SCÈNE XII
Les PBêcÉDEsrs, ALVAREZ.
Maman ne mourra pas!... Ah : qui: ja l'umbrii-se...
Croyant a un duel et roulant le prévenir au prix do sa vie, elle aura imaginé du donner a sa mort les apparences d'un accident qui empêchât de rien dire sur mon honneur... Le sien, devant moi, est dans son repentir; devant le monde, il sera dans ma ruine et ma pauvreté.
Ce dénoùment était peut-être moins rapide que celui qui a élê préféré, mais c'était un dénoùment qui laissait subsister dans toute leur dignité et dans toute
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leur vérité les trois caractères de Matbilde, de Diimonl et d'Alvarez. Il ne les faussait pas, il ne les tronquait pas.
Échirè, Dumont pouvait pardonner et pardonnait.
11 s punissait pas sa femme comme une pensionnaire .j'on renvoie a ses parents.
11 ne se vengeait pas petitement d'une flétrissure tombée sur son honneur, dans un instant d'exaltation née d'un sentiment louable, il nu s'en Winmail pas par une flétrissure imprimée de sang-froid au caractère de sa femme qu'il se plaît à avilir aux yeux du inonde.
C'était le pardon mérité par le repentir et par un repentir sur la profondeur et la sincérité duquel il ne pouvait y avoir aucun doute.
Dumont, transforme en juge inexorable, ne jetait pas a la face de Mathildc et d'Alvarez ce non -sens aussi
i Parmi tous les châtiments que je pourrais vous imposer, j'ai ulioi-i le plus iiil'jraanî. Je von« condamne ton- d'en !t l'ingratitude. ■
■ Dumont ne s'exposait pas à ce qu'Alvarez, redressant sa ttîte, courbée non sous le poids du remords,
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mais sous le coup de l'humiliation, l'interpellât rudement en ces termes :
. Que parlei-vou* (l'mp'ntiiurteî QuW-cc que je vous uols 7 »
Si cette interpellation, découlant d'elle-même, êtail adressée à Dumont, que répondraït-ïl 7 que pourrait-il répondre? Que ferait-il de la parole d'honneur qu'il vient de donner si inconsidérément? Se ferait-il sauter la cervelle, ainsi qu'il vient de le jurer solennellement?
Quel dénoùmentl
Voici comment, de l'idéal, qui était le vrai, mon drame est tombé dans le banal, qui est le faux.
Maintenant, le public, que je ne saurais assez remercier de l'excès de sa bienveillance, et la critique, que j'oserai blâmer de l'excès de son indulgence, persisteront-ils à trouver que j'ai eu tort de ne pas nie laisser nommer?
Si le nom de mon élagueur, que j'ai vu presque naître, et qui était devenu l'un de mes amis, avait pu s'ajouter au mien, il n'y eût eu de ma part aucun refus de me laisser nommer, mais conjointement avec lui, car, la responsabilité se changeant en solidarité,
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chacun eût pris alors la part de ce qui lui appartenai :
tin paon muaii : un ^-.ù prit -un plumage,
fuis aprfrs se l'accommoda; Puis parmi d'autres pndris (mil li.'r «<\ p;i!i;ula.
Croyant être un licau personnage.
Quelqu'un le reconnut : Il se vil bafoué,
Berné, sifflé, moqui';, joué...
Entre le rôle de geai et le rôle do paon, j'ai préféré être le paon qui mue que le peai qui se panade. Eu itnne* plus simples, j'ai pi-s/lï-ré demeurer dans la vérité de mon rôle, de ma situation et de mon caractère.
Assurément je m th-th'ipnn pas le succès, maïs ce que je cherche d'ahord et avant lui , c'est le vrai, fidèle a ma devise empruntée à Dante : Ceramdo il vero.
Je crois qu'il y a dans les profondeurs du vrai, mais du vrai sans alliage et .suis placage, une foule tic situations nouvelle.- qui .-eraient «mine mment dramatiques, ai les auteurs avaient l'audace de les aborder et si les spectateurs cessaient d'avoir pour le théâtre une sévérité qu'ils n'ont pas pour leur miroir.
Une femme qui briserait le miroir indiscret qui aurait eu l'impertinence de lui dénoncer sop premier
Oigiiizfid D/Coog[
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cheveu blanc ou sa première ride, serait tenue, sous peine d'inconséquence, de briser tous les miroirs qui lui seraient présentés; mais où cela la ménerait-il? Cela empècherait-il les cheveux blancs et les rides?
Pourquoi donc celte peur du vrai, devenue si générait: tic noire temps, que si Molière reunis^r. p:;nni nous, il est douteux qu'il réussit a faire représenter le Tartufe, et plus douteux encore qu'il l'eu tendit ap-
Cepondrmt, si le théâtre peut exercer sur les mœurs et sur les idées d'une sodé té une influence utile, ce n'estqu'à la condition qu'il ne craindra pas de prendre la vérité corps à corps, au risque de commencer par blesser le public , ce souverain perverti par la crainlc exagérée de lui déplaire qui énerve tous ses courtisans.
Hais, si la vérité n'existe parmi nous que pour n'être dite a aucun tyran, quel qu'il soit et quelque nom qu'il porte, autant vaut qu'elle reste à pourrir au fond de son puits. L'hypocrisie ne s'en plaindra pas; elle cor, lin ne ru à pnru:r impunément et fièrement sur son front le diadème qu'elle a dérobé à la vertu ; In s en iliié persistera a s'appeler :u itevouemimt, et le succès se persuadera plusque jamais qu'il est le génie.
0 public si redouté, c'est toi, en définitive, qui souffres de la (erreur que tu causes aux auteurs dramatiques ; ils mettent tant de soin à te ménager, a te choyer, à te dorloter, qu'ils finissent par L'endormir et qu'ils ne savent plus comment te réveiller autrement que par le bruit et l'éclat de féeries telles que la Biche au bois. Ils te traitent eu enfant, ils te montrent de beaux décors, et cela te suffit. Ce que tu veux, c'est qu'on t'amuse. Tu semblés ne plus aller au spectacle que pour oublier et non pour penser.
Ne serait-il pas temps de réagir énergiquement contre cette somnolence orientale que l'usage du tabac n'a pas peu contribué à répandre et à accroître, et qu'il entretient!
Ne serait-il pas temps île mettre le public en face de lui-même et de l'obliger de se regarder et de se scruter T
11 n'y a pas un problème social qui ne renferme un sujet dramatique.
Dans cet ordre d'idées, que le Supplice (Cime, femme n'a pas même effleuré, il y a toute une veine puissante à exploiter.
D'une part, la vérité de convention me paraît épuisée.
D'autre part, ce qu'on nomme le réalisme n'est pas le vrai; il est l'exagération du vrai, il en est l'afféterie.
L'école réaliste, en prenant le nom d'école, s'est elle-même condamnée.
Le vrai n'a pas d'école. Il est simple. Il se rencontre, il ne s'imite pas. Dès qu'il est imité, il n'est plus le vrai.
Le vrai est double.
Le vrai est absolu, le vrai est relatif.
Le vrai selon la nature n'est pas le vrai selon la société, et réciproquement.
0n peut les mettre l'un et l'autre aux prises, et de cette lutte tirer de grands effets.
Hais il serait possible que le plus souvent la censure théâtrale ne le permît pas; aussi est-il prudent de s'en tenir au vrai relatif, mbe très -abondante encore, quoique moins profonde.
Je prends pour exemple le mariage.
Il y a le mariage dans la société telle qu'elle devrait être. Ce serait le vrai-absolu ; je le laisse à l'écart et je n'en parle pas.
Il va le mariage dans la société telle qu'elle est. Là, le vrai relatif peut être fouillé par l'auteur drama-
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lique jusqu'aux plus grandes profondeurs sans aucun péril ; car plus ou i • i ■ f ■ u 1 - |f [i [■<)!'!»' m m ju^;i]. t-l plus
on arrive a colle conclusion, que, hors la fidélité réciproque, il n'y a que complication inextricable d>'s Situations cl avili^cniL'iit inévitable des caractères. Ce qui a souvent gâte, au théâtre , cette démonstration, ce qui en a souvent lerni l'évidence, ce senties phrases îi effet, les phrases sonores et maladroites sous l'épaisseur desquelles la situation disparait pour ne plus laisser voir que l'auteur transformé en prédicateur hypocrite ou en avocat boursouflé.
Il s'est faufilé dans le Supplice d'une femme des phrases que j'avais relvain: liées el que je désavoue. Du ces phrases-la il ne s'en faufilera aucune dans le drame que j'hiillu'erai les 1)< ur Sieurs, si 1;l politique me laisse le loisir de i'écrire après que j'aurai fini le volume qui a pour sujet et pour titre : du Droit de punir.
Celte fois, moins défiant de moi-même et de mon inexpérience, le drame ne descendra pas de l'idéal.
Tel que je le comprends, l'idéal, c'est le vrai élevé à sa plus haute puissance, c'est le vrai élevé à la hauteur de l'idée.
EMILE DE G1RAHD1S.