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LE DÉTERMINISME

et la fin ne font qu'un avec la forme (1) et, de son côté, la matière joue le rôle de tout ce qui est nécessité venue d'en bas, de tout ce qui est vis a tergo.

Mais le déterminisme a beau être ainsi simplifié, il n'est pas pour cela unifié. Parce que la matière y joue un rôle irréductible, le déterminisme se trouve imparfait. Nous touchons ici à l'un des points les plus obscurs de la philosophie d'Àristote. II y a deux façons dont la matière rend le déterminisme imparfait. Voici la première. Dépourvue par elle-même de tout pouvoir de produire, de déterminer quelque effet que ce soit, la matière, comme nous l'avons vu, reçoit de la fin et de la forme un pouvoir de provoquer comme antécédent des conséquents. La nécessité vient résider en elle, comme le mouvement réside dans le mû et non dans le moteur ; et dès lors on peut dire que la matière est une cause nécessaire ou nécessitante : sv yàp trj :Th-ri xh ivaYxatov (Phys. II, 9 200 a, 14). Mais cette nécessité qui lui vient du dehors, la matière la reçoit h sa façon. Il y a dans la matière un manque de souplesse, une espèce de raideur. Quand elle reçoit un pouvoir, elle ne le reçoit pas pour l'employer uniquement à réaliser la fin : elle en reçoit la lettre et non l'esprit. Par exemple, la fonction d'une scie étant ce qu'elle est, il faut que la Scie soit de telle figure, et de plus il faut qu'elle soit de fer {Phys., ihid. a, 10). Il faut qu'elle soit de fer afin de couper ; mais le fer ne se dépouille pas de ses autres aptitudes en entrant dans la scie : il y entre en bloc, en apportant aussi son aptitude à rouiller et il pourra arriver que la scie soit détruite précisément parce qu'elle est de fer : ce qui faisait sa force peut faire, par accompagnement, sa faiblesse. Cet exemple, qui n'est pas d'Aristote mais qui est analogue à d'autres qu'il emploie, rend bien sa pensée. « Certaines choses étant telles, dit-il, une foule d'autres surviennent accidentellement parce que ces choses sont telles » (2). Nous -avons fait le possible pour présenter la raideur de la matière

(1) P/iya. Il, 7, 198 a, %i : Ifr/vcttt St rà rpi'x si; h r.oilùy.i^.

(2) Dp part. an. IV, 2, (177 <i, 18 : ... rtvdiv ôvtwv rotowrwv inpa. è; «vay/.'Cî ffu|w6atv«e <?ià raùra iro^a. Cf. Zeller, p. 33:'», n. i.

comme quelque chose de négatif. Mais c'est plutôt l'analyse d'une quantité négative que d'un simple zéro. Il y a donc quelque chose comme un déterminisme propre à la matière, qui se pose à côté du déterminisme venu de la forme. L'imperfection du déterminisme total vient, à ce pomt de vue, d'un conflit entre les deux déterminismes. Mais la matière a encore une autre façon de rendre le déterminisme imparfait. Elle est, nous l'avons vu, essentiellement ambiguë, toujours partagée entre deux contraires ; car telle est la nature de la puissance, nature avec laquelle la sienne propre se confond. Sans doute Aristote dit que toutes les puissances dépourvues de raison (oXoyoti Buvà{jieiç) (Metaph. é, 2 1046 b, 2), ou au moins beaucoup de ces puissances {Hermen. 13, 22 b, 39), ne sont capables que d'un seul effet, à la différence des forces douées de raison qui sont capables de l'un ou de l'autre de deux actes opposés. Mais d'abord on voit que certaines puissances irrationnelles restent ambiguës par elles-mêmes ; et d'ailleurs elles le demeurent toutes, ou presque toutes, indirectement. En effet une puissance naturelle est presque toujours instable et à la merci du changement. Il n'y a donc guère de chose sensible sur laquelle on puisse compter pour produire tel ou tel effet. Des effets attendus ne se produiront pas et d'autres inattendus se produiront. Ainsi, d'une part, en tant que la nécessité devient dans la matière quelque chose de brutal, d'autre part, en tant qu'il y a de l'ambiguïté dans la matière, le déterminisme est rendu imparfait. Ces deux façons dont la matière rend le déterminisme imparfait peuvent-elles se ramener à l'unité? L'unification semble assez difficile. Quoi qu'il en soit, le déterminisme est imparfait. Nous arrivons à la théorie du hasard, qu'il nous reste à résumer.

Elle est exposée dans les chapitres 4 à 6 du IIe livre de la Physique. Aristote commence par réfuter deux objections contre l'existence du hasard et par établir que le hasard existe. On invoquait d'abord le fait qu'aucun des anciens philosophes n'avait songé à compter cette cause parmi celles qu'il admettait. Aristote répond que ce silence est d'autant moins probant que les philosophes dont il s'agit,

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