‹ Le système d'Aristote [microform]Chapitre 34 sur 102 · LA THEORIE DES CALSES · texte numérisé non relu

LA THEORIE DES CALSES

mule célèbre le dit de l'esprit, la quantité supprimée. Il va de soi qu'il y a une hiérarchie des formes et des actes, comme il y en a une des matières et des puissances (1). A peu près édifiés sur les notions de la matière et de la forme, nous n'avons plus qu'à revenir à la théorie des causes et à considérer la matière et la forme dans leur rôle de causes, et cela tout d'abord en tant qu'elles sont causes sous leur dénomination propre et expresse de cause matérielle et de cause formelle (2). La forme est cause, cela va sans dire, dans les choses abstraites avant tout. Dans les choses immobiles, c'est-à-dire mathématiques, nous dit Aristote^ le pourquoi se ramène enfin à la quiddité et à la définition qui l'exprime ; on trouve en dernière analyse le pourquoi de telle propriété d'une figure dans la définition du droit ou du commensurable par exemple (3). Mais il ne faudrait pas croire que la cause formelle, proprement et expressément dite, n'ait pas son rôle en physique. D'abord il y a, parmi les sciences physiques, des sciences qui se constituent au moyen de l'introduction d'une donnée concrète au milieu de relations mathématiques (4) : telles l'astronomie, l'optique, l'acoustique ou, comme dit Aristote, l'harmonique. L'exemple d'une explication par la cause formelle, qui se présente le premier à la pensée d' Aristote au chapitre 3 du IP livre de la Phi/sique, est justement emprunté à l'harmonique : l'octava s'explique par sa cause formelle, à savoir le rapport de 2 à 1. Mais, jusque dans les sciences les plus franchement physiques, la cause formelle, et cela sous son nom propre, a sa place. Il n'y a pas de doute que les définitions des éléments en physique, de

(1) Outre le passage si connu du De an. II, 1, 412 a, 10 (rô (?'*t<?oç £VTs)i;^et«, xai roOro Bt/ùc,^ rô uèv w; éTrtarTvjuïj, to <y''ôç TÔ Qewostv), voir Bonitz, Ind. 254 a, 14)^

(2) Voir surtout Phys. Il, 3 et Metapli. A, 3 déb. et A, 2 ; il j a d'ailleurs presque toujours identité littérale entre ce dernier texte et celui de la Physique.

(3) Phys. II, 7, 198 a, 16 : ^ yàp si? tô tî èdriv àvayerat rô $iv. ri £0-;^aTov sv roïç àxtvïjtotç, oTov èv TOtç jxaôïjjxactv (eîç ôpKTiiôv yàp roO evQsoç ï] o"j/jiasT,oou /) aA).ou rtvôç «vayerai iff^^arov),...

(4) 'An. post. I, 27 ; 7, 75 b, 12-17 ; Phys. II déb. à 194 a, 12.

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l'animal en biologie, de lame en psychologie servent sans cesse de principes d'explication. — Quant à la cause matérielle, si elle peut par exception intervenir en mathématiques [An. post. II, 11, 94 a, 24), il est clair que c'est en physique surtout qu'on y fait appel. Aristote emprunte le plus souvent des exemples de cause matérielle au domaine de l'art, parce que c'est son procédé constant de comparer la nature avec l'art : c'est pour cela qu'il dit que la matière, c'est l'airain d'une statue, l'argent d'une tasse, le bois d'un lit : aussi bien eûtil pu dire que la matière des métaux est l'eau (Meteorul. iV, 10, 380 «, 7), que la matière des os, des tendons et des poils est la terre [De an. I, 5, 410 a, 30). Mais la cause matérielle, pour Aristote, ce n'est pas seulement les matériaux dont une chose est faite, bien qu'il aime à insister sur le caractère d immanence que possède la matière plus encore, que la forme et qui fait de cette espèce d'àoy/-, plus encore que de la forme, un cttov/s^ov; par cause matérielle Aristote entend aussi tout ce qui est condition nécessaire de l'apparition d'un produit de la nature, ce sans quoi la chose ne serait pus, oj ojx àvîj (1). Cela étend singulièrement le champ de la cause matérielle. .Aussi la retrouverons-nous dans ce (jui suit.

La cause matérielle et la cause formelle proprement dites sont des causes immanentes, des éléments des choses et non des déterminants du devenir, et c'est pour cela que, après Aristote et dès les Stoïciens, ce sont les principes qu'on a le moins volontiers considérés comme des causes. Quant à lui, Aristote s'est bien gardé d'omettre ce qu'on a regardé après lui comme les causes par excellence, savoir les principes extérieurs à l'objet produit et qui en provoquent seulement la production. x\Iais, comme nous le verrons, ces principes extérieurs, loin d'être pour lui les causes par excellence, ne sont encore que la forme et, quand l'un d'eux s'oppose à l'autre comme plus formel, la forme et

(i) Pour le premier caractère (par ex. Phys: II, 3, 194 b, 24 : atTtov ... TÔ £ç ov yrjszai rt iv\tKÛp/o)^70(;)y cf. Zeller, p. 327, n. 1 et Bonitz, Ind. 702 a, 18, 44 ; pour le second, Phys. II, 9, 200 a, 6, 9, 14 et Zeller, p. 331 et n. 1.

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