INTRODUCTION
Au 6® Congrès de l’Alliance Internationale pour le suffrage des femmes, tenu à Stockholm en juin 1911, il fut décidé qu’on publierait un livre pour montrer que le suffrage des femmes a cessé d’être une question de principe ; que déjà dans beaucoup de pays les femmes ont obtenu l’électorat et l’éligibilité pour les assemblées locales et pour le Parlement ; qu’au contraire des prophéties des antisuffragistes, les femmes exercent leurs droits de citoyennes ; qu’aucune conséquence fâcheuse n’en est résultée, que les femmes n’ont rien perdu des qualités de leur sexe, qu’elles n’ont pas négligé leur foyer ; que l’opinion publique dans les pays où les femmes exercent ces droits reconnaît que l’extension du vote aux femmes a eu d’heureux résultats, non seulement pour le pays, mais pour les femmes elle-mêmes ; que la législation concernant spécialement les femmes est plus aisément modifiée dans les pays complètement affranchis ; et que l’opposition au mouvement est morte.
Voici ce livre.
Il met en lumière des faits réels, et le lecteur pourra voir par lui-même combien sont pauvres les arguments des antisuffragistes. Cet ouvrage a pour but de montrer à tous — et plus particulièrement aux membres du Parlement — la force croissante du mouvement suffragiste en tous pays. Il faut espérer que chaque Auxiliaire (1) aidera à le répandre aussi largement que possible, et ainsi contribuera à prouver que le succès définitif doit quelque chose au progrès de la cause dans chaque pays.
Un comité de trois personnes fut chargé de ce travail. Marie Stritt est responsable des articles concernant les pays suivants : Finlande, Norvège, Suède, Danemarck, Islande, Allemagne, Autriche (y compris la Bohême), Hollande, Portugal et Hongrie. Mme Maria Vérone, avocate à la cour d’appel de Paris, est responsable des articles relatifs à certaines autres contrées d’Europe : France, Belgique, Italie, Espagne, Russsie, Serbie, Roumanie,
(1) Société Nationale affiliée à PAlliance Internationale.
Turquie, Grèce et Monténégro. Moi-même, je suis responsable des autres pays : Nouvelle Zélande, Fédération Australienne, Etats-Unis d’Amérique, Canada, Honduras Britannique, Ile de Man, Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande, Burmah, Indes, Java, Chine, Union de l’Afrique du Sud, et Suisse.
Nous nous sommes efforcés de puiser nos renseignements aux sources mêmes, et, en particulier, de donner des références exactes, les dates des lois, et, autant que possible, les statistiques officielles. Une remarque est à faire en ce qui concerne les dates auxquelles certains droits de suffrage ont été conférés. Dans quelques cas, des références également sûres font ressortir une différence de un, deux ou trois ans. Cela s’explique par le fait que la date donnée peut être celle à laquelle la loi en question est passée au Parlement, celle à laquelle elle entra en vîguéur, ou celle de la première élection à laquelle les femmes purent exercer leurs droits.
Le comité pensa que le livre devait paraître de façon à pouvoir être lu dans le plus grand nombre possible des pays affiliés à l’Alliance. Aussi, résolut-il de publier trois éditions : anglaise, française, et allemande. M“^® Stritt est responsable des traductions en allemand ; elle a été aidée dans cette partie de son travail par •Mii« Anna Brunemann qui a traduit gracieusement les articles anglais et français. Elle désire lui exprimer ses chaleureux remerciements pour son précieux concours. M*^® Vérone est responsable des traductions en français ; elle a été aidée très obligeamment par M^^® Belle qui a traduit les articles allemands, et par M^^® Jasmin, M“® Thérèse Berton et M*^® Gimpel qui se sont partagées la traduction des articles anglais. Je suis responsable des traductions anglaises ; la traduction d’allemand en anglais a été faite aimablement par M^^® Sylvia Murray B. A. Le comité adresse ici ses très vifs remercîments à toutes les traductrices pour leur précieux concours.
Afin d’avoir des informations de première main, des lettres furent envoyées aux Auxiliaires de l’Alliance, à quelques unes de leurs sociétés affiliées, et à d’autres personnes compétentes. Aux pays affranchis, il fut demandé de donner des renseignements sur les points suivants : a) l’historique de l’obtention du suffrage politique, du suffrage pour les assemblées locales (conseils municipaux ou commissions scolaires, etc.), ou d’autres droits électoraux dont jouissent les femmes ; ces droits sont-ils exercés par les femmes dans les mêmes conditions que les hommes ? b) les conditions exigées pour l’électorat et l’éligibilité ; c) le nombre de fem-
mes électrices, et le pourcentage des femmes qui votent comparé à celui des Hommes ; d) le résultat au point de vue de la législation ; e) les fonctions occupées par des femmes ; f) quelques faits prouvant que les prophéties des antisuffragistes au sujet de l’abandon des foyers, etc.... ne se sont pas réalisées ; g) l’opinion émise par les hommes éminents ou par les Assemblées ; h) les résolutions parlementaires favorables au suffrage ; k) les autres droits exercés par certaines classes de la société : conseils du travail, commissions cultuelles, etc...
Aux pays qui n’ont pas encore accordé le suffrage parlementaire aux femmes, il fut demandé de donner des renseignements sur les points suivants : à) l’historique de l’obtention des droits d’électorat et d’éligibilité dont les femmes jouissent, s’il y en a ; b) les conditions du vote ; c) le nombre de femmes électrices et le pourcentage des femmes qui votent, comparé à ce)ui des hommes ; d) quelques résultats pouvant être attribués directement au suffrage ou à l’éligibilité des femmes ; e) l’état du mouvement pour le suffrage des femmes ; f) des détails particuliers sur l’état de la question au Parlement ; g) les organisations ou partis politiques qui se sont déclarés partisans du suffrage des femmes ; h) opinion favorable d’hommes éminents.
En réponse à ces enquêtes, des renseignements très intéressants ont été envoyés, et le Comité saisit cette occasion pour remercier les Auxiliaires de l’Alliance, leurs Sociétés affiliées, et tous ceux qui l’ont aidé à faire un travail aussi complet que possible. Il est malheureusement impossible de mentionner chacun individuellement.
Mme Stritt indique que les documents sur la Finlande, la Suède, l’Autriche, la Bohême, le Portugal, la Hongrie, lui ont été très aimablement adressés par Annie Furuhjelm et Vera Hjelt, d’Helsingfors ; Ezaline Boheman, de Stockholm ; Hau-
sen et Daugard et Elna Mung, de Copenhague ; Marie Ernestine von Furth, de Vienne ; Morocova Stepancova, de Prague ; Louise Ey, de Hambourg ; et Sidoni von Szegvari, de Budapest.
Elle désire adresser ses remercîments à toutes ces personnes pour leur aide si utile, non seulement par l’envoi de renseignements, mais par la rédaction de ceux-ci. Pour les autres contrées dont elle a été chargée, elle a consulté :Jus Saffragii (1909 à 1913); le voie des femmes, par Ferdinand Buisson ; le suffrage des femmes dans tous les pays, par Alice Zimmern ; le suffrage des femmes en Finlande, par Aino Malmberg ; oü les femmes vo-
îenl^ par Frances Maude Bjorkman ; Documenls des ForîschriUs^ par George Reiner, Berlin ; Annuaire des Associations féminines, 1912 et 1913, B. G. Teubner, Leipzig; Rapports du Conseil National des femmes allemandes 1910-1911 et 1911-1912, B. G. Teubner ; Die Politische-Frauenbewegung, Nationalverein, Martha Voss-Ziets, Munich.
Mme Vérone remercie très vivement les personnes qui lui ont adressé des documents : M°^® Mirovitch, de Moscou ; M^^® Emilia Mariani, de Turin ; M^^® de Reuss lanculescu, de Bucarest ; M^^® Selma Riza, de Constantinople ; M^^® Félicie Dirickx, d’Anvers. Les renseignements complémentaires sont extraits des ouvrages suivants : le suffrage des femmes^ par Ferdinand Buisson; le suffrage des femmes dans tous les pags^ par Alice Zimmern ; le Féminisme, par M“i® Avril de S^^-Croix ; le Bulleîin Irimeslrief de l’Union française pour le suffrage des femmes ; Jus Suffragii ; le Droit des Femmes ; Rapport du Conseil National des femmes françaises au Congrès de Toronto, 1909.
A côté des documents procurés par les correspondants ci-dessus mentionnés, les sources d’informations suivantes sont les plus importantes pour les contrées dont j’étais responsable. Pour la Nouvelle Zélande et l’Australie, les détails sur les élections et les lois ont été pris dans les slaluls de chacun des Etats de la Colonie, ou dans l’excellent annuaire officiel publié par les différents gouvernements. Je désire exprimer mes remercîments aux fonctionnaires des bureaux du Haut Commissaire de la Nouvelle Zélande à Londres, du Haut Commissaire de la Fédération Australienne, et des agents généraux de la Nouvelle-Galles du Sud, Victoria, Queensland, Australie du Sud, Australie occidentale, et Tasmanie pour l’aide qu’ils m’ont donnée. La partie relative aux Etats-Unis d’Amérique est basée sur l’important rapport envoyé par l’Association Nationale Américaine pour le suffrage des femmes et ses sociétés affiliées. L’historique avant 1902 est tiré, pour la plus grande part, àeV Histoire du suffrage des femmes^ par Stantin, Anthony, Gage et Horper, et la partie concernant la Constitution actuelle est e^ivdiiieàaV Annuaire de r Homme d^ Eta 19i2.Des remer¬
cîments sont dus aux gouverneurs du Wyoming, du Colorado, de l’Idahoetde l’Utahpour les renseignements adressés par eux pour cettepublication. Pourle Canada, les références proviennent du .S/alul légal des femmes canadiennes^ par M“^® H.-E. Edwards. Les détails relatifs aux conditions électorales ont été obligeamment fournies par le secrétaire de la Haute Commission de l’Union de l’Afrique du Sud. Le gouverneur du Honduras Britannique envoya les rensei-
gnements sur les droits municipaux à Belise. Le secrétaire delà municipalité de Rangoon fît parvenir les règlements électoraux de sa ville et la liste officielle des électeurs sur laquelle se trouvent les noms des femmes. L’office indien, à Londres, indiqua la non-restriction sur le vote des femmes à Bombay et Buimah. Les détails sur l’Inde, Burmah, Java et la Chine, sauf ceux relatés d’autre part, proviennent des informations recueillies sur place par Chapman Catt durant son voyage dans ces pays. Les
faits relatifs à l’Angleterre, l’Irlande et l’Ecosse, viennent de sources nombreuses, mais je dois plus particulièrement des remercîments à la Société pour l’administration municipale des femmes, et à sa secrétaire, miss Kilgour, qui donna des critiques et des avis importants ; l’association irlandaise pour le suffrage et l’administration municipale des femmes, le Conseil du Comté de Londres, le ministère écossais de l’instruction, l’Office écossais, le Secrétaire de la ville d’Edimbourg, le Secrétaire du Comté de Midlothian, la Ligue chrétienne pour le suffrage des femmes, et le Conseiller Eleanor Rathbonne de Liverpool. \JAnnuaire de VHomme d^Elal^ 1912, a fourni le chiffre de la population de la plupart des pays, et il a été une source inépuisable de renseignements sur les constitutions existant dans les divers états. Les autres livres consultés sont indiqués â la fin de cet ouvrage.
L’historique de la lutte pour le suffrage a des points de similitude dans les contrées de l’ouest, où les femmes ont été rarement exclues d’une façon explicite par la Constitution. Les lois, la plupart du temps, emploient des termes généraux. Custon, seul, les exclut. Aussitôt qu’elles ont eu conscience de ce fait, elles on attaqué devant les tribunaux la loi qui les excluait. Dans les Etats-Unis d’Amérique, en Angleterre, en Hollande, en Italie, en Portugal, en France, elles ont sollicité une interprétation intelligemment élargie de la loi, mais sans succès, excepté au Portugal, et même là, les femmes n’ont pas pu bénéficier d’une décision favorable. En Allemagne, en Autriche, et en Russie, les femmes exercent encore un ancien droit de suffrage basé sur la propriété, mais qu’elles ne peuvent exercer que par procuration.
Maintenant le progrès devient mondial. Non seulement les femmes des contrées de l’ouest demandent leurs droits de citoyennes, mais les femmes de l’est ont senti la nécessité de l’affranchissement politique. Déjà en Chine, des femmes ont voté pour une assemblée provinciale, et certaines ont été élues. A Burmah et Bombay, les femmes jouissent de la franchise muni-
cîpale, droit encore dénié à leurs sœurs de Pouest des nations latines, germaniques et slaves.
En additionnant les droits déjà acquis, soit pour le Parlement, soit pour les élections municipales, en retranchant du compte les droits extrêmements- limités dont jouissent les femmes en Russie, en Allemagne, en Autriche et en Bohême, les droits des femmes de Java et de Pîle de Man, les résultats suivants sont atteints.
Le droit de vote pour les élections municipales a été donné aux femmes par 39 états (11 durant ce siècle) dont 32 sont des pays de langue anglaise, 5 pays Scandinaves et 2 asiatiques. Le droit d’éligibilité aux conseils municipaux a été accordé par 18 états (13 pendant ce siècle) dont 14 sont des pays de langue anglaise et 4 pays Scandinaves. Le droit de vote pour les élections parlementaires existe dans 19 états (12 depuis 1900) dont 17 sont des pays de langue anglaise et 2 pays Scandinaves. Le droit d’éligibilité au Parlement a été reconnu par 15 états (8 durant ce siècle) dont 13 sont des pays de langue anglaise et 2 pays Scandinaves. Dans les Etats-Unis les droits d’électorat et d’éligibilité pour le parlement de l’Etat apportent avec eux les droits correspondants pour le parlement fédéral. En Australie les femmes ont obtenu le droit de vote et l’éligibilité au parlement fédéral, en plus des droits qu’elles avaient obtenu pour les parlements spéciaux des états (Voir table des dates du Suffrage des femmes).
Il est à remarquer que, dans la plupart des états, la propriété est surtout dans la main des hommes. Aussi, lorsque le suffrage est basé sur le paiement de l’impôt (comme pour les conseils municipaux de la plupart des colonies britanniques et du Royaume-Uni lui-même), il y a relativement peu de femmes capables de remplir les conditions exigées, excepté dans les pays où l’impôt payé par le mari qualifie en même temps sa femme. Cela a aussi pour effet de limiter le choix des femmes candidates quand la condition d’électeur est exigible pour l’éligibilité.
Aussi bien, les contrées les plus arriérées politiquement, commencent cependant à montrer des signes de progrès. En Suisse, le suffrage pour les Conseils paroissiaux et les Commissions professionnelles, commence à être accordé dans quelques cantons. En France, les femmes votent pour les tribunaux de commerce et les conseils de prud’hommes ; elles sont éligibles à ces derniers. En Belgique, les femmes sont électrices pour les conseils de prud’hommes. En Allemagne, les femmes ont récemment obtenu le droit de former des Associations politiques, ce que n’ont pas encore les femmes autrichiennes.
L^affranchissement des femmes est de si récente date dans la plupart des pays suffragistes, qu’il n’est pas possible d’en indiquer les effets. Je pense que le résultat pratique le plus important de la reconnaissance du droit de citoyen aux femmes, consiste dans le changement d’opinion de la nation toute entière, en ce qu’elle a reconnu légalement l’importance de leur avis dans la direction des affaires publiques. La liste des lois relatives à la situation des femmes et des enfants dans les quatre états d’Amérique affranchis avant 1894 (voir plus loin : Wyoming), indique la tendance à établir une législation qui traite la femme comme une personnalité, et non pas comme une machine chargée seulement d’assurer l’avenir de la race et l’éducation des enfants.
Il faut mentionner tout particulièrement les très intéressants rapports sur la Finlande, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ; les importantes statistiques sur les travaux parlementaires des députées finlandaises ; les résolutions des parlements du Wyoming, du Colorado, et de la Fédération Australienne ; le tableau des statistiques sanitaires internationales que le lecteur trouvera au chapitre de l’Australie. Le résumé des dates auxquelles les diflerentes sortes de suffrage furent accordées aux femmes, est publié au commencement de ce livre, dans le « Tableau des Dates du suffrage des femmes ».
Nous nous sommes efforcées de ne donner que des renseignements exacts, mais il est inévitable que des erreurs se soient glissées dans notre travail. Nous comptons sur le concours des amis du suffrage des femmes dans tous les pays pour nous envoyer leurs critiques et leurs corrections.
Chrystal MACMILLAN.
Edinbourg, Ecosse. 26 Mai 1913.
Tableau des Dates du Suffrage des Femmes