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LA THÉORIE DE L'ÊTRE

Nous avons parcouru la logique et la physique d'Aristote. Or, si elle suppose le réel, attendu que, comme théoricien des méthodes et, à plus forte raison, comme théoricien de la connaissance, Aristote répudie le formalisme, la logique n'est pourtant pas Tontologie elle-même : elle n^en est qu'un dérivé et même une contre-partie. Pour la physique, s'il est sûr qu'elle porte sur le réel, et cela dans un sens très fort du mot de réel, puisque, à la différence des mathématiques, elle s'occupe d'êtres concrets et non d' abstractions, elle ne spécule pas néanmoins sur ce qu'il y a de plus central et de plus fondamental dans le réel. Elle étudie les accidents des substances sensibles, à savoir le mouvement dans ses diverses espèces ; elle étudie en outre la nature, cause du mouvement des êtres sensibles. Mais, si la nature, est quelque chose de la substance, ce n'en est pas encore le fond dernier, puisque la nature n'est que ce qui porte l'être sensible vers son acte dernier, la terre ouïe feu par exemple vers leur lieu naturel. La forme elle-même, vers laquelle l'être sensible se meut, n'est que le moteur, relativement ou absolument immobile, de cet être ; c'est-à-dire que, dans la physique, la forme apparaît surtout comme fin ; c'est-à-dire encore comme tournée vers autre chose qu'ellemême. Donc la physique ne s'attache nulle part à la catégorie de substance prise en elle-même. Ajoutons enfin que, assujettie qu'elle est à considérer exclusivement des êtres sensibles, la physique ne pourrait jamais étudier la sub-

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stance dans toute rextension de cette catégorie, qu elle ne pourrait pas même se poser la question de savoir s'il y a d'autres substances que la substance sensible; car, si elle aboutit à une substance surnaturelle, c'est sans en avoir délibéré et sans l'avoir cherchée. La physique conduit donc seulement au seuil de la catégorie de substance. Une fois qu elle s'est achevée, il reste au philosophe à se demander ce qu'est la substance comme substance et en thèse générale, puisqu'il peut y avoir une substance ou des substances supra sensibles, et même en tant qu'il s'agit de décider ce qu'est, en son dernier fond, la substance sensible. La théorie de la substance comme substance ou de l'être en tant qu'être est une science à part, la science suprême, celle qu Aristote appelle la philosophie première et qu'on a appelée après lui la métaphysique.

Il est bien connu, et nous avons déjà eu l'occasion de rappeler (p. 1)3 sq.), que la théorie de la connaissance et k théorie de l'être chez Aristote sont, ou paraissent être animées chacune d'un esprit différent. Nous allons donc commencer par demander à la théorie de la connaissance quelles sont ses conclusions, et, sans dissimuler le désaccord qui peut exister entre elle et la théorie de l'être, nous aurons soin pourtant de signaler tous les efforts qu'elle fait pour s'accommoder avec celle-ci. Nous passerons ensuite à la. théorie de Fêtre proprement dite et nous la suivrons jusqu'à la définition du premier des êtres.

D'une manière générale, la théorie de la connaissance d'Aristote conclut comme celle de Platon que l'objet de la science est l'universel. Cette conclusion revient à chaque page, pour ainsi dire, des Seconda anab/tiques. Mais il ne faut pas la prendre en gros et au pied de la lettre : ce serait un moyen trop commode et aussi trop injuste et trop inintelligent de se préparer à mettre Aristote en contradiction avec lui-même. Il faut voir comment il explique, complète et corrige cette proposition. Tout d'abord la sorte d'universel que réclame la science n'est pas celle que Platon avait cru. En effet, pour qu'il y ait démonstration, il faut qull y ait un moyen-terme, et, pour qu'il y ait un moyen-terme, il faut qu'il y ait de l'universel ; car l'essence, ou la défini-

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