‹ Le système d'Aristote [microform]Chapitre 63 sur 102 · L'AME · texte numérisé non relu

L'AME

L'idée de hiérarchie qui inspire toute la philosophie d'Aristote est particulièrement présente dans sa théorie de rame, et en même temps cette idée, dans la théorie de l'âme comme ailleurs, est pourtant tenue en échec d'une façon plus ou moins manifeste par une idée toute différente, que ridée de hiérarchie avait précisément pour destination de remplacer. Les Physiologues, même en y comprenant les Eléates jusqu'à Mélissus inclusivement (1), et même en y comprenant x\naxagore (2), n'avaient soupçonné que hien faiblement qu'on pouvait trouver de la réalité dans la pensée et comment il fallait définir cette réalité. L'existence et la nature de cette réalité, c'est la philosophie du concept qui les découvre. Elle en découvre du moins la face objective, c'est-à-dire que, si Socrate et Platon ne songent pas à définir la peitsée par la conscience comme le fera Descartes, s'ils ne s'avisent pas qu'il n'y a pas de pensée sans sujet, ces deux philosophes aperçoivent lumineusement que les objets de la pensée sont d'une autre essence que les choses dont s'occupent les Physiologues. Les objets de la pensée sont incorporels, ou, selon le langage qu'Aristote emploie pour rendre l'opinion de Platon,

(1) Car le fragm. 16 de MuUach ( Vorso/cr. 2 ch. 20, B 9, p. 148, 19) paraît n'élre qu'une induction de Simplicius.

(2) Son voû; n'est en effet que « la plus subtile et la plus pure des choses », fr. 6 Mullach ( Vorsokr. 2 ch. 46, B 12, p. 318, 13).

« les Idées ne sont pas dans le lieu » (1). Aristote ne se fait pas une notion moins forte de cette nouvelle sorte de réalité : la forme, chez lui, est aussi supérieure à la quantité que l'Idée platonicienne. Mais la nouvelle sorte de réalité n avait pas remplacé pour Platon l'ancienne réalité des Physiologues ; il en avait seulement fait un ordre à part de*^ l'ancien qu'il laissait subsister. Aristote est plus loin encore que Platon, s'il se peut, de réduire toute réalité à celle des objets de la pensée. Pourtant il met en jeu, pour remplacer la transcendance platonicienne, une notion, à lui propre, qui n'aurait pu se développer complètement que dans l'hypothèse d un monisme idéaliste. On ne hiérarchise bien que des termes homogènes, homogènes du moins sous le rapport où on les considère quand on en fait une hiérarchie. Pour que la hiérarchie des matières et des formes suffît véritablement à expliquer ce que d'autres doctrines expliquaient ou tendaient à expliquer par la juxtaposition de réalités d'ordres divers, il aurait fallu que les matières et les formes fussent seulement les degrés divers d'une seule et même réalité. Autrement la notion de hiérarchie n'est plus à sa place, ou au moins elle n'y est pas partout dans le système ; car à l'une des extrémités, sous le nom de matière, la réalité telle que l'entendaient les Physiologues se pose en elle-même et, à l'autre extrémité, la forme s'isole elle aussi. Dans toute la théorie de l'àme d^Aristote, nous allons voir l'idée de hiérarchie résoudre une foule de difficultés, et, en même temps, des difhcultés dernières demeurer insolubles, parce que ce qu'Aristote veut demander à cette idée, c'est, au bout du compte, de concilier des réalités hétérogènes, parce qu'il est demeuré dualiste. Aristote n'a jamais essayé d'absorber l'étendue ou la quantité dans la nouvelle réalité qu'avait découverte la philosophie conceptuelle ; il ne s'est pas demandé si l'étendue elle-même ne pouvait pas devenir un objet intelligible, ou plutôt, quand il a rencontré la

(1) Phys IV, 2, 209 b, 33 : H'/aTwvt umot >ixréov... eîeà xi où/, fv TOTTw T« £i^ïj. . . m, 4, 203 a, 9 : .... i^^i ttou slvai aCrâç [se. ràç

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