‹ Le succès; questions de l'année 1866Chapitre 116 sur 205 · L'ENTRE-DEUX · texte numérisé non relu

L'ENTRE-DEUX

28 août 1866.

Les annonces de tous les journaux sont là pour nous rappeler qu'il existe aux Indes une secte terrible composée des SothaceSy ce sont les enjôleurs; des Burthotes^ ce sont les étrangleurs; des Lughaces, ce sont les fossoyeurs. Une secte non moins terrible existe en France, composée d'enjôleurs, d'endormeurs et de fossoyeurs. Aux Indes, le grand chef des étrangleurs se nomme, nous l'apprend-on, Feringhea, et les chefs inférieurs ont le titre de Burkas ; en France, l'un des Burkas du grand chef des endormeurs, qu'il serait superflu de nonuner, signe A. Garcin. Rien n'est plus habile que ce Burka, si ce n'est le grand chef, à démontrer que ce qui est ne saurait être autrement sans être moins bien, et que tout va pour le mieux, quoi qu'il arrive. Ce langage n'est pas absolument neuf, car c'est exactement le même que tenaient, en 1847, ceux qui furent les enjôleurs, les endormeurs et finalement les fossoyeurs du Juste-Milieu, de ce régime que le journal la France, moins indulgent pour les morts que pour les vivants, condamne en ces termes :

a n y a un mot qui ne devrait jamais se rencontrer dans une polémique sérieuse entre M. de Girardin et nous, c'est celui de juste-, MTLiEu. Ce mot a un sens historique dont il est inséparable: il rappelle une politique d'impuissance et, chaque fois qu'on le prononce, l'image qui s'éveille dans l'esprit est celle d*un zéro entre deux zéros. »

Lorsqu'en 1847 le Journal des Débats, ayant pour Feringhea M. Armand Berlin, et V Époque, ayant pour Feringhea M. Granier de Gassagnac, n'avaient pas assez de louanges pour vanter et exalter le Juste-Milieu, nous étions la note discordante qui troublait rharmonie de ce grand concert, où les avantages de la paix armée et de la liberté réglementée étaient chantés, sous le dôme de la salle du Palais-Bourbon, par trois cents voix qui rappelaient celles de la chapelle Sixtine ; nous ne saurions donc être suspect quand, nous adressant à M. Garcin, nous venons lui dire : Digne Burka du grand Feringhea, ou vous êtes bien sévère, ou vous êtes bien imprudent !

Si le gouvernement qui a remplacé.la Charte de i815 par la Charte de i830; fait le siège d'Anvers, au risque de rencontrer l'empereur de Russie derrière son beau-frère, le roi de Hollande ; pris et occupé Ancône au risque de déchaîner les colères de l'Autriche; bombardé Saint-Jean-d'UUoa; fait capituler Tanger; vaincu Abd-el-Kader; étendu sa domination à toute l'Algérie; pris possession de Taïti; entouré Paris de fortifications ; achevé le palais d'Orsay, l'église de la Madeleine, l'arc de triomphe de l'Étoile ; présenté, soutenu et promulgué la loi de 1833 sur l'instruction primaire, la loi sur l'expropriation forcée pour cause d'utilité publique, la loi sur les chemins vicinaux; commencé toutes les grandes lignes de chemins de fer dont la loi de 1842 a passé longtemps pour être la charte ; rendu et maintenu à tous les Français le droit de publier un journal sans autorisation préalable : si ce gouvernement ne vous rappelle qu'une ii politique (Timpuissance))^ s'il n'éveille dans votre esprit que « Vimage d'un zéro entre deux zéros » , sur quels autres actes plus grands et plus durables, pour le qualifier ainsi, se fonde donc ce superbe dédain?

Les innombrables notes échangées en 1803 par M. Drouyn de Lhuys avec le prince Gortschakoff ont-elles donc abouti à la reconstitution de la Pologne?

Le sang que nous avons versé, les millions que nous avons dépensés dans notre expédition et dans notre occupation du Mexique ont-ils donc abouti à la fondation d'un empire stable qui soit la compensation de l'indemnité de nos sacrifices?

La « NEUTRALITÉ ATTENTIVE )) , quc uous avoDS gardée entre l'Autriche et la Prusse, celle-ci ayant pour alliée l'Italie, qui

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nous doit ce qu'elle est devenue, a*t-elle donc abouti à nous rendre pour limite la rive gauche du Rhin?

L'ordre matériel maintenu pendant quatorze ans sans aucun trouble a-t-il donc abouti a la restitution de la liberté de la presse et de la liberté de réunion, sans lesquelles l'empereur des Français n'eût pas commencé par être le président de la république?

Quand nous vous adressons ces interpellations, auxquelles vous serez embarrassé de répondre, ce n'est pas que nous Toulions renverser de son autel le pouvoir que vous encensez. Non ; ce que nous voulons, c'est le faire descendre du lit sur lequel vous vous complaisez à l'endormir.

Glovis a dépassé Mérovée, qui a donné son nom à la première race des souverains de la France.

Charlemagne a dépassé Pépin.

Philippe Auguste a dépassé Hugues Capet.

Ces trois exemples, empruntés à l'histoire, parlent haut à l'héritier de Napoléon P'.

Plus que noblesse encore, postérité oblige.

La Constitution de 185â; la prise de Sébastopol ; la neutralisation de la mer Noire ; la victoire de Solferino suivie de la victoire de Villafranca; la prise de Puebla suivie deToccupation du Mexique ; l'achèvement du Louvre, le percement à Paris de larges boulevards, la construction des Halles centrales, la reconstruction de l'Opéra et de THôtel-Dieu, la transformation du bois de Boulogne et du bois de Yincennes ; la terminaison des grandes lignes de chemins de fer qui avaient été votées et commencées avant 1818 : assurément tout cela est beaucoup, mais ce n'est pas assez ; ce qui pouvait suffire au règne d'un roi constitutionnellement irresponsable, nommé par 221 députés, ne saurait suffire au règne d'un empereur personnellement responsable, élu par 7,482,863 électeurs sur 7,780,307 votants. Par tous ses antécédents, par la hardiesse de ses actes autant que par la profondeur de ses écrits. Napoléon III est tenu de fair« plus et autrement que Louis-Philippe P' : il est t«nu d'être ce que nous demandons qu'il soit, il est tenu d'être la réalisation vivante de Vidée nûpoléonienne; il est tenu de prouver qu'en faisant luire à tous les yeux cette idée comme l'espérance des peuples, il n'a rien promis qu'il ne pût accomplir.

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Non, non, le prince Louis-Napoléon n'a pas été élu prési" dent de la république le iO décembre 1848, et empereur des Français le 20 novembre 1852, à la presque unanimité de la nation française, pour continuer le règne de Louis-Philippe, mais pour exécuter le testament de Sainte-Hélène et occuper dans rhistoire une place au moins égale à celle du chef de sa dynastie.

Napoléon P' a été le génie delà guerre ; Napoléon III, avec un économiste tel que M. Rouher et un financier tel que M. Haussmann, peut et doit être le génie de la paix. Sachant par Tex-» périeace ce que valent les phrases sonores des Satisfaits de 1846, des glorificateurs du justb-milieu, phrases continuées par les endormeurs de 1866, les inventeurs de Tentre-deux, nous persistons à penser et à soutenir qu'à moins de vouloir interrompre le cours historique glorieusement creusé par Glovis dépassant Mérovée , Gharlemagne dépassant Pépin, Philippe Auguste dépassant Hugues Gapet, l'héritier de Napoléon le Grand doit aspirer à un autre surnom qu'à celui de

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