Origène, De Jetu N ave homilia III
2. L’intenlion polémique se montre, sans qu'on puisse s’y méprendre, dans l’ancienne rédaction do cette partie du Symbole des Apôtres : Remissionem peccatorum et vilam æternam persanclam Ecclesiam. Cyprien, Opéra, p. 296. Celte partie se retrouve encore sous celte forme dans saint Augustin. Augustini Opéra, t. V, col. 4385, Sermo 295.
3. Cette quatrième partie se trouve pour la première foi» avec
i« LE SYMBOLE DES APOIHES
Pendant la persécution deDécius, des chrétiens, Cédant à la crainte des supplices, avaient eu la faiblesse de faire des actes d’idolâtrie, soit en offrant de l’encens aux images des divinités païennes, soit en prenant part aux banquets dans lesquels on mangeait les viandes provenant des sacrifices. D’autres plus heureux, quoique aussi coupables au fond, avaient pu éviter de prendre part à ces manifestations publiques, en obtenant des magistrats, par faveur ou par corruption, des billets qui les en dispensaient. Quand la persécution cessa sous Gallus, la plupart d’entre eux demandèrent de rentrer dans le sein de l’Église. On les y admit, après les avoir soumis à des pénitences proportionnées à leurs fautes. Des rigoristes, à la tête desquels était Novatius, s’élevèrent contre cette indulgence de l’Église, prétendant qu’il n’y avait pas de pénitence capable de laver le crime d’apostasie, et que ceux qui étaient tombés dans l’idolâtrie étaient exclus à jamais du nombre des fidèles, et indignes d’avoir part aux privilèges assurés aux chrétiens, c’est-àdire d’obtenir la rémission de leurs péchés et de posséder la vie éternelle. La sévérité de leurs prin-
deux de ses articles explicatifs dans saint Cyprien, le plus ardent et le plus célèbre des antagonistes des novatiens. On peut conjecturer de là que c’est de son temps qu'elle reçut ces additions et qu’elles furent provoquées par les troubles occasionnés par ce* sectaires.
cipes s’exaltant encore par l’opposition qu’elle rencontra, ils joignirent dans leurs anathèmés, à ceux qui avaient fait quelque acte d’idolâtrie, tous ceux qui étaient coupables de péchés capitaux, et même ceux qui contractaient des seconds mariages*.
Ce fut en partie pour rassurer les consciences, que le rigorisme mal entendu de ces farouches sectaires risquait de pousser au désespoir, qu’on ajouta au quatrième terme de la formule de la fin du deuxième siècle les articles de la rémission des péchés, de la résurrection de la chair et de la vie éternelle. Par ces articles explicatifs, on voulut enseigner que, contrairement aux assertions des novatiens, l’Église a reçu le pouvoir d’absoudre toute espèce de péché et d’ouvrir les portes du ciel à tous ses enfants, pôurvu qu’à sa voix, ils se repentent de leurs fautes.
J’appellerai, enfin, l’attention du lecteur sur une circonstance qui me parait fournir encore une
4. Les donalistes firent revivre plus lard ces principes sévères des novatiens, à l’occasion d'une ordination faite par un évéque accusé d'avoir livré aux païens, pendant la persécution de Dioclétien, les livres et les vases sacrés de son Église. Ils poussèrent au séparatisme, soutenant qu’ils constituaient seuls la véritable Église et que les sacrements conférés par d'autres que par eux étaient nuis et sans efficace.
preuve de l’intention polémique qui présida à la
formation du Symbole des Apôtres.
Tout le monde a sans doute remarqué que les quatre parties qui le composent ne sont pas également riches en articles explicatifs.
La troisième partie n’en a point. Elle est restée ce qu’elle était dans la formule primitive : « et au Saint-Esprit » *.
La première n’en a qu’un seul. On y déclare que le Père est le Créateur du ciel et de la terre.
La quatrième n’en avait que deux ou trois dans les Symboles de la fin du quatrième siècle.
La seconde est, à elle seule, aussi étendue que les trois autres ensemble.
Ces différences sont-elles un effet du hasard? On ne saurait le croire. On s’explique très-bien que, dans une profession de foi chrétienne, la partie relative à Jésus-Christ occupe la plus grande place. Mais la partie relative au Père, si importante en elle -môme, n’est -elle pas bien brève?
4. Je ne parle ici que du Symbole des Apôtres définitif et de ceux qui l’ont immédiatement précédé dans l'Occident, c’est àdire de celui de Rome et de celui d’Aquilée dont Rufin fait mention, et de celui qui était usité en Afrique à la fin du quatrième siècle et qu’on trouve dans les sermons De Symbolo de saint Augustin. Les Symboles de la fin du troisième siècle et du commencement du quatrième présentent au contraire des développements relativement considérables sur l’article du Saint-Esprit. Pourquoi y avaient-ils été introduits, et surtout pourquoi furentils ensuite mis de côté? J’aurai plus loin occasion de l’examiner.
LE SYMBOLE DES APOTRES Tout est-il dit sur Dieu, quand on l’a présenté comme le Créateur de tout ce qui existe? La doctrine du Saint-Esprit est d’une si grande importance dans le christianisme, elle offre des difficultés si nombreuses et si graves, qu’on s’étonne de la voir seulement énoncée et privée de toute explication, dans un formulaire qu’on donne pour un résumé des croyances chrétiennes. Que diro enfin de la quatrième partie, qui aurait, ce semble, demandé des explications différentes de celles qu’on y trouve, et moins en désaccord avec l’enseignement de Jésus-Christ et des Apôtres?
Tout s’explique cependant, dès qu’on prend le Symbole des Apôtres pour une protestation contre les hérésies du deuxième et du troisième siècle, au nom et au point de vue de l’Église de cette époque. On comprend alors que chaque partie ait reçu, non le développement qui convenait à la doctrine à laquelle elle est consacrée, mais celui que réclamaient les circonstances et les besoins du moment, et qu’elle se trouve en rapport direct avec le nombre et l’importance des questions soulevées et controversées, pendant ces deux siècles, sur le sujet particulier dont il y est parlé.
La partie relative au Saint-Esprit n’a point d’articles explicatifs; c’est tout naturel : dans les trois premiers siècles, il n’y eut point de discussions sé-
m LE SYMBOLE DES APOTRES
rieuses sur cette doctrine. Il n’y avait pas d’hérésie à combattre, point d’erreur à signaler sur ce terme de l’ancienne formule; par conséquent il fut inutile d’y ajouter quelque article explicatif. On crut même convenable de retrancher les détails, au fond de peu d’importance, dont on l’avait fait suivre dans les premiers Symboles des Apôtres.
Sur la doctrine du Père, il n’y eut pas d’autre dissentiment, pendant cette période, que celui qui porta sur la création. C’est ce point seul qu’il fut nécessaire de préciser dans le Symbole des Apôtres.
L’Église ne rencontra d’adversaires, sur le terrain chrétien, que parmi les gnostiques qui en niaient la légitimité, et plus tard parmi les novatiens et les donatistes qui prétendaient en limiter la puissance. Contre les premiers, elle dut affirmer qu’elle seule était en possession de la tradition apostolique, en ajoutant à la formule primitive ce terme : « la sainte Église » , et contre les seconds, qu’elle avait le droit de remettre les péchés et d’ouvrir les portes du ciel, en ajoutant à ce nouveau terme deux articles explicatifs.
La doctrine du Fils reçut de plus longues explications : à cause de son importance? pas précisément, mais à cause des nombreux débats dont elle fut l’objet. On sait quels orages elle souleva au deuxième et au troisième siècle. Il s’éleva, sur la question de la nature de Jésus-Christ, un nombre
infini d’opinions divergentes, par conséquent des hérésies sans fin. L’Église se trouva dans la nécessité de mettre les fidèles en garde contre ces théories erronées, et par conséquent de donner à cette partie du Credo des développements bien autrement considérables qu’aux trois autres.
Résumons maintenant cette discussion des origines du Symbole des Apôtres, et tirons-en une conclusion générale.
1° Ce formulaire n’existait pas avant le moment où l’Église catholique, commençant à peine à s’organiser, vit son existence menacée par les hérésies d’abord et bientôt après par les schismes.
2° Destiné dans le principe à indiquer aux fidèles dans quel sens l’Église résolvait les questions controversées, et à faire engager les catéchumènes à ne pas les entendre autrement, et par conséquent à ne pactiser ni avec les hérétiques ni avec les schismatiques, il fut formé de la formule qui avait auparavant servi de profession de foi à ceux qui allaient recevoir le baptême, et d’un certain nombre d’articles qui devaient expliquer cette formule, ou pour mieux dire en fixer la signification, et qui furent empruntés aux règles de foi de la
seconde moitié du deuxième siècle et du commencement du troisième, principalement à celle du traité de Tertullien De velandis virginibus.
3° Tous ees articles explicatifs, bien entendu dans les anciens Symboles, c’est-à-dire dans ceux qui sont antérieurs au commencement du sixième siècle, se rapportent aux points controversés entre l’Église d’un côté, et les hérétiques et les schismatiques du second et du troisième siècle de l’autre. Ce formulaire n’en contient pas un seul qui soit relatif à celles des doctrines qui ne soulevèrent pas des discussions entre les orthodoxes et les dissidents.
4° Enfin, chaque partie du Symbole des Apôtres se trouve d’autant plus développée qu’elle a trait à un sujet plus longuement et plus vivement controversé à cette époque.
Que conclure de cet ensemble de faits, sinon que le Symbole des Apôtres est non un résumé des croyances chrétiennes, mais une pièce de polémique contre les hérésies et les schismes des premiers siècles, et qu’il s’est formé par un développement successif de la formule qui servit primitivement de profession de foi aux néophytes, à mesure qu’il devenait nécessaire de prémunir les catéchumènes, et par suite tous les membres de l’Église, contre les explications que des sectes rivales donnaient du christianisme.