‹ Le surintendant FoucquetChapitre 48 sur 69 · INVENTAIRE DE VAUX · texte numérisé non relu

INVENTAIRE DE VAUX

(Bibliothèque Nationale, mss. fr. 7620, f* 106.)

L'an mil six centz soixante un, le mardy treizîesme jour de septembre, nous Jean d'Estempes de Valencay et François de Vertamont, Conseillers ordinaires du Roy en ses conseilz d'Estat et privé direction et finances, Jacques Paget et Pierre d'Albertas aussy conseillers du Roy en ses conseilz, maistres des rcquestes ordinaires de son hostel, nous sommes transportez au lieu de Vaux le Vicomte, en vertu de la commission à nous donnée par sa Majesté en datte de ce jour... Pour estre proceddé par nous au recollement du scellé qui auroit esté mis et apposé audict lieu de Vaux et faire l'Inventaire des Meubles qui s'y treuveroient soubz ledict scellé, dont la teneur en suit :

Louis par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, a noz amez et féaux conseillers ordinaires en noz conseilz d'Estat et privé et direction de no*z finances, les sieurs d'Estampes de Valencay et de Vertamond, Et à noz amez et féaux conseillers en noz conseilz et maistres des requestes ordinaires de nostre hostel, les s*^ Paget et d'Albertas, Salut. Ayant faict arrester le s>^ Fouquet, cy-devant sur-intendant de nos finances, Vous sieurs Paget et d'Albertas auriez suivant nostre ordre verbal et commandement à vous donné, mis et apposé le scellé dès le VII" du présent moys sur tous et chacuns les lieux et chambres, coffres, meubles, papiers et autres choses qui se sont trouvées dans la maison et chasteau de Vaux le Vicomte prez Melun. Et dautant que nous desirons estre particulièrement informez et esclaircis de touttes et chacunes les choses qui se sont trouvées dans la maison et chasteau dudict Vaux, meubles et effects contenu soubz ledict celle. Nous vous avons commis et députtez, commettons et députions par ces présentes, pour vous transporter en ladicte maison et chasteau de Vaux pour recognoistre et lever les scellez qui y ont esté apposez avec les formalitez requises et nécessaires, faire la description et inventaire de tous et chacun les meubles, et autres choses qui se trouveront soubz ledict scellé, a cet effect recoller sy besoing est, la description sommaire desja faicte par vous nosdicts conseillers en nos conseilz et maistres des requestes ordinaires de nostre hostel, d'aucuns desdicts meubles vous faire représenter les mémoires et inventaires de ceux qui seront ez mains des concierges et gardes meubles dudict Chasteau ou autres qui s'en trouveront chargez, en faire aussy le recollement avec la description et inventaire de ceux non compris en iceux, pour cet effect faire procéder par bris et rupture des coffres, serreures armoires, chambres, cabinetz et autres que besoing sera, remettre tous les papiers que vous trouvères dans des cassettes ou coffres sans faire aucune description du contenu esdicts papiers, compter et faire compter les deniers que vous trouverez, iceux ensemble les bagues et pierreries, s'y aucune y a, remettre pareillement dans des coffres ou cassettes sur tous lesquels coffres et cassettes, armoires cabinetz, chambres et autres lieux vous remettrez et restablirez un scellé sur lequel vous commettrez les gardiens cy-devant commis par vous nosdictz maistres des requestes, ou autres que vous jugerez à propos, aux

sallaires desquels sera par nous pourveu. Et généralement faire pour l'exécution de la présente commission tout ce que vous jugerez estre à faire, Mandons à tous noz officiers qu'à vous ce faisant soit obéy nonobstant oppositions ou appositions quelconques et sans préjudice d'icelles, desquelles sy aucunes interviennent nous réservons la cognoissance à nostre personne, de ce faire vous donnons pouvoir, Car tel est nostre plaisir. Donné à Fontainebleau le XIII® jour de septembre Tan de grâce MVIc soixante un et de nostre reigne le dix neufiesme; Par le Roy signé... et scellé du grand sceau de cire jaune

Et LE LENDEMAIN QUATORZIESME dudict mois de septembre MVIc soixante un, six heures du matin, nous aurions esté en la Chambre où sont les coffres fortz, la vaisselle d'argent et autres meubles plus précieux. Et après que les dicts sieurs Paget et d'Albertas ont recogneu leurs sceaux sans aucune altération et qu*ilz les ont levez, nous commissaires susdicts avons faict faire ouverture par un serrurier de la porte de ladicte chambre où il y avoit un crampon de fer et au-dessous deux pattes aussy de fer avec un cadenat.

Et après que lesdicts sieurs Paget et d'Albertas ont veu que leurs sceaux qu'ils avoient apposé au devant des serrures de tous lesdicts coffre fortz, d'une armoire, et d'une cassette rouge qui sont en ladicte chambre et reconnu qu'ils estoient sans altération, ilz les auroient levez à mesure que l'ouverture en auroit esté faicte par ledict serrurier.

Et ayant premièrement faict ouvrir le coffre fort du nommé Bergeron * maistre maçon, lequel avoit esté trouvé dans son cabinet et cy-devant apporté en cette chambre par l'ordre desdicts sieurs Paget et d'Albertas suivant leur procès-verbal du sept du présent mois, et autres jours suivantz. Il ne se seroit trouvé dans iceluy que des papiers de diverses natures de despences faites par ledit Bergeron touchant les marchez et entreprises audict Vaux.

Dans le coffre fort qui estoit dans la cuisine dudict Bergeron, il ne sy est pareillement trouvé que des papiers qui sont de nulle consequance.

Dans le coffre qui estoit dans la ruelle du lict de la chambre du s** Courtois cappitaine de ce chasteau 3, il s'est trouvé un petit sacq de deux centz quarante trois pistolles d'or.

Plus cinq sacqz de louis blanc 3 de mil livres chascun, et, un sacq de cinq cens livres aussy d'argent blanc. Et dans ledict coffre, il y avoit au dessus desdicts sacqs quelques pièces de chaises de tapisserie que nous y avons laissez.

Dans le coffre de fer, nous y avons trouvé, ainsy qu'il est faict mention par le susdict procès-verbal, deux cassettes noires, une médiocrement grande, et une petite, desquelles n'ayant les clefs, nous les aurions faict ouvrir par ledict serrurier, et dans la plus grande nous y aurions trouvé :

Un sacq de mil louis d'or.

Plus une bourse de cuir en laquelle il y a cinq centz quatre vingtz seize louis d'or.

Plus une chaisne de quarante quatre petittes tables d'agates gravées avec quarante cinq petittes perles baroques, ladite chaisne estant d'or^.

Plus une autre de mesme qualité de cinquante pierres pareilles et cinquante perles.

Plus un petit portraict en mignature avec un tour de petits diamantz.

Plus une paire d'heures de veslin, in-seize escriptes à la main couvertes d'or à jour

I. Antoine Bergeron était « juré des massonneries du Roy ». 3. Voir plus bas, pages 87 et 96.

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