U RIYE GAUCHE DU RHIN
13 mai 1866.
Une assemblée populaire a eulieu àKaiserslautern, pour fêtei le cinquième anniversaire de la réunion du Palatinat à la Bavière. Les membres de cette assemblée ont déclaré soleanelment que « la nationalité allemande était inaliénable » , et que toute politique qui livrerait la rive gauche du Rhin à une puissance étrangère devrait être condamnée comme coupable d'un acte de trahison envers la patrie allemande.
Cette condamnation de la politique de M. de Bismark est en même temps la condamnation de toute alliance entre la France, l'Italie et la Prusse.
Supposons qu'ainsi qu'on l'a prétendu, cette alliance soit nouée indissolublement; supposons que cette alliance aboutisse à une nouvelle défaite de l'Autriche ; supposons que la Vénétie, rentrée en pleine possession d'elle-même, se donne à l'Italie; supposons que le Quadrilatère autrichien soit rasé; supposons que la Prusse, après avoir prêté le concours de ses troupes et de ses canons à l'Italie pour délivrer la Vénétie du joug autrichien, achève de soumettre entièrement les duchés de l'Elbe au joug prussien ; supposons enfin que l'Italie et la Prusse aient obtenu tout ce qu'elles souhaitaient, comment le gouverpement prussien, dont on a vu la mémorable fourberie en 1806, dont on n'a pas oublié l'indigne conduite en 1815,
LA RIVE GAUCHE DU RHIN m
s'y prendra-t-il pour faire la part de la France et lui abandonner Aix-la-Chapelle et Cologne?
Aussi persistons-nous à penser que la restitution de ses frontières naturelles à la France n'est possible qu'avec l'alliance contraire, c'est-à-dire q|i^i|yec l'alliance de l'Autriche^ de la France et de l'Italie, complétée par l'alliance avec la Russie.
Plus on y réfléchit, et plus on reconncdt que cette quadruple alliance eA la (^nl^ (\v\ puis^Q 4é90i)ar sans nouvelle guerre de Trente ans tous les nœuds de la triple question de l'Allemagne, de l'Italie et de l'Ohent.
L'Autriche finira-t-elle par le comprendre?
22 mai 1866.
Plus que jamais, voyant tout ce que nous regardons, entendant tout ce que nous écoutons, nous sommes d'ayis qu'il n'y a de politique exempte de périls et pure de hasards que celle qui se résume en ces deux mots : paix, liberté.
Mais il ne dépend pas de nous d'empêcher que les faits ne s'enchaînent et que les choses n'aient leur logique sans pitié pour l'inconséquence des hommes.
Non, il ne dépend pas de nous que 1866 ne procède de
Ce qui arrive n'est que la confirmation rigoureuse de nos prévisions.
Toute guerre d'immixtion conduit fatalement à une guerre de conflagration, guerre plus implacable que celle qu'il s'agissait à l'origine de conjurer, et que l'on ne parvient jamais à reculer qu'en l'aggravant.
Aussi nous étions-nous énergiquement opposé à la guerre d'immixtion par laquelle, en 1859, la France est intervenue entre l'Autriche et l'Italie, comme déjà, en 1854, elle était intervenue entre la Russie et la Turquie ; aussi nous étionsnous également opposé à la guerre d'immixtion par laquelle la France, en 1863, a failli intervenir entre la Russie et la Pologne ; aussi avons-nous approuvé, en 1864, que la France, — quoique signataire inconsidérément du traité de 1852, — ne
8oit pas inteiyenne entre le Danemark et TAllemagne, pour les mettre d'accord, à main armée, sur Finextricable question des duchés de l'Elbe.
Ce qui appartient au passé lui appartient irrévocablement.
Le gouvernement français suivrait le conseil que lui donnent la Prme, le Temps et la Gazette de France , d'abandonner ritalie à elle-même, c'est-à-dire à l'Autriche, que cet abandon ne sauverait pas la paix et ne dégagerait pas la France liée par ces paroles de la proclamation du 3 mai 1859 :
«^ Il faut que rAutriche domine jusqu'aux Alpes ou que l'Italie soit libre jusqu'à l'Adriatique; car dans ce pays tout coin de terre demeuré indépendant est un danger pour son pouvoir. »
La France n'a plus qu'un moyen de se dégager, c'est d'achever résolument et à tout prix l'œuvre qu'elle a commencée, cette œuvre eût-elle été commencée à tort.
Si la France abandonnait lltalie, si la France laissait l'Autriche rétablir en 1866 sa domination de 1859, n'y aurait-il pas lieu de craindre que cette inconsistance de notre part ne donnât à la Russie, par la contagion de l'exemple, la tentation de rétablir, elle aussi, sa domination sur la mer Noire et sur la Turquie? Alors, dans la situation fausse et humiliée qui nous serait faite aux yeux de toute l'Europe, n'y aurait-il pas pour la paix un péril plus grave que celui qu'il s'agit en ce moment d'affronter, et, s'il est possible, d'étouffer dans son germe?
Toute guerre est haïssable, toute guerre est désastreuse; mais entre deux guerres inévitables, celle qu'il faut choisir, n'est-ce pas la plus courte ?
Notre choix est fait pour la guerre qui nous ramènera le plus vite à la paix. -
Aussi étions-nous pour l'union de l'Autriche, de la France et de l'Italie contre la Prusse; — l'Autriche reprenant à la Prusse la Silésie, rendant à l'Italie la Yénétie et à la Confédération germanique les duchés de l'Elbe. Mais puisque l'Autriche persiste à repousser cette occasion de dénouer à la fois ces trois questions : — la question d'Italie, la question d'Allemagne et la question d'Orient, — occasion que peulrêtre l'Autriche ne retrouvera jamais, arrivons au même but par le cbemin opposéi en éoartwt de nos pieds toutes les considéra^
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lions secondaires. Le chemin opposé, c*est rnnion de la France, de Tltalie et de la Prusse contre rAutriehe. Dans Tune comme dans l'autre combinaison, le chiffre reste invariablement le même : 3 contre 1.
Si nous insistons sûr ce chiffre de B contre I , c*est qa*offrant la garantie de la guerre rapidement menée, il donne la certitude de la paix promptement rétablie.
Ce point nous paraît être celui vers lequel doivent converger tous les désirs et tons les efforts.
Aussi ne comprendrions-nous pas que la France attendît, pour se placer en ligne et charger ses canons, que FAutriehe eût battu les Italiens et les Prussiens; ce serait, selon nous, une faute, et peut-être même une ftiute irréparable.
Ce qu'une bataille livrée et perdue peut faire naître de complications, on ne le sait jamais que trop tard.
La victoire qu'on remporte a cela de bon, qu'au lieu de subir les conditions on les impose, et que rien n'empêche de les faire avec modération.
Croit-on que l'Autriche se fftt, en 1889, aussi vite et aussi facilement résignée à la perte de la Lombardie et à la signature de la paix si elle n'eût pas été battue six fois : à Montebello, à Palestre, à Turbigo, à Magenta, à Marignan et à Solferino, sans réussir à prendre une seule revanche?
Le 20 mai 1859 le premier combat est livré, le 7 juillet l'armistice est conclu, le 12 juillet la paix est signée ; la guerre ainsi conduite au pas accéléré de la victoire n'a duré que quarante-sept jours ; c'est encore ainsi qu'il faut la mener.
Qu'il s'agisse de la guerre ou de la liberté, pas de demimesures TElles seules sont funestes.
Si nous aimons la liberté autant que nous haïssons la guerre, celle-ci, pas plus que celle-là, n'a le pouvoir de nous faire peur. Nous ne nous en exagérons pas plus les périls que nous n'en excusons les excès. Ah I si l'on pouvait supprimer la peur, que de dangers s'évanouiraient, car les plus grands et les plus nombreux ne sont pas ceux qui existent réellement, ce sont ceux que la peur imagine.
L'humanité exige que la France ne fasse pas de fausse générosité. Or ce serait de la fausse générosité que d'attendre, pour se joindre à l'Italie et à l'Autriche, que la Prusse et l'Italie aient essuyé une ou plusieurs défaites.
Puisque l'empereur d'Autriche, en i 859, n'a pu résister à la France et à l'Italie, un contre deux, comment résisterait-il, en i866, à la France, à l'Italie et à la Prusse, un contre trois ?
Il se peut que cette fois son aveugle obstination lui coûte plus que la perte d'une proyince; il se peut qu'il n'en soit pas quitte pour la Yénétie ; il se peut que cette obstination lui coûte la couronne et l'empire, car il se peut que des combinaisons toutes nouvelles surgissent de l'alliance victorieuse de la France, de l'Italie et de la Prusse.. • S'il en était ainsi, à qui, si ce n'est à lui-même, l'empereur François-Joseph devrait-il s'en plaindre?
Ne l'aurons-nous pas assez averti sur tous les tons et sous toutes les formes?
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