LES OUVRAGES DE LOGIQUE
lin, et à ceux des ouvrages perdus qui ont quelque chance d'avoir été authentiques.
Les ouvrages scientifiques d'Aristote se répartissent aisément en cinq classes : logique, métaphysique, sciences de la nature, morale et politique, théorie des arts. Il s'agit là d'une classification, non d'un ordre que nous devions suivre plus tard dans l'exposition de la doctrine.
Gomme il faut rattacher aux ouvrages de logique ceux qui traitent de la connaissance simplement probable, qui eux-mêmes ne font qu'un avec la rhétorique, les ouvrages de la collection aristotéhque qui constituent le premier groupe sont les suivants : Les Catégories, VHermêneia, les Analytiques, les Topiques avec la Réfutation des arguments sophistiques, la Rhétorique et la Rhétorique à
Alexandre.
Le titre de KaTr^yoo'lai est celui que donnent nos manuscrits, et c'est probablement le vrai titre. D'autres titres, tels que Tispl Twv ûéxa ysvLxwTiTcov yeywv, s'expliquent comme des allusions au contenu du traité. Celui que nous citons a d'ailleurs un cachet plutôt post-aristotélicien. Andronicus nous parle d'un autre titre intéressant : -zhTzfo -ctov tôtûwv; mais il ne le croit pas authentique et il donne une explication vraisemblable de son apparition (1). Par malheur, on ne voit pas qu'Aristote ait cité l'ouvrage par son titre. Zel- 1er l'avait cru autrefois. Il admet maintenant, avecBonitz (2), qu Aristote, dans les passages en question, se réfère à la doctrine, mais non pas précisément au livre des Catégories en tant qu'ainsi intitulé. — Ce point est important, non seulement pour la question de titre, mais pour celle d'authenticité. En faveur de l'authenticité il faut dire, avec Zeller, que les renvois d' Aristote ont l'air de désigner un livre connu et facilement accessible ; que d'ailleurs nos KaTriyopiai portent dans leur ensemble un cachet éminemment aristotélicien ; que les commentateurs anciens, qui rejettent comme apocryphe une autre rédaction des Catégories, maintiennent
(1) Dans Simplicius Cat. 379, 8, éd. Kalbfleisch ; Schol. 81 a, 27.
(2) Ind. Aristotet.i02 a, 19. Cf. Zeller, p. 67, n. l.et, de même, pour ce qui suit.
l'authenticité de celle que nous connaissons ; enfin que les raisons qu'on a voiilu faire valoir contre l'authenticité d,e l'ouvrage sont dépourvues de soUdité. C'est ainsi que Prantl a été choqué d'y trouver, pour définir l'essence même des relatifs, que cette essence consiste en tôS 7Tp6; zl ttwç lyeiv [Categ. 7, 8 a, 31 et 39), car l'expression lui paraît déceler uiie main stoïcienne. Mais l'expression incriminée se retrouve dans les Topiques, dans la Physique, dans V Éthique à Nicomaque . Les principales difficultés contre l'authenticité des Catégo?nes viennent des cinq derniers chapitres, qui sont étrangers au sujet primitivement annoncé, pendant que, de son côté, le chap. 9, à la fin, tourne court et s'excilse de ne pas continuer jusqu'au bout l'étude des catégories, parce qu'on ne pourrait plus rien ajouter de nouveau et d'intéressant sur celles qui restent. Ces cinq derniers chapitres des Catégories ont été, depuis une haute antiquité, considérés comme un tout à part, car ce sont eux que la tradition désigne sous le nom de Postprédica?nen/s. Andronicus a déjà admis qu'ils avaient été ajoutés au texte par une main étrangère, et c'est même par là qu'il explique le titre 7:00 to)v totuwv, substitué comme plus général au titre primitif de Ka'yiyop'la'.. On ne sait si les Post-prédicaments sont originairement un fragment aristotélicien; s'il n'en est pas ainsi, du moins ils semblent bien provenir des successeurs immédiats d' Aristote (cf. p. 131).
Le Ilepl £pj/.rjV£'la; n'est cité dans aucun autre ouvrage d' Aristote (Bonitz, Ind. 102 a, 27). Il cite lui-même les Analytiques et les Topiques', mais il a le malheur de citer aussi \q De anima pour une proposition qu'on a grand' peine à y retrouver fBonitz, ib.,dl h, 49). Le chapitre 14, le dernier a été, selon Ammonius, passé sous silence par Porphyre dans son commentaire, et le même Ammonius rejette ce chapitre ^comme inauthentique. L'ouvrage tout entier était condamné par Andronicus (1). Mais, d'autre
(1) De interpr, 251, 27 ; 252, 8, éd. Busse (Comm. gr., IV, 5 : Schol. 135 b, 10, 25). Sur l'opiDJon d' Andronicus, cf. 5, 28-6, 4 (Schol. 97 a, 19) et infra, p. 63, n. 2.
part, Alexandre (1) avait vivement combattu cette opinion, et, à son sentiment, Théophraste, en écrivant son Hspl xaTa«ào"£(o; xal aTuoçj ào-sto^, devait avoir sous les yeux notre Hermêneia. Sans doute, comme le remarque Zeller, cette appréciation d'Alexandre n'équivaut pas à une citation deT nêneia. relevée dans Théophraste. C'est néanmoins
considérable. Au reste, comme Tadmet Zeller,
un
Fouvragene contient rien qui ne soit conforme à la doctrine d'Aristote. De plus si, comme on l'a pensé depuis Zeller, ce livre contient des allusions aux Mégariques dont nous aurons à parler (cf. p. 167, n. 2), ces allusions, qu'elles soient ou non tout à fait primitives, prouveraient que le livre est d'Aristote (2), ou tout au moins qu'il appartient à la première génération péripatéticienne.
11 faut ou on peut, comme on sait, distinguer, dans les Analytiques les Praniers et les Seconds^ les uns et les autres en deux livres, les Preyniers sur le syllogisme, les Seconds sur la démonstration. Le commentateur Adraste (d'Aphrodisias, entre Néron et Marc-Aurèle) connaissait,
(1) Inpri. anal. 367, 12-i4, éd. VV^allies [Comm. gi\, II, 1 ; Schol. i83 b, 1).
(2) Zeller, p. 69, n. 1. La relation dont il s'agit entre V Hermêneia et certaines théories des Mégariques a été mise en pleine lumière par Heinr. Maier dans une étude sur l'authenticité de cet ouvrage (Àrchiv f. (ieschichU fier Philos. XVII, J>^99. 23-72; cf. surtout 28-35). Il a fait voir que les trois propositions dont se compose le célèbre argument de Diodore Cronos, « le triomphateur » (ô xvotevwv) sont toutes empruntées à Aristote, comme le prouve la ressemblance littérale des textes ; q«ie cet argument est l'écho ou même l'expression directe d'ui/e réponse des Mégariques .'i l'attaque dirigée contre eux au début Idu ch. 3 de Métaph. 0. On sait qu'Eubulide et son disciple Alexinus avaient soutenu contre Aristote de violentes polémiques, allant jusqu'aux personnalités les plus outrageantes et même les plus mensongères (cf. p. 6, n. 1). C'est donc à eux qu'il faudrait faire remonter, pour le fond du moins, le x'jpirJwv. si l'on ne préfère, ayant d'autre part des raisons pour regarder V Hermêneia comme un des derniers ouvrages d'Aristote, en maintenir l'invention tout entière au compte de Diodore, lequel pouvait avoir (l'anecdote rapportée par Dîog. La. II, 111 le fait mourir en 307) une trentaine d'années au moment de la mort d'Aristote. Une hypothèse est d'ailleurs encore possible : c'est qu'Aristote aurait remanié V Hermêneia pour répondre à de nouvelles chicanes de ses adversaires.