‹ Le SymbolismeChapitre 1 sur 175 · VICTOR PALMÉ, LIBRAIRE-ÉDITEUR · texte numérisé non relu

VICTOR PALMÉ, LIBRAIRE-ÉDITEUR

25, rue de Grenelle-Saint-Germain

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Ce que louche notre main est une figure des choses intellectuelles, et les exemples matériels empruntés à l'ordre des choses physiques fournissent souvent une démonstration très-évidente des choses spirituelles... Il faut donc du monde des corps, comme d'une image très-claire, remonter aux régions spirituelles.

(S. GTBILLI \LV.X.,lnJoan.,\.. VI, 1. Il, c. 1, p. 203. — In Oseam, t. IV, c. X\X, p. 98.)

Dans la préface du Christ de la Tradition, nous avions ainsi formulé un désir qui était depuis longtemps au fond de notre cœur :

« Xous espérons publier quelque jour un petit travail, <»ù nous démontrerons par 1»'> considérations théoriques et par Le témoignage des plus grands écrivains, que la comparaison est le langage, non-seulement le plus naturel, mais le plus phil<^opfii<iue des intelligences unies à des organes. A notre avis, une des

causes qui a le plus contribué à la métaphy-

sique, en l'entouranl de nébulosités, a été précisément L'ojibli de cette maxime fondamentale. Les auteurs inspirés, les Pères de l'Église, les grands mystiqu et les grands philosophes, sont la meilleure preuve de la pensée que nous formulons en ce moment : comparaisons sont fraîches et nombi dans leu

écrits comme les fleurs de la prairie. Combien d'aul auteurs sont obscurs, compassés, subtil-, géométriques et semblables à des montagnes arides! Leurs idées sont comme les rayons d'un soleil d'hiver; c'est une lumière qui glace et dessèche les âmes en les refroidissant. Ils ne connaissent pas cette sève qui circule partout dans la création.

« La création est, en effet, l'image et le reflet de la vie universelle. C'est le livre de Dieu, livre immense où la vie déborde partout : les idées immatérielles y sont incrustées comme des hiéroglyphes divins sur chaque pierre du chemin ; chaque fleur est une parole, chaque objet visible est un écho, et l'univers tout entier est le poëme de Dieu. — Telle est l'origine de la comparaison : c'est la science des rapports qui unissent les deux mondes, c'est la compréhension intuitive de la littérature de Dieu; et comme cette littérature est toujours claire, fraîche, lumineuse, vivante, il en résulte que le langage figuré a la simplicité, la richesse, la l'raî-

INTRODl CTION.

cheuretla vérité de la création, lorsqu'il est convenablement employé, el que l'écrivain saisit, d'un coup d'œil juste et rapide, - * - mystérieuses harmonies. — Le génie n'est autre chose qu'une plus parfaite int ligence de cette musique universelle de tous U ■ et de la corrélation (jui t'ait des différentes parties de l'univers nmimc une série de zqiiq concentriqm dont l'une ne peut se mouvoir sans faire réson l'autre. Le vrai génie ne pas a inventer, m

plutôt à savoirentendre, pn ■-< ni ir, drMiicr ri rend] sous une fi atinuelles relations

et ces m- 1 veilleur aj \ ords.

« Les œuvres de la nature, dil un philosophe allemand, si ut toujours comme une parole de Dieu fraî-

chemenl exprimée la nature est un livre qui con-

tienl des révélations prodigieuses, immenses toute

chose est écrite quelque part, il s'agit seulement de la trouver1.» -—Plus tard, nous espérons présenter la doctrine des Pères sur cet important sujet : aujourd'hui nous concluons seulemenl avec < trigène : « Celui qui a tout fait avec e a formé chaque créature

visible, en déposant en elle un enseignement et une lumière sur les choses invisibles ri divines, afin que l'âme pût s'élever ainsi à l'int< ice des'questii -

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'■>, éd. Charpentier.

i LE SYMBOLISME.

spirituelles... les êtres corporels servenl aui usag

matériels de l'homme, mais Dieu, en les créant, a mis en eux les formes et les images dn monde invisible,

H rame peut ainsi s'instruire et contempler les vérités divines1. » — La puissance et les droits de la comparaison reposent sur ces données aussi chrétiennes que profondément philosophiques : nous n'insistons

pas davantage sur une question qui semblerait, au premier coup d'oeil, simplement littéraire, et qui touche cependant à ce qu'il y a de plus élevé dans la théologie.»

Depuis l'impression de ces lignes, nous avons coordonné les notes et les observations réunies pendant de longues années, sur le symbolisme; nous avons essayé, selon la mesure de nos forces, de les déve-

1. Quia ergo impossibile est homini in carne viventi agnoscere aliquiddeoceultiset invisibilibus, nisi imaginem aliquam et similitudinem conceperit de visibilibus; ob hoc arbitror, quod ille qui omnia in sapientia fecit, ita creavit unamquamque visibilium speciem in terris, ut in his doctrinam quamdam et agnitionem rerum invisibilium et cœlestium poneret; quo per hœc ascenderetmenshumana ad spiritalem intclligentiam, et rerum causas in cœlestibus quœreret, ut posset edocta per sapientiam Dei etiam ipsa dicere : Quœ in occulto sunt, et quœ in manifesto, cognovi... Ita etiam in reliquis, vel seminibus, vel virgultis, \cl herbarum radicibus, vel etiam in animantibus intelligi potest; ut usum quidem et ministerium honiinibus prœbeant corporale, habeant autem incorporalium rerum formas et imagines, quibus doceri anima possit, et instrui ad conteniplanda etiam ea quœ sunt invisibilia et cœlestia. (Origène, t. III, p. 173-174, 1. III, in Cantica.)

lopper, d'en faire un corps de doctrine, et c'est ce petit travail que nous offrons aujourd'hui au public.

Le symbolisme tel qu'il est entendu par les Pères et par les Docteurs de l'Ku 4 une science admi-

rable, qui jette un jour merveilleux sur la connaissance de Dieu et du monde créé, Bur les relations du Créateur a\ee son œuvre, sur les rapports harmoniques qui anissenl ensemble toutes les parties de ce vaste univers. Le symbolisme est la clef de la haute théologie, de la mystique, de La philosophie, de la poésie et de l'esthétique : il nous révèle le secret de la formation des langues, et les mystères caches sous les expressions les plus vulgaires.

Qu'est-ce que le symbolisme? La racine grecque de ce mot est oop&ftta , qui signifie pressentir, lier ensemble , rapprocher, confronter , comparer '. — Ces diverses significations renferment toutes les nuances de pensées que nous groupons autour de cette expression, le symbolisme.

Le symbolisme est, dans une limite déterminée, la gçiesge des rapports, qui unissent Dieu et la création, Le monde naturel et Le monde surnaturel : La science des harmonies qui existent entre les différentes parties de L'univers, et constituent un touVmerveil-

1. Y. Le Thésaurus limjuœ ijrirctv, d'Henri Etienne, Ed. Didot, t. VU, p. 1045-10-18.

(i F.K SYMBOLISME.

leux, dont chaque fragment suppose l'autre, dont chaque sphère esl pour l'autre, el réciproquement, un centre de clartés, un foyer de lumineuse doctrine. En ajoutant à notre définition ces paroles, dans un''

limite déterminée, nous croyons ré] dre d'avanceà

l'objection qui pourrait nous être faite, et que nous formulons ainsi: l<i symbolisme n'est c< lanl point la science universelle des rapports de Dieu de sos créatures, el des créatures entre elles. — Rien ne serait plus juste que cette observation : aussi no restreignons le sens de notre pensée, et la suite de cette introduction, en fera naturellement comprendre les limites.

Un jeune philosophe, trop tôt enlevé à ses amis, et dont la hante et chrétienne intelligence avait un tact particulier pour saisir les analogies des mondes visibles et invisibles, Alfred Tonnelle disait : « Il est incontestable que les objets matériels et inanimés nous présentent et nous rappellent des idées morales par leur forme, leur disposition, par tous les accidents de leur apparence extérieure. Ils sont hardis ou timides, élevés ou gracieux, etc., et même quand nous les considérons sous l'empire d'une préoccupation morale, c'est toujours de cette façon qu'ils nous apparaissent et nous frappent, et jamais en eux-mêmes et avec leur nature propre.

« Nous a --ocions à notre vie tout ce qui nous entoure. L'Ame vivement émue fait déborder son émotion sur Les objets extérieurs, qui la lui renvoient ensuite de toutes parts, C'est ce que l'art sait rendre; il lait tout concourir à exprimer L'idée qu'il veut manifester, et se sert de cette faculté qu'onl Les objets d'éveiller en nous des idées morales1.» — a Ainsi L'esprit saisil naturellement des analogies, des harmonies secrètes, mais réelles, entre Les objets extérieurs et les mouvements de L'âme, harmonies que L'art a pour mission de faire ressortir *. » — «Comment Les objets d'art Doua donnent-ils ces perceptions de L'ordre le pins élevé et le ])lns immatériel avec Lequel ils n'ont par euxmêmes aucune analogie, si oc n'est que leurs Eonnes ont une certaine faculté de devenir, boub l'action de L'esprit, symboles d a morales d'har-

monie, d'ordre, de proportion, de rhythms idéal, al>sirait, divin? La beauté de la Corme est là plus qu'ailleurs dégagée de tout élément matériel, »

a D'où vient que certaines formes sont belles? De ce que mais avons la faculté d'y attacher naturellement une idée de beauté; car nous sentons bien que cette beauté que non- concevons est indépendante de La forme qui L'exprime et d'une autre nature

i. fragments sur l'art et la philosophie, # édit. p. 1 1 1. Jbid., p. 130.

qu'elle. Mais d'où \ient que ces idées immatérielles

de beauté s'incarnent dans un élément sensible, et nous viennent des choses sensibles et par elles ; Ce n'est qu'un cas particulier de ce mystère de l'union de la matière et de l'esprit, de leur action réciproque. Gomment peuvent-ils être exprimés l'un par l'autre ? Gomment la matière peut-elle présenter l'idée (à notre esprit immatériel? Gomment cet esprit immatériel, pour entrer en rapport avec l'idée, a-t-il besoin de l'intermédiaire des sens? Ame et corps, langue et art, partout la môme question. C'est un fait qu'il faut accepter. Nous en savons l'existence, mais non le pourquoi, ni le comment \ »

Nous ne saurions admettre, au moins dans son expression absolue, cette dernière pensée. La philosophie chrétienne explique le pourquoi et le comment de ces relations entre le monde matériel et le monde spirituel. Sans doute, elle ne lève pas tous les voiles, elle ne fait pas comprendre tous les mystères : car ici-bas nous ne savons le tout de rien : mais du moins elle insinue, elle fait pressentir, elle donne à l'intelligence et au cœur une lumière suffisante, en attendant le grand jour des révélations.

Nous serions heureux de jeter quelque lumière sur

\. Fragments sur Vart, 2e édit. p. 131-13-2.

cette importante question , en offrant à nos lecteurs un résumé, quelque impartait qu'il soit, de la tradition chrétienne. D'autres plus intelligents achèveront cette esquisse : ce sera peut-être une œuvre utile d'indiquer la voie. Plusieurs travaui de détail ont été composés, en ces derniers temps, sur le symbolisme : on <in trouvera de nombreuses el intéressantes applications dans Le Spicilége de son Éminence le Cardinal Pitra, et dans V Étude sur le Symbolisme par Rigr l'évêque de Garcassonne. Notre but principal est moins d'entrer dans les détails, que de donner laSynthèse des vues partielles, et de ramener L'étude des faits et des phénomènes extérieurs à des principes généraux, à une ordonnance logique.

Nous partagerons ce travail en cinq grandes divisions dont le développement fera comprendre la pensée : 1° Raisons philosophiques et théologiques du symbolisme; 2° Opinion des Pères, des théologiens, des philosophes sur ce sujet; 3° Étude spéciale sur la comparaison et les fables ; 4° Les langues dans leurs rapports avec le symbolisme: 5° L'ordre surnaturel.

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