‹ Le Syndicalisme en EspagneChapitre 36 sur 47 · TITRE SECOND · texte numérisé non relu

TITRE SECOND

Moyens.

ART. 2. — J; Union Générale des Travailleurs d'Es-

pagne se propose de parvenir à ses fins, en ayant recours à la grève bien organisée et en obtenant des Pouvoirs publics le vote des lois favorables aux intérêts du travail comme la journée légale de huit heures, la fixation d’un salaire minimum, l'égalité de salaires pour les travailleurs des deux sexes, ete.

Par son «objet » et par ses « moyens », l'U.G.T. prenait, dès l’origine, nettement position contre la

C.N.T. Elle ne devait, d’ailleurs, se départir qu’une seule fois de ‘cette attitude, dans les dernières années de la guerre et de l’après-guerre; en effet, la répression sévère qui à alors suivi les grandes manifestations sociales à eu pour résultat d'amener un rapprochement entre l’U.G.T. et la C.N.T. Les négociations en vue d’une entente, qui s'étaient poursuivies pendant trois années, aboutirent, en 1920, à la conclusion d’un pacte d'alliance ainsi conçu (traduction lttérale) :

« Des délégués de la Confédération Nationale du Travail et de l’Union Générale des Travailleurs, réunis à la maison du peuple de Madrid, ont décidé d'un pacte de circonstance englobant toutes les forces composant les deux organisations ouvrières en vue de faire front à la situation réactionnaire et répressive que les éléments politiques et patronaux viennent de créer en Espagne.

« Les conditions et les raisons de cet accord entre toutes les forces organisées de la nation seront exposées dans un manifeste, qui demain sera adressé à la classe ouvrière et à l’opinion publique * » (2 septembre 1920).

Ce pacte fut de courte durée, car il fut dénoncé la même année, en suite de la grève générale proclamée par la Confédération Générale du Travail et que l'Union Générale désapprouva.

Par contre, l'U.G.T. faisait immédiatement cause conimune avec le parti socialiste qui avait présidé à sa naissance; cette union intime s’est affirmée, d'ailleurs, en la personne de Pablo Iglesias

1. Effectivement, (ce manifeste, dont les termes ‘furent approuvés sans débat par les délégués, fut lancé le 3 sep-

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tembre.

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qui, jusqu'à sa mort, a présidé l’une et l’autre. M. Besteiro, qui lui a succédé, a également cumulé les deux fonctions jusqu'à une date relativement récente. Sans doute, U.G.T. et parti socialiste possèdent-ils chacun une organisation administrative distincte; il n’en reste pas moins qu’en dehors même de leur communauté de présidence, ils sont si intimement unis et en rapport si fréquents qu'il li est pas rare d'entendre appliquer à l’un l’appellation de l’autre. Nous signalons notamment qu'aux termes mêmes des statuts, tout memhre du parti socialiste doit adhérer à l’Union; pour ceux qui, par leur profession, ne peuvent faire partie d’un syndicat déterminé (médecins, avocats, hommes de lettres par exemple), ils devront s'inscrire au « syndicat des professions diverses ». À contrario, tous les dirigeants de l’Union, bien que n’y étant tenus par aucun texte, appartiennent, en fait, au parti socialiste. En outre, dans les villes de provinces, la « Casa del Pueblo » (maison du peuple ou bourse du travail) est commune aux deux organisations; les secrétaires de syndicats sont les élus du parti, les bulletins sont communs, les tournées de propagande sont indifféremment faites par les uns ou les autres, sinon par les deux ensemble.

Cette collaboration intime avec le parti socialiste n’était pas faite pour apaiser la haine que les anarchosyndicalistes de la C.N.T. nourrissaient contre l'U.G.T. Aussi, les dirigeants de cette dernière agirent-ils sagement lorsque, à son quatrième congrès, tenu à Madrid en 1899, ils décidèrent de transférer dans cette dernière ville le siège de FÜnion, qui jusque-là était resté fixé à Barcelone, refuge de l'anarchie. A cette époque, l'U.G.T.

comptait déjà soixante-cinq associations représentant 15.264 adhérents.

La tactique prudente et réservée adoptée dès le début par l'U.G.T. et sa tendance nettement réformiste en face de la tendance révolutionnaire de la C.N.T. fui ont valu la tolérance de la part des pouvoirs publics et la confiance d’un nombre toujours croissant de travailleurs. Le tableau suivant montre, mieux que ne le feraient de longs commentaires, les progrès constants de ses effectifs :

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