Cette traduction du Symbole d’Antioche est également dans
Par suite de quelles circonstances ces paroles furent-elles supprimées dans les Symboles postérieurs? Je n’ai pas ici à le rechercher; il me suffit de constater le fait. Qu’on ne dise pas que la doctrine de la rédemption est implicitement contenue dans l’article de « la rémission des péchés. » Ce serait là une erreur manifeste. Cet article fut introduit dans le Credo contre les novatiens, qui prétendaient dans leur rigorisme qu’il est des péchés que l’Église n’a pas le droit d’absoudre, je le prouverai plus loin. 11 s’agit par conséquent ici, non de la rédemption par Jésus-Christ, mais de la puissance que l’Église s’attribue de remettre toute espèce de péchés. On en a d’ailleurs une preuve indirecte dans ce fait que le Symbole des Apôtres des Constitutions apostoliques, après avoir dit que Jésus-Christ a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate et qu’il est mort pour notre rédemption, ne laisse pas de parler de la rémission des péchés par la sainte Église*. Les deux articles étaient donc
l’Appendice n“ 4. Il n’esl pas inutile d'ajouter que les Symboles des conciles œcuméniques de Nicée et de Constantinople font mention de la doctrine de la rédemption à peu près dans les mêmes termes que le Symbole copte et celui des Constitutions apostoliques. Aià xf.v T.jitTspav auTX.pCav xxT6>.5i;xa, est-il dit dans le Symbole de Nicée, et Tcÿ; à.ôftixcu; kzî ^là xastipav
ocurr.çlav naxiAftivTa, dans celui de Constantinople. De même dans le premier synode de Sirmium en 3ë1 : Si’ ïiai; ivasSpuitr.oavTx. Propler nos incarnalus, synode de Pliilippopolis en 347, etc.
4 . Il est tout à fait vraisemblable qu’il en était de mémo dans
distincts; l’un n’implique pns l’autre et ne le rend pas par conséquent superflu. L’article de la rémission des péchés se rapporte à toute autre chose qu’à la doctrine de la rédemption par Jésus-Christ.
Il faut ajouter maintenant que, si cette doctrine fondamentale du christianisme apostolique fut effacée du Credo, elle y fut successivement remplacée par d’autres doctrines qui n’ont aucune racine, ni dans l’enseignement de Jésu.s-Christ, ni dans celui des Apôtres. On n’y parle plus de la rédemption, mais on y déclare qu’on n’obtient le salut que dans l’Église et par l’Église; et plus tard on y inséra un article relatif au purgatoire et un autre touchant les mérites et l’intercession des saints'.
Le Symbole des Apôtres n’est donc pas une image fidèle des croyances de l’Église primitive. Il passe sous silence plusieurs, des doctrines auxquelles les Apôtres attachaient la plus haute importance, et il en mentionne plusieurs autres qui leur avaient été complètement inconnues et qui ne prirent naissance
le Symbole des Apôtres en usage dans l’Église d’Antioclie; malheureusemetil Cassien n’en cite que les deux premières parties, et nous n’avons pas celle relative à l’Église.
<. Pour le sens dans lequel il faut prendre ces articles, voyez plus loin, 30 partie, chap. 3, g 2 et 3, el 4^ partie, chap. 2 et 4.
St LE SYMBOLE DES APOTRES
que dans les siècles suivants. C’est là un fait tellement manifeste, qu’il a été reconnu et avoué même dans des Églises où ce formulaire est officiellement admis comme une règle de foi. On en a la preuve dans la préface de l’Exposition du Credo, de Pearson.
« Celui qui explique le Credo, dit ce savant évêque anglican, n’a pas à discuter s’il contient tout ce qui est nécessaire ; il est seulement tenu à faire mention de ce qui y est, et non à s’enquérir de ce qui y manque. D’un autre côté, nous ne sommes forcé en aucune manière de déclarer si tout ce qui y est renfermé est d’une égale nécessité, d’une nécessité absolue ; il suffit au but du commentateur d’interpréter les mots et d’en bien établir le sens, de mettre en lumière la vérité qui en ressort, et de montrer la nécessité propre de chaque vérité, en en précisant le mode, le degré et l’intention *. »
Ce langage est plein de réserve, sans doute ; mais Pearson en dit assez pour donner à entendre, sans qu’on puisse s’y méprendre, qu’à ses yeux le Symbole des Apôtres ne contient pas toutes les vérités chrétiennes et que tout ce qui y est mentionné n’est pas d’une nécessité absolue pour la foi, ou, en
t. l'earson, Jn Expoiitiou of Ote creed, tidil. de Glasgow,
d’autres termes, n’est pas exactement conforme au christianisme évangélique.
Comment un formulaire si peu conforme à l’enseignement apostolique a-t-il donc pu être désigné par le nom de Symbole des Apôtres ? On se l’expliqitera sans peine, si l’on considère qu’à partir du milieu du second siècle, l’Église, par opposition aux dissidents de tous genres qui la combattaient, n’a jamais cessé d’affirmer qu’elle tenait ses croyances des Apôtres, comme ceux-ci les tenaient de Jésus-Christ *. Tout ce qu’elle enseignait était, à ce qu’elle assurait, d’origine apostolique. Le Symbole, qui était bien en un certain sens le résumé de ses croyances, ne pouvait venir d’autre part. De l’opinion que les doctrines.qui y sont enseignées étaient apostoliques, à la légende qu’il avait été rédigé par les Apôtres eux-mèmes, la transition était facile, inévitable même, à une époque où tout se traduisait en faits concrets. « On était persuadé, dit Néander, qüe la doctrine exposée dans cette confession de foi dérivait de la tradition des Apôtres, que c’était celle qu’ils avaient annoncée de vive voix et par écrit, sans croire toutefois qu’ils eussent
t. t La vérité, dit Tertulli^n, no peut se trouver que du côté de ceux qui suivent religieusement la règle de foi donnée à l'Église par les Apôtres, aux Apôtres par Jésus-Christ, à Jésus-Christ par Dieu lui-môine. » De frœtcript., § 3d.
Ai LF. SYMBOLE DES APOTRES
eux-mêmes arrêté le texte de ce formulaire. C’est dans ce sens qu’on le nommait la Prédication apostolique, KTip’jyp.* àxo(îTo).i)cov, la Tradition apostolique, napa^oiiî âiTO'ïTo)^tx-/i. Plus tard, ces expressions, mal entendues, donnèrent lieu à la fable que les Apôtres Tavaient composé textuellement*. »
L’illusion était d’ailleurs facile. Le Symbole des Apôtres s’était fornié peu à peu, dans l’intention de mieux préciser la véritable doctrine chrétienne. La formule primitive, dont il n’était qu’une sorte d’amplification, était réellement sortie de l’enseignement de Jésus-Christ; elle avait été transmise par les Apôtres. Cette formule servait de profession de foi aux néophytes au moment de leur baptême; les additions qu’on y fit n’en changèrent ni l’emploi ni le caractère, et l’on continua toujours de dire du formulaire qui servait de profession de foi à ceux qui recevaient le baptême, ce qu’on disait de la formule primitive qui servait au même usage, qu’il venait des Apôtres.
Ce serait une complète erreur de croire que ceux qui, au quatrième siècle ou aux siècles suivants, regardaient le Symbole des Apôtres comme un résumé de la foi chrétienne, eussent conscience das différences qui le séparaient du christianisme primitif. Le christianisme était pour eux ce qui était ensei-
t. Néander, AUgem. Gesch. der christl. Religion, l. I, p. .354.
gné dans ce formulaire ; à leurs yeux , il n’y avait eu dans l’enseignement de Jésus-Christ et des Apôtres ni plus ni moins qu’il y avait dans le Credo. La critique historique constate aujourd’hui combien leur erreur était profonde; mais cette erreur, ils ne pouvaient l’apercevoir. Les croyants de tous les temps sont sous le coup d’une illusion analogue^ Quelles que soient les doctrines qu’ils admettent, ils sont persuadés que Jésus-Christ et les Apôtres les ont enseignées, et c’est précisément par suite de cette persuasion qu’ils les admettent.