‹ Le syndicalisme européenChapitre 9 sur 9 · I9IO · texte numérisé non relu

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Les recettes par tête passaient de 38 francs en 1907 à 5i fr. 25 en 191 1 ; les dépenses de 3o fr. 65 à ^8 francs ; l'avoir de 26 fr. 70 à U fr. 35.

Les cotisations, que paient les syndiqués norvégiens à leurs fédérations, se révèlent donc élevées ; elles comptent même parmi les plus lourdes qui soient au monde. 2,66 pour 100 des travailleurs organisés versaient, en 1911, moins de 20 francs par an ; 2,11 pour 100 de 20 à 3o francs ; 10, 3i pour 100 de 3oà 4o francs; 42,06 pour 100 de 4o à 5o francs ; 9,92 pour 100 de 5o à 70 francs ; 12,22 pour 100 de 70 à 85 francs ; 17,90 pour 100 de io5 à 11 o francs ; et 2,82 pour 100 de ii5 à i25 francs.

Les revenus les plus considérables, en 191 1, ont été ceux des fédérations suivantes : métallurgistes : loioooo francs ; non qualifiés : 8^0 000 francs; ouvriers du bois: 196 000 francs; typographes : 193000 francs ; sculpteurs : 119000 francs; ce sont les ouvrières en tricot qui ont perçu le moins : 2 100 francs environ.

Si l'on envisage les dépenses, elles ont été importantes, surtout chez les non qualifiés: 935000 francs ; chez les métallurgistes : 912000 francs ; chez les typographes: 170000 francs; dans le bois: i45ooo francs et chez les sculpteurs: i33ooo francs.

L'encaisse atteignait 63oooo francs chez les métallurgistes, 292000 chez les typographes, 240000 chez les non qualifiés, 120000 dans le bois; elle n'est que de i 4oo chez les bouchers et charcutiers, que de i i45 chez les ouvrières

en tricot, que de 335 chez les gens de mer. Au surplus, tandis qu'elle monte en moyenne par tête à I20 francs chez les lithographes, à ii3 francs chez les typographes, à 102 chez les doreurs de Christiania, à 85 chez les sculpteurs, à 70 dans le meuble, elle tombe à n,6o chez les non qualifiés, à 6,85 chez les employés de tramways et à 0,40 chez les gens de mer.

Examinons maintenant comment se répartissent les dépenses. Il a été consacré, en 191 1, 170000 francs aux secours de chômage et de viaticum, /ii3ooo aux secours de maladie, 16000 aux secours d'invalidité, i/4oooo aux secours de décès, i53oooo aux allocations de grève qui ont été particulièrement onéreuses cette année, à raison du grand lock-out, — 22000 aux organes professionnels et bibliothèques, 6i4ooo à l'agitation, 233ooo à l'administration. Il est à remarquer que ce dernier chapitre représente, par rapport aux recettes, 9 pour 100 en Norvège, tandis qu'il figure plus de 10 pour 100 en Suède, ik pour 100 en Allemagne, 16 pour 100 en Autriche, 12 pour 100 en Suisse.

Des budgets de fédérations, rapprochons celui de l'organisme confédéral. Ce dernier a encaissé, en 191 1, 905 000 francs, dont 711000 de cotisations et i53ooo provenant des collectes pour les grèves ; il a déboursé 763000 francs, dont 690000 pour les grèves et lockout, et 19000 pour l'administration. Il possédait environ 450 000 francs.

En règle générale, on peut dire que si les

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groupements corporatifs norvégiens, — où la tendance socialiste est à un haut degré prépondérante,— attribuentune large partde leurs ressources aux allocations de mutualité proprement dites, ils n'hésitent pas à s'engager pécuniairement à fond dans les conflits économiques. A coup sur, l'année 191 1 a été exceptionnelle à cet égard ; on ne saurait cependant s'empêcher de noter que toutes proportions réservées, ils ont sacrifié, dans ces luttes du capital et du travail, quatre fois plus que les groupements Hollandais ou Anglais, deux à trois fois plus que ceux d'Allemagne, vingt fois plus que ceux d'Autriche, dix fois plus que ceux de Suisse.

Mais ces grèves ne sont pas proclamées sans que de multiples garanties ne soient prévues pour éviter les surprises. Comme dans les autres pays Scandinaves, les sections ont perdu le droit d'agir par elles-mêmes ; leurs attitudes sont subordonnées aux décisions des fédérations et de la confédération, et celle-ci a consolidé ses prérogatives en la matière par l'ouverture d'une caisse, qui verse de fortes allocations. Ce centralisme a suscité les mêmes courants contraires, les mêmes résistances, qu'en Danemark et en Suède.

Le syndicalisme norvégien a répudié, dans ses derniers congrès, la tendance purement révolutionnaire et antiparlementaire. N'admettant la suspension concertée du labeur t|ue

NORVÈGE 3o5

lorsque les circonstances l'exigent absolument, favorisantl'organisation professionnelle à bases multiples, relevant sans trêve létaux des cotisations, il offre la plupart des caractéristiques réformistes. C'est ainsi encore qu'il attache une grande valeur aux contrats collectifs, qui ont acquis une extension remarquable depuis 1905. Jusqu'à cette date, ce régime de conventions entre employeurs et employés n'avait guère été introduit que dans la petite industrie, et ne concernait que des collectivités peu nombreuses. Il a élargi son domaine ; il s'est implanté de plus en plus victorieusement dans la grande industrie, au fur et à mesure que les organisations patronales et ouvrières se fortifiaient.

Il fut passé, entre 1906 et 191 1, un nombre croissant, d'année en année, de ces contrats qui étaient jadis tenus pour suspects, si bien qu'au i" janvier 1912, 690 étaient en application, couvrant 61 454 ouvriers. D'après une statistique qu'a dressée le bureau de la confédération des travailleurs, 292 accords intéressant 20747 salariés sont arrivés à échéance en 1912, et 58 concernant 4697 salariés en 1918. Les chiffres sont 36 et 1467 pour 1914; ils seront 4o et 5822 en 1915,81 et 19676 en 1916, 3 et 578 pour 1917, 17 et i 892 pour les années ultérieures. Comme l'effectif total des ouvriers est exigu en Norvège, on constatera qu'une importante portion d'entre eux vivent à l'abri de cette réglementation amiable, qui a ses avantages, mais aussi ses inconvénients.

Paul Louis. — Syndicalisme européen. 20

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La plupart des fédérations (19) et la confédération ont des fonctionnaires appointés, soit en tout 42, dont 8 auxiliaires. La moyenne des appointements est de 2600 francs, le maximum de 3 36o francs et le minimum de i 4oo francs, pour les fonctionnaires proprement dits ; la moyenne est de i bào francs pour les auxiliaires.

i5 fédérations et une association locale publient des organes corporatifs, qui paraissent au plus hebdomadairement, et au moins trois fois par an. Le journal des typographes tire 3 100 exemplaires chaque semaine, celui des non qualifiés 3i5oo chaque mois; celui des métallurgistes, distribué à 11 000, est mensuel également. La confédération adresse chaque mois aux bureaux des fédérations une feuille de nouvelles, dont le tirage est de 5 000.

L'immense majorité des syndiqués norvégiens sont confédérés. Il ne reste en dehors de la centrale nationale que quelques milliers d'ouvriers organisés, surtout recrutés parmi les orfèvres, les lithographes et les brasseurs, ou encore parmi les employés de l'Etat. Une minorité de ces salariés acceptent l'influence du parti libéral; un contingent plus considérable s'est rallié au syndicalisme révolutionnaire qui a été battu dans les congrès, mais qui n'en poursuit pas moins une agitation soutenue contre le centralisme, le réformisme

et l'autorité excessive, à son gré, qu'ont acquise les fonctionnaires des fédérations. Ce mouvement syndicaliste révolutionnaire a trouvé son centre dans l'union des syndicats de Trondjhem, qui réclame la pratique de la grève générale, des grèves de solidarité, du boycottage, et la substitution de l'organisation par industrie à celle des métiers.

D'après le rapport le plus récent du secrétariat international des syndicats, il y aurait en Norvège 229260 travailleurs organisables, soit 19^760 dans l'industrie, le commerce et les transports (dont 22 170 femmes), et 34500 dans l'agriculture (dont 3 5oo femmes). Le pourcentage des organisés monterait, sur l'ensemble, à 29 pour 100, et pour l'industrie, le commerce et les transports à 33 pour 100.

Les congrès Scandinaves, qui ont réuni les délégués des ouvriers suédois, norvégiens, danois et parfois finlandais, ont joué un rôle considérable dans l'évolution du prolétariat de l'Europe septentrionale. S'ils se sont préoccupés de l'action politique, ils se sont voués plus encore aux problèmes de l'action syndicale.

Ils se sont tenus tour à tour à Gothembourg (1886), à Copenhague (1888), à Christiania (1890), à Malmoe (1892), à Stockholm (1897), à Copenhague (1901), à Christiania (1907), à Stockholm (1912).

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Ils ont réussi à créer et à maintenir une solidarité intime entre tous les travailleurs Scandinaves, et cette solidarité s'est exercée très nettement dans les grèves et les lock-out. Il a été décidé, au congrès de 1907, que lorsque dans l'un des trois pays : Danemark, Suède et Norvège, 20 pour 100 au moins des membres de la centrale nationale seraient engagés en un conflit, les deux autres centrales nationales devraient venir à leur aide et les conditions de cette intervention ont été statutairement fixées.

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