatier is not simply part of the stomach but represents intestine and cœcum. Its structure as given above favours this supposition. The upper part is already à semitube containing the style, and this semitube tapers from belore backwards exactly as does the pyloric cœcum in M. latus. The channel ventral to the crystalline style would then represent the direct intestine of M. latus, and it is, in fact, partly enclosed by two overhanging longitudinal ridges. A diaphragm below the crystalline style roofing over this channel would form an arrangement exactly comparable to that in M. latus, making allowance, of course, for the very abnormal development of the pyloric cœcum in that species. The smallness of the channel taken to represent the direct intestine of M. latus may be accounted for by the space round the crystallin style being pressed into service for the passage of food {1) ».
Je me range complètement à l'opinion de PurDiE, et j'avais depuis longtemps adopté cette facon d'interpréter les choses, lorsque m'a été connu le travail de l’auteur anglais, travail que j'ai pu me procurer seulement il y a quelques semaines (2).
Mentionnons simplement le mémoire d’EGGer qui admet l'origine épithéliale du stylet cristallin, dont il a pu déduire l’existence, chez Pholadidea et chez Jouannetia ummingii, de la présence du cœcum spécial dans lequel est ordinairement logé cet organe (3). D’après la figure 37 de la planche IL, il est aisé de constater que ce cœcum est tapissé de cet épithélium à cils vibratiles très longs et très denses, auquel j'ai fait plus d’une fois allusion.
Avant de clore cette liste déjà longue, je signalerai encore le dessin donné par C. Vocr et YUNG, représentant une coupe de ri°-
(1) Purnte: loc. cit., p. 14, pl. IV, fig. 13 à 16 et pl. X, fig. 42 à 44.
(2) Malgré toutes mes démarches, je n’ai pas pu prendre connaissance du mémoire de F. Hircacocx : Note on the crystalline style in Mya arenaria (Americ. Assoc. for Advance, of Science, 1886).
(3) E. Eccer : Jouannetia Cummingii Sow, eine morphologische Untersuchung, p. 32-33. Wiesbaden, 1887,
Rare
lestin de l'Anodonta anatina et du stylet qu'il contient (1); il ressort clairement de l'examen de cette figure que le Dünndarmkorper de Hazay est composé d’une série de couches concentriques, et qu’il offre, par conséquent, tous les caractères du véritable stylet cristallin.
Quant à la thèse inaugurale d'HAsELorr, le seul travail d'ensemble qui ait paru sur la question, j'en ai déjà donné les conclusions dans
ma prélace, et j'aurai maintes fois l’occasion d’en reparler au cours.
de cette publication. En somme, HaseLorr accepte les théories d'Hazay au sujet de l’origine et du rôle de la tige cristalline, qu'il a étudiée chez Mytilus edulis, Cardium edule, Mya arenaria, Cyprina islandica, Tellina baltica, Corbula qibba et Scrobicularia piperata. L'’exposé des résultats anatomiques est plus que succinet, el la partie vraiment originale des recherches consiste en une série d'expériences entreprises en vue de prouver que la substance propre du stylet constitue véritablement un produit de réserve, destiné à être consommé par l'animal en temps de disette (HASELOF ne connaissait point à cette époque le mémoire de Hazay); je reproduirai plus loin, dans le chapitre relatif aux fonctions de la tige cristalline, la manière dont ces expériences ont été conduites.