HISTOIRE DU SUBLIMÉ
On pourrait diviser l’histoire du sublimé en deux chapitres distincts : l’un consacré à la période de temps durant laquelle il à été employé d’une facon à peu près empirique, l’autre à celle correspondant à son emploi érigé en véritable méthode, basée sur une notion scientifique nouvelle, et sur la détermination de la qualité essentielle de cette substance : son pouvoir antiseptique remarquable.
Mais nous pensons qu'il n’est pas bien utile d’essayer deréunir tous les cas où l’on a pu, empiriquement, avoir recours au sublimé avec succès. Nous nous contenterons de rappeler ce détail mentionné par M. E. Bonnaire, interne à la Materuité : que les médecins de la Beauce l’employaient depuis longtemps avec succès au traitement de la pustule maligne. Ils attribuaient les résultats heureux ainsi obtenus aux propriétés caustiques de ce médicament, étant dans l'impossibibilité scientifique, si je puis
m'exprimer ainsi, de trouver leur véritable interpré-
tation. On ne connaissait pas encore, en effet, la Zacséridie charbonneuse. Les travaux de Petit, de Davaine, de Rayer, de Pollender, de Pasteur, etc., etc,, ne
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devaientqueplus tard permettre de donnerla véritable interprétation de ces phénomènes. En dépit de ce vieil aphorisme de l’école : « Naturam morborum ostendit curatio », on ignorait toujours la nature parasitaire de la maladie charbonneuse, en raison sans doute de ce que la propriété essentielle, je dirai presque la nature elle-même du sublimé, échappait encore à ceux qui y avaient recours.
Îl, — On peut dire quela vogue du sublimé, ainsi que celle des principaux antiseptiques, fut intimement associée aux progrès qui se firent dans l'étude des fermentations. À mesure qu’on connut mieux la nature de ces phénomènes, qu’on eut élucidé leur véritable mécanisme, et .entrevu les relations qu'ils pouvaient avoir avec le développement de certaines maladies, on put définitivement entreprendre des expériences bien dirigées. Ainsi, au début, on fut conduit à chercher des substances capables d’empèêcher la fermentation de se produire. Déjà, au commencement du siècle, Chaussier se servait pour la conservation des cadavres d'injections au sublimé. En 1872, le D' Petit généralisa, pour ainsi dire, les applications de Chaussier. Celui-ci n'avait utilisé le bichlorure que dans un cas particulier comme antiputride. Le Dr Petit montra que le sublimé non seulement préverait la putréfaction des cadavres, phénomènes qui rentrent en réalité dans le groupe des fermentations, mais encore que, d’une manière géuérale, il empêchait complètement celles-e1.
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Ces expériences furent confirmées par Dongall et Crace-Calvert.
Mais, ainsi que le faisait remarquer le professeur Tarnier dans sa lecon inaugurale, c’est à un savant français que revient l'honneur d’avoir définitivement fait entrer l'emploi scientifique du sublimé dans le domaine de la thérapeutique. Davaine avait, en effel, dès A850, mis absolument hors de doute la nature parasitaire du charbon en isolant la bactéridie charbonneuse. Ayant entrevu le rôle capital que cet organisme pouvait jouer dans la pathogénie de cette affection, ce savant fut conduit à rechercher des agents capables de le détruire où tout au moins d'annihiler ses effets. En 1873 et en 1874, il fit ses premières communications sur ce sujet à l’Académie. Mais, en 1880, il pablia un travail absolument précis, basé sur une série d'expériences décisives qui démontrèrent que, parmi les antiseptiques, l’iode et le sublimé étaientles deux substances qui possédaient sur les phénomènes de la septicémie et du charbon l’action la plus efficace. Ces expériences de Davaine fureut reprises à l'étranger par Krajewski, qui arriva à des résultats absolument identiques à ceux du savant français. Ces propriétés antiseptiques du sublimé furent d’ailleurs confirmées par un grand nombre de savanis : Billroth, Buchoitz,Kühn, Haberkorn, Nicolaï Jalan de la Croix, Wernitz, Koch... Enfin Miquel, dont M. le professeur Pajot, notre vénéré maître, nous cite souvent les expériences concluantes, a écrit dans son remarquable travail : « Les or-
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ganismes vivants de l'atmosphère, » — au chapitre des substances antiseptiques — à propos du bichlorure de mercure : « Généralement on considère ce sel comme produisant une action efficace au 1/10000 ; dans les conditions où je me suis placé, elle est parfaite au 7/100000. »
Mais c’est à M. le professeur Tarnier que revient l'honneur d’avoir fait bénéficier l’obstétrique de l'emploi du sublimé. Il fut conduit à l'application de la méthode antiseptique par le juste crédit qu'il accorda, dès le principe, aux idées pastoriennes.
D'ailleurs, dans sa récente lecon d'ouverture, M. Tarnier rendait encore publiquement hommage aux deux hommes dont les nums sontinvariablement associés à l’histoire de l’antisepsie : « Je rends hommage bien haut, a-t-il dit, en effet, aux hommes justement célèbres qui s'appellent Pasteur et Lister. Je crois à l'existence des microbes qui engendrent les maladies puerpérales. »
Sans doute, le professeur fit suivre cette déclaration de restrictions commandées par l'obscurité aui enveloppe encore l’histoire des organismes inférieurs, mais il lui avait suffi d'admettre l'idée dominante des théories modernes pour n’avoir pas hésité, dès 1877, à recourir, dans les cas graves, à la méthode antiseptique.
Ce ne fut que vers le milieu de l’année 1882 que le sublimé se substitua définitivement à l'acide phénique, tout au moins pour les soins consécutifs à l'accouchement, à la Maternité de Paris. Toutefois,
ART ae M. Tarnier avait, bien avant, constaté l'excellence de cette substance, puisque, au mois d’août 1880, il pouvait parler, au Congrès médical international tenu à Londres, des grands services que l'emploi du bichlorure de mereure lui avait déjà rendus. Depuis, le sublimé a été adopté, non seulement par beaucoup de médecins accoucheurs, mais aussi par un grand nombre de chirurgiens. Parmi ces derniers, nous citerons : Schede, Kummel, Périer, Bergmann, Maas, Lucke, Valerani, Robert, Weir, Mikulioz, Nusbaum., etc., etc.
Pour ce qui concerne l’obstétrique, le sublimé a été employé à l'étranger, à la Maternité de Novare par le professeur Négri, à Berlin par Carl Schræder, ainsi qu’à la Maternité et à la Clinique de Breslau, etc., etc. En France : à la Charité par M. Budin; à Tenon par M. Ribemont; à Lariboisière par M. Pinard, qui dernièrement lui a substitué le brodure de mercure.
Enfin, à la Clinique de Paris, il est devenu, grâce à la direction et à la minutieuse surveillance de M. le professeur Pajot, pour tous les soins prophylactifs et curahfs qui concernent les femmes enceintes, en éraval, et accouchées, — le seul antiseptique employé.
C’est, du reste, dans son service que nous avons pu, grâce à des observations très concluantes, nous faire des idées personnelles sur l'efficacité, parfois merveilleuse, du sublimé.
Nous avons entendu souvent dire, par notre ex-
cellent maître, M. le professeur Pajot, faisant allusion au ou aux microbes ?, aux bactéries ?, aux champignons?, considérés aujourd’hui, comme facteurs essentiels dans la pathogénie des accidents puerpéraux, à propos de l’action du sublimé :
« Si nous ignorons encore la nature intime. de ces agents; que ce soit des végétaux ou des animaux, ce que nous r'ignorons pas, c'est que le sublimé, même à solulion très faible, et sans risques sérieux pour les malades, arrête sûrement toutes les manifestations vitales de ces organismes inférieurs. Si ces éléments el les résultats merveilleux que nous obtenons nous permettent daccepter cette hypothèse comme bien fondée, si ces éléments jouent un rôle prépondérant dans le développement des accidents puerpéraux, nous avons dans nos mains un moyen précieux pour les combattre. En vérit, ce serait manquer au simple bon sens que de ny point recourir, surtout quand on peut comme moi, en raison de ma trop vieille expérience, mettre en pañallèle les différences radicales qui existent entre les résultais fournis par la méthode ancienne et les méthodes nouvelles. »
Les résultats sont, en effet, aussi satisfaisants qu'on peut le désirer, ainsi que le démontrent, d’ailleurs, ‘nos statistiques. S1 nous avons, néanmoins, tenu à consacrer quelques lignes à l’histoire de l'acide phénique et du sulfate de cuivre, c’est que le sublimé a pu, dans des cas très rares, provoquer de légers accidents. On en trouvera, du reste, la relaüon de trois exemples au chapitre de nos observa-
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tions. Ces accidents consistent en quelques phénomènes d'hydrargyrie au niveau des parties génitales ou en quelques accidents de gingivites, etc.
Enfin, pour tout dire, dans les cas où il existe déjà une fétidité extrême des lochies, on pourrait momentanément recourir à un autre antiseptique, car nous lisons encore dans l'ouvrage de Miquel : « Le sublimé prévient la putridité lorsqu'elle n'est pas commencée, arrête rapidement une putréfaction déjà en marche, mais ne détruit pas les produits nauséabonds déja formés. »
Dans ces derniers temps, on a, il est vrai, signalé deux cas d'intoxication hydrargyrique, l’un d’eux ayant même amené la mort de la malade. Le premier a été signalé par Stenger, de Manheim, le second par Stadfeldt, de Copenhague.
Nous devons dire que l'interprétation des accidents survenus dans ce dernier cas a soulevé des protestations, et, qu'entre autres, le professeur Taenzer a émis l'opinion que les lésions rénales, constatées à l'autopsie, semblaient plutôt cadrer avec l’existence d’une néphrite aiguë compliquée d'accidents urémiques.
APPLICATION ET MODE D'EMPLOI DU BICHLORURE DE MERCURE A LA CLINIQUE D ACCOUCHEMENT.
La Clinique d'accouchement, par le fait même de son affectation à l’enseignement, est exposée tous les jours à des sources nombreuses de contage. Il
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était donc indispensable, pour réussir, d'appliquer la méthode antiseptique dans toute sa rigueur. Aussi devait-on régler sévèrement les moyens prophylactiques s’adressant aux élèves, au personnel, à l’outillage et aux femmes. Grâce à M. le professeur Pajot, on peut dire aujourd’hui que le but est atteint.
L’antisepsie par le sublimé est maintenant aussi complète que possible à la Clinique d’accouche-
ment.
a). Moyens prophylactiques s'adressant aux élèves, au personnel, à l'outillage. — Les étudiants, qui viennent en grand nombre écouter la parole du maître, sont tenus, chaque fois qu'ils doivent examiner une femme, de se laver les mains dans la solution de sublimé au millième. Les corps gras employés pour pratiquer le toucher vaginal sont tous à base antiseptique : vaseline boriquée, cérat phéniqué. Les infirmières chargées de donner les injections vaginales doivent toujours se passer les mains dahs la liqueur antiseptique avant chaque lavage. Chaque malade à sa sonde en gomme pour les irrigations vaginales. Les sondes uréthrales doivent être trempées dans le liquide antiseptique avant de servir au cathétérisme. M. le professeur Pajot,en faisantadopter à la Clinique un nouveau modèle de sonde pouvant facilement se nettoyer, a rendu plus facile l’antisepsie rigoureuse de cet instrument d’un usage fréquent chez les nouvelles aecouchées.
Bientôt une sonde à injection intra-utérine, pré-
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sentant les mêmes avantages, sera construite également d’après ses indications.
Tout instrument devant servir à une intervention obstétricale quelconque est toujours préalablement plongé dans la solution de sublimé.
b). Antisepsie pendant la grossesse. — Les moyens prophylactiques s'adressant aux femmes ne sont pas moins rigoureux. Toute femme entrant an dortoir des femmes enceintes est envoyée au: bain. Ce sont ces femmes qui servent trois fois par semaine à l’enseignement des élèves pour l'examen des femmes enceintes. De nombreux élèves examinent ces femmes et pratiquent sur elles le toucher vaginal. Immédiatement après cet examen, chaque femme est tenue de prendre une injection vaginale avec la liqueur de Van Swieten. Pendant tout leur séjour au dortoir, ces femmes prennent soir et matin une injection semblable.
c). Anñsepsie pendant le travail, — Dès leur entrée à la salle d’accouchement, les femmes reçoivent une injection vaginale antiseptique, renouvelée même une ou plusieurs fois, suivant la durée du travail.
d). Après la délivrance. — Toujours après la délivrance, injection vaginale avec le sublimé. Si la dé livrance a présenté quelques difficultés, si quelques parcelles de membranes sont restées dans l'utérus
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injection intra-utérine immédiate avec la solution de sublimé au millième. 3
c). Pendant les suites de couches. — Les cinq ou six premiers jours qui suivent l’accouchemeut, injections vaginales cinq ou six fois par jour avec la solution antiseptique. Lavage complet chaque fois des parties génitales et applicationsur la vulve d’une compresseimbibée duliquide antiseptique, compresse renouvelée à chaque lavage. Si malgré ces préeautions les lochies présentent la moindre mauvaise odeur, aussitôt on. pratique une injection intra-utérine.
Grâce à l'énergie avec laquelle M. le professeur Pajot, très bien secondé dans cette tâche par son chef de clinique M. le D' Doléris, assure l'exécution de toutes ces prescriptions, on n’a pas vu à la clinique d'accouchement, depuis le mois de décembre 4883, un seul cas d'infection amenant des accidents graves. |
STASTISTIQUE ET OBSERVATIONS PRISES PENDANT CINQ MOIS A LA CLINIQUE D ACCOUCHEMENT.
Pendant les mois de décembre 1883, janvier, février, mars, avril 1884, on a fait à la clinique 397 accouchements, et nous n'avons pu enregistrer un seul décès attribuable aux suites de couches. Et cependant nous avons eu l’occasion d'observer de nombreux cas de distocie de toute nature. Il est certainement rare
d'assister pendantuneaussi courte période àtantd’opération obstétricales toutes suivies d’un plein succès.
Nous avons néanmoins eu trois décès à constater, mais aucun d'eux ne peut raisonnablement être attribué aux suites de couches. Ainsi, l’une des malades décédées est la nommée L..., 28ans, primipare, morte dans le sixième mois de sa grossesse, après quinze attaques d’éclampsie. La seconde, femme David, 36 ans, primipare, contracte une pneumonie double, au dortoir des femmes enceintes, six jours avant son accouchement. Elle accouche facilement pendant l’évolution de sa pneumnnie, et meurt cinq jours après sa délivrance, sans avoir présenté des phénomènes puerpéraux. L’autopsie vient dureste confirmer exactement le diagnostic. Le troisième cas de mort ne se rapporte pas davantage aux accouchées.C’estune femme, Porcher, âgée de 24ans, qui meurt dans le service de gynécologie d’une péritonite suraiguë, suite de la rupture dans le péritoine d’une hématocèle enkystée, comme, du reste, l’a très exactement fait voir l’autopsie.
Nous pouvons donc dire avec assurance que pas un seul décès, relatif aux femmes accouchées, n’a été constaté pendant cette période de cinq mois, et nous sommes, avec notre cher maître M. le professeur Pajot, persuadé que ces résultats sont absolument dus à l’application de la méthode antiseptique avec le sublimé comme agent. |
Il ne sera peut-être pas inutile de comparer, pour la clinique d'accouchement, les statistiques des cinq
gpl mois de l’année précédente, correspondant à la période de nos observations actuelles. À cette époque l’antisepsie était encore complètement inconnue à la clinique. Nous avons relevé, pendant les quatre premier mois de l’année 1883 et le mois de décembre 1882, 260 accouchements et 10 décès dus, pour la plupart, à des accidents puerpéraux. Pendant les mois de juin et juilletnous trouvons une proportion encore bien plus grande de décès : 132: accouchements et 6 décès. Ce court parallèle ne pourrait que nous confirmer, si c'était nécessaire, dans la confiance que nous avons dans l’antisepsie et le sublimé.
Observations prises à la clinique et relatives à quelques cas de distocies.
[..— H...., 35 ans. Troisième grossesse. Apportée à la clinique lc 30 décembre, à 6 heures du matin. On apprend que déjà en ville un médecin s’est livré pendant une heure à des tentatives d’extraction qui n’ont abouti qu'à délerminer une hémorrhagie très considérable. Plus tard, la femme nous apprit que, pendant ces tentatives, elle avait ressenti tout à coup une très, violente douleur dans le ventre, moment à partir duquel elle n'eut plus la notion de ce qui se passait autour d'elle. À 10 heures, M. le professeur Pajot examine celte femme. A sa première exploration vaginale, pour laquelle il in-
VO 5 MDUEs troduit toute la main, il arri ve dans une espèce de cloaque comblé par du liquide utérin et des caillots. M. Pajot ne poursuit pas tout de suite son examen. Il retire sa main et à ce moment il s'écoule un jet considérable de sang. Après quelques minutes, il procède à un nouvel examen en faisant observer que, pour arriver sûrement sur la matrice, il doit suivre la concavité du sacrum. Îl arrive ainsi sur le col qui paraît complétement déchiré dans toute la partie gauche. Il pénètre alors seulement dans la matrice el pratique la version, qui se fait assez facilement jusqu’à complet dégagement du tronc. Mais . la tête reste absolument fixée au-dessus du détroit supérieur. À ce moment le diagnostic de la déchirure utérine, posée déjà très nettement, trouve une confirmation nouvelle dans les sensations que fournit le palper. On constate, én effet, facilement, l’existence de deux tumeurs qui paraissent absolument isolées: l’une siégeant à droite, et constituée par l'utérus, qui, détaché du vagin dans toute sa partie gauche, paraît remonter dans l’hypochondre droit; l’autre paraît manifestement formée par la tête fœtale, quioceupe tout le flanc gauche. M. Pajot applique le céphalotribe et peut extraire la tête après une seule
application.
Cette observation, du reste, fit le sujet d’une clinique, qui fut publiée dans le numéro de février des Annales de gynécologie, et d’un compte rendu très détaillé, publié dans le même journal, en mars, par
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le chef de clinique. C’est dans cette clinique que M. le professeur Pajot indiqua aux élèves quel concours véritablement exceptionnel de causes de distocies lui avait révélé l'examen de cette femme. En effet, il y avait rétrécissement du bassin, hémorrhagie considérable, placenta prævia etrupture utérine.
Mälgré cette complication d'accidents, la malade a merveilleusement guéri et a pu quitter la clinique sept semaines après son entrée. Le traitement a surtout consisté dans l’antisepsie la plus rigoureuse, dans les lavages vaginaux fréquemment répétés, et l'injection, jusqu’au foyer de la rupture, de liqueur de Van Swieten, faite deux fois par jour. On a eu incidemment recours au sulfate de quinine et aux préparations opiacées, soit pour combattre quelques rares phénomènes fébriles, soit pour éviter les mouvements intestinaux et les troubles du côté de lappareil digestif.
Il. — Janvier 1884. Femme Carrer, 29 ans, primipare, rachitique. Diamètre antéro-postérieur du bassin : 8 1/8 après déduction. Présentation transversale à son entrée. Version par manœuvres externes. Le travail, commencé le 15 janvier, marche assez bien jusqu’au lendemain, mais bientôt l’absence complète de contraction décide M. Pajot à intervenir. Le col est suffisamment dilaté, on applique le forceps. Difficulté très grande pour l’extraction de la tête, qui nécessite des efforts soutenus pendant vingt minutes. Injection intra-utérine im-
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médiatement après la délivrance avec le sublimé, Aucun accident dans les suites de couches.
II. — Janvier 1884. Femme Davaillant, 19 ans, secondipare, amenée à la clinique après avoir sub i de nombreuses tentatives faites en ville par deux médecins pour extraire l'enfant. La tête et les deux bras de l’enfant pendent à la vulve. La tête ne tient plus au tronc que par la peau. Quelques tractions bien dirigées faites à la clinique n’amenant aucun résultat, M. le professeur Pajot introduit la main
entière dans l’utérus et constate une ascite fœtale considérable. On fait alors la ponction du ventre du fœtus, qui donne issue à un litre environ de li-quide ascitique, et l'enfant est extrait ensuite assez facilement. Injection intra-utérine immédiatement après la délivrance, suites de couches très bonnes.
IV. — Janvier 1884. Femme Lombard, 44 ans, primipare, entre à la clinique avec une présentation de l'épaule gauche, bras à la vulve, et ayant subi en ville plusieurs tentatives de version faites par trois médecins. M. Pajot juge nécessaire l’embryotomie. On essaye d’abord sans succès le procédé dit de la ficelle, qu’on ne peut employer faute d'un crochet convenable. On fait alors la détroncation avec les ciseaux de Dubois. L’extraction du tronc et de la tête se fait ensuite assez facilement. Injection intrautérine avec le sublimé après la délivrance. Suites normales.
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AS .V. — Mars 1884. Femme Courtin, 23 ans, primipare, ayant souffert beaucoup depuis trois ans du côté de l’utérus. Pertes abondantes et fréquentes, dues à un petit fibrome utérin, hydràamnios considérable. Début du travail le 5 mars au matin. Douleurs rares, contractions très peu énergiques. Le 5 mars dans la journée le travail est peu avancé, la dilatation ne dépasse pas 6 centimètres, la femme est très fatiguée. À 6 heures du soir, céphalotripsie, extraction, avec beaucoup de difficultés, d’un enfant pesant 4,350 grammes, sans la substance cérébrale et le méconium. Délivrance immédiate. [nertie utérine. Hémorrhagie arrêtée par une injection utérine très chaude. Le lendemain matin, injection intrautérine avec la liqueur antiseptique, écoulement de quelques caillots. Huit injections vaginales par jour. La malade sort le 2 avril en parfaite santé.
VI. — Février 1884. Femme X..., 22 ans, primipare, amenée à la clinique, la nuit, avec des attaques d’éclampsie. Cinq attaques avant son entrée à la clinique et six pendant son séjour à l'hôpital. Accouchement, le 5 février, d’un enfant macéré. Injection intra-utérine deux jours de suite. Injections vaginales fréquentes. Suites très bonnes.
VIF. — Avril 1884. Femme Boissel, 23 ans, ayant subi la céphalotripsie à ses deux premières grossesses. Bassin vicié, 6 centimètres de diamètre antéro-postérieur du bassin, Présentation du som-
met en O.J.D.P. avec procidence du cordon. Le fœtus ne donne plus signes de vie, on pratique la céphalotripsie et on extrait facilement un fœtus pesant 2,400 grammes. Injection intra-utérine après la délivrance. Suites normales.
VIII. — Avril 1884. Femme Demange, 35 ans, primipare. Accouchement normal d’un enfant à terme. Délivrance artificielle faite la nuit pour adhérences du placenta. Le lendemain, la malade offre un léger mouvement fébrile, les lochies ont une odeur un peu fétide. On fait une injection intrautérine au sublimé. Injections vaginales fréquentes dans la journée. Le lendemain, disparition complète des phénomènes fébriles et de la fétidité des lochies. La malade sort très bien portante quinze jours après.
IX. — Avril 1884. Femme Renauld, 31 ans, rachitique, diamètre antéro-postérieur du bassin : 91/4 sans déduction. Amenée à la clinique après avoir subi à Sceaux plusieurs tentatives d'application de forceps, tentatives tout à fait intempestives, car à son entrée même, 11 heures du matin, on constate un col à peine dilaté comme une pièce de 5 francs. Le soir le col est un peu plus dilaté, mais les bords sont durs et rigides. On a recours à la craniotomie et on extrait la substance cérébrale par trois injections antiseptiques. Le lendemain matin la dilatation permet d'appliquer le forceps et on extrait l’enfant. Le lendemain, à la visite, la malade accuse de
RENE ET NRIREENVE
la céphalalgie, on constate de la fièvre 39°. Lochies un peu fétides. On fait une injection intra-utérine. Le lendemain la fétidité des lochies: est plus nette. La malade accuse une vive douleur dans la fosse iliaque gauche. Injection intra-utérine, large vésicatoire sur le ventre. On constate bientôt l'ouverture, dans la paroi latérale gauche du vagin, d’un abcès laissant écouler des quantités de pus très fétide. On continue les soins antiseptiques avec la plus grande rigueur. La malade est aujourd’hui hors de danger. Plus de fièvre, l’appétit revient; à partir de ce moment la convalescence s’établit d’une façon régulière.
Observations relatives à quelques accidents provoqués par l'emploi du sublimé.
[. — Janvier 1884. Femme Lambert, 25 ans, primipare. Accouchement normal, quelques végétations au niveau des grandes lèvres, développées à l’occasion de la grossesse. Injections vaginales et application sur les parties génitales externes de compresses trempées dans Ja liqueur de Van Swieten. Le cinquièrae jour après l’accouchement érythème intense de la région vulvaire et s’étendant jusquà la partie supérieure des cuisses. On supprime les compresses ; mais l’infirmière par inadvertance continue les injections vaginales avec le sublimé. L'érithème persiste à la région vulvaire, quitte les cuisses. Mais trois jours après l’apparition des premiers accidents, la malade
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s'étant plainte d’une salivation anormale, on exa-, mine la bouche, et on constate l'existence d’une gingivite hydrargyrique incontestable, mais légère. Tous ces accidents s’amendent rapidement par la substitution des solutions de sulfate de cuivre à celles de subiimé, et à l'administration pendant quelques jours de chlorate de potasse.
Il, — Février 1884. Femme Berthault, 20 ans, primipare. Accouchement laborieux, durée du travail 29 heures. Cette femme, ayant présenté à la suite de son accouchement un écoulement lochial un peu plus abondant que celui qu’on observe d’ordinaire à la clinique, fut soumise à des lavages et injections vaginales répétées toutes les trois heures. Trois jours après son accouchement, on remarque chez cette femme une gingivite assez intense. il suffit pour la faire disparaître de réduire à une seule le nombre des injections vaginales et d'administrer un peu de chlorate de potasse.
III. — Une infirmière, à la suite d’une écorchure du petit doigt, avait présenté une trainée de lymphangite très nette à l’avant-bras, avec tuméfaction du ganglion épitrochléen. M. Doléris, le chef de clinique, avait ordonné un bain de bras avec parties. égales de décoction de guimauve et de iiquenr de Van Swieten. Cette prescription fut mal comprise, et l'infirmière ne se servit pour ce bain que de liqueur de Van Swieten pure et échaufiée. Cette élé-
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. vation de température avait évidemment concentré
davantage la solution employée. À la suite de ce
bain, elle eut un.érythème du bras des plus violents,
et un commencement de salivation. Ces accidents, du reste, n'eurenc aucune suite fâcheuse.