CHAPITRE V
à notre union, à notre gouvernement, ou à nos institutions.
Les américaniser, et les assimiler à notre peuple, serait impossible. Admettre pareil peuple, vivant sous un climat tropical dans cette union, avec plus de 40 de ses membres dans le Sénat des États-Unis, et des représentants dans l'autre Chambre du Congrès, en proportion de leur nombre, serait introduire dans notre gouvernement et dans notre pays des éléments de discorde , qui démoraliseraient nécessairement notre politique et notre administration et pourraient même éventuellement mener le pays à une guerre civile, et détruire l'union.
Il y aurait la même objection à l'acquisition de Cuba et de Porto-Rico, en les admettant dans l'union comme Etats, en leur permettant de participer à l'élection du président et du vice-président des États- Unis et en admettant leurs sénateurs et leurs représentants au Congrès. La seule différence est que deux de ces États seraient moins dangereux dans l'union que vingt.
Il n'y a pas semblable objection à la libre admission des provinces anglaises de l'Amérique du Nord, par la raison que le peuple de ces provinces est en majeure partie de la même race et de la même origine que celui des États-Unis ; il parle le même langage, a dans une large proportion la même histoire, est accoutumé aux institutions, aux lois et aux usages, ainsi qu'à un système de gouvernement représentatif très semblable au nôtre, et a les mêmes habitudes d'industrie et la même énergie, stabilité de caractère et respect de la loi et de l'ordre que le peuple des
États-Unis. Leur situation géographique est telle, et le caractère du peuple si près d'être semblable au nôtre, qu'ils n'apporteraient pas de nouvel élément de discorde dans l'Union, et que leurs rapports commerciaux, industriels, en matière d'éducation, de religion et de rapports sociaux aussi bien que politiques avec notre peuple, deviendraient prompte ment étendus et intimes. Mais aucun état de choses semblables ne pourrait exister entre le peuple des États-Unis et ceux du Mexique et de Cuba.
SECTION IV
AUGMENTATION DE L'INDUSTRIE ET DU COMMERCE, DE LA RICHESSE ET DU POUVOIR.
L'industrie d'un peuple doit dépendre :
1° Du climat, de l'étendue et des ressources naturelles du pays qu'il habite ;
2° De son avancement en civilisation et des instruments mécaniques qu'il a pour effectuer son travail ;
3° Des facilités du commerce intérieur et domestique ;
4° Du caractère du gouvernement et de sa politique, de l'administration de la justice pour la protection de la personne et de la fortune, et enfin du système d'impôts.
Une population dense crée un marché pour les produits de l'industrie, qui ne saurait exister dans un pays peu peuplé. Plus la population est dense, plus grandes sont les facilités pour le négoce et le commerce, et l'échange mutuel des produits de 1 in-
dustrie, plus le commerce et le négoce réagiront sur celle-ci, lui donneront de l'encouragement et du stimulant, la diversifieront et augmenteront ses produits, si les ressources du pays sont suffisantes pour donner une occupation complète à la population. Les ressources de notre pays ont été amples et surabondantes ; mais répandues sur une si vaste étendue de territoire, qu'elles induisaient notre peuple à s'étendre au point d'empêcher les rapports commerciaux et même l'industrie, et à augmenter le prix des produits et en même temps à diminuer la valeur de presque tous les produits dans les lieux de production.
Par le moyen de la machine à vapeur et d'autres inventions mécaniques faites depuis le milieu du xvme siècle, la Grande-Bretagne nourrit actuellement plus de trois fois autant d'habitants qu'elle ne faisait alors, et cela avec une bien plus grande aisance. Le charbon et le fer n'y étaient que de peu de valeur pour les habitants, jusqu'après l'invention de la machine à vapeur et de la machine à laminer. Depuis ces inventions, l'importance du charbon et du fer a été augmentée par chaque nouvelle invention et chaque amélioration , mais plus encore par les chemins de fer , les locomotives et la navigation à vapeur, que par tous les autres moyens. Les larges ressources agriculturales et les immenses ressources minérales rencontrées dans un aussi petit pays, ainsi que la densité de la population et de nombreux et excellents ports, tous contribuant aux facilités et à la diversité de l'industrie et du commerce tant étranger que domestique, ont donné au
peuple de la Grande-Bretagne de grands avantages sur la population dispersée des Etats-Unis. Les manufactures anglaises ont également eu les avantages sur les manufactures américaines, par suite de leur priorité dans l'établissement de leurs comptoirs et de leurs ateliers ; dans l'éducation de leurs ouvriers, pour leur permettre d'acquérir de l'adresse ; dans la surabondance des travailleurs et du capital; et dans le prix peu élevé du travail et le taux inférieur de l'intérêt.
L'industrie américaine a toujours lutté contre les grands établissements manufacturiers de la Grande- Bretagne, de la France et de l'Allemagne, avec tous les désavantages auxquels nous avons fait allusion ; et si ce n'avait été par suite de l'aide accidentelle résultant des droits levés sur les produits d'importation étrangère afin de soutenir le gouvernement fédéral, aucun développement considérable des manufactures américaines n'eût été possible, et nous aurions dû rester comme nos voisins du Canada, surtout un peuple agricole — dépendant de l'Europe pour la majeure partie de nos vêtements, de notre fer et de nos marchandises en matières pondéreuses — mais avec peu d'industrie, d'énergie et de richesse, comparé à ce que nous avons maintenant, et avec beaucoup moins de population, car avec moins d'industrie et de richesse nous aurions eu moins de canaux et de chemins de fer, moins de travail à donner et moins d'attraction pour pousser à l'émigration hors du vieux monde.
La liberté et les effets de nos institutions politiques et religieuses, la liberté du commerce domestique, la