MÉMOIRE, IMAGINATION, INTELLECT
tote est au fond si réaliste qu'il exprime, comme on voit, dans les termes les plus exprès l'idée que la conscience est encore une sensation ou perception, une connaissance de la connaissance (1). On peut dire que ici, encore une fois, intervient l'idée de hiérarchie pour expliquer l'unité des faits; il est remarquable seulement que l'unité est demandée, non pas au terme supérieur, mais au terme inférieur de la hiérarchie.
Après les sens, Aristote étudie les facultés Imaginatives et les opérations intellectuelles les plus inférieures. C'est toujours l'idée de hiérarchie qui l'inspire, la sen'sation étant avant et sans doute pour l'imagination, et celle-ci étant sûrement en vue de l'intellect. Seulement ici, jusqu'à ce qu'il soit question de la fonction la plus élevée de l'intellect, cette idée est parfaitement dans son rôle, puisque nous sommes en présence d'une série de termes homogènes. — Ni dans le De anima, ni dans le De sensu, Aristote ne dit un mot. de la mémoire, à laquelle il a consacré im petit traité à part. C'est que la mémoire, en tant que reproductive, ne se distingue pas pour Aristote de l'imagination. Elle ne s'en distingue que par deux caractères. D'une part, elle est la possession de l'image, en tant que celle-ci est considérée comme la copie de ce dont elle est limage, et, d'un autre côté, elle enveloppe la conception du passé et la reconnaissance (2). Mais ces caractères paraissent bien dériver de l'intelligence, encore qu' Aristote attribue la mémoire à beaucoup d'animaux, sinon à tous (3). Il y a, dans tous les cas, à côté de la mémoire, une fonction qui est proprement humaine, la remémora tion, àvà|jLvyio^î.ç.
ôvu UT, s/jî 'jir,-j, TÔ avTÔ ïi'/.l v.olï o vôflO"',; T'y! yoovaî'v'^i at'a. «, 10 : oÎjtmç S'iyjt u'jzi} u'jzr.;; c vo/iTtç, . . Cf. De an. Ili, 4, 430 a, 3.
(i) Sur le sens commun, voir Rodier, op, cit., II, p. 265-268 {ad De an. II, 6, 418 a, 18).
(2) De mern. 1, fin : . .. ^avr^fruaro;, w; st/.ovo; ou «yzvTaa-aa, i^iq... 449 a, 22 : âû yàp ôrav svspy^ xarà tô uvyjaovîvstv, oOrcaç sv t)5 ■'I'^X^ "kéyuv, art 7:oozîpoy ■^xo'JTev i] ^ffOrro ï} i'jomivj.
(3) Cf. BÔnitz, Metaph. H, p. 38 («c/980 a, 28). — Il est à croire qu'Arislote emploie souvent f/>v7u>3 pour 9>avTaori«, par exemple quand il parle de plusieurs uvyjuat qui fusionnent pour constituer ipTrgipta ut« (An. post. Il, 19, 400 a, 5).
Aristote l'analyse avec soin et montre à ce propos comment l'homme emploie, pour retrouver ses souvenirs, ce que nous appelons les lois de l'association. Aristote connaît les trois lois de ressemblance, contraste et continuité (l). — Sous le nom de mémoire,ou sous son nom propre, l'imagination est la faculté de l'âme immédiatement supérieure à la sensation. L'imagination est une sensation affaiblie, ou encore elle est une sensation dépouillée de sa matière, c'est-à-dire sans doute affranchie de la condition d'être hic et mine, ou, autrement dit, dépendante de tel sensible; et on voit comment elle constitue un progrès et un élargissement considérables pour la vie de l'àme. Si l'on considère le côté physique du phénomène, il faut dire que l'imagination consiste en une trace laissée dans les sensoria parla sensation, ou plutôt encore dans un mouvement qui se continue après la sensation. Mais Alexandre fait justement observer que ce n'est pas là pour Aristote toute l'imagination, qu'elle est aussi quelque chose de mental et d'actif, à savoir l'acte de la faculté imagmative ellemême (2). Quelle que soit d'ailleurs la part de formalité et d'activité qu® P"^^^® receler l'imagination, elle est passive par rapport à la fonction la plus élémentaire de l'intelligence proprement dite. Aristote marque avec force ce de^^ré de sa hiérarchie. Cette fonction élémentaire, 1''J7:6Xt/V.ç, qu? répond à peu près à ce que nous appelons jugement, atteint déjà l'universel et, d'autre part, comporte vente et erreur, deux choses au-dessous desquelles 1 ima^nation demeure. De l'Ù7:61^'}^ ^^ différencie à peine la oô?a. Audessus de l'une et de l'autre sont la prudence, cppovT.cru;,
et la science (3). • , r-
Nous voilà parvenus à l'intellect, ou du moins à 1 intellect discursif. Mais, avant de nous occuper de l'âme intellective en elle-même, nous devons nous placer un
(1) De mem. 2, et surtout 451 ^, 48 : . . . rô iysÇvjç ÔYjpsOoar. voÂorav- TEC Lo zoù vuv^ aV/.ou Ttvoç, xai af ôaoLo^ ^ ivavrîou h yoO oruvsyyvç
(2) Voir Rodier, op. cit.. Il, 428-430 et Alexandre, /><? an. 08, 12-
(3) fbid. H, 103 SI. (ad 427 ô, 15). Cf. aussi 494-497.
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