‹ Le système du gouvernement américain, son caractère & ses effets, ses défauts, l'organisation des partis & leur influence, la prospérité du peuple soumis à sa protectionChapitre 186 sur 211 · PAYEMENT EN ESPÈCES · texte numérisé non relu

PAYEMENT EN ESPÈCES

Il est supposé par quelques-uns que les payements en espèces possèdent un pouvoir miraculeux pour prévenir ainsi que pour guérir l'exagération de la circulation, pour élever la valeur d'une circulation de papier exagérée et dépréciée, et pour la maintenir au pair de la valeur égale de l'or. L'expérience que nous avons eue dans les États-Unis devrait dissiper et détruire des opinions aussi trompeuses. Car plusieurs années avant le mois de mai 1837, nos banques payaient régulièrement en monnaie leurs billets, à présentation, sauf quelques-unes qui ont succombé. Et cependant l'extension de la circulation commença dans la baisse de 1834 pour augmenter pendant les années de 1835 à 1836 et jusqu'au 1er janvier 1837, alors qu'elle atteignit son maximum et, en y comprenant la monnaie émise, elle égalait environ 11 dollars par personne. Le fait était, que la monnaie devint extrêmement abon-

34G LE SYSTÈME DU GOUVEKNK.MKNT AMÉRICAIN.

dante , plus abondante que ne l'exigeaient les besoins du pays ; et comme le papier-monnaie était convertible à volonté en monnaie, à la fois le papier et la monnaie furent dépréciés dans leur valeur. Cela fut évidemment causé par l'élévation générale des prix des biens et des produits. La pléthore de la circulation et son total excessif stimulèrent l'esprit de spéculation jusqu'à un degré complet de fureur et d'excitation, et le résultat en fut une grande réaction, une panique et une suspension générale des payements en espèces par toutes les banques en mai 1837, de nombreuses faillites et presqu'une suspension d'affaires pour plusieurs mois par tout le pays. Tout ceci arriva lorsque notre pays était libre de toute dette nationale, ou de toute cause de trouble ou d'embarras , sauf de celle qui naissait de l'exhubérance de la circulation, des spéculations stimulées par une abondance excessive d'argent et de l'anxiété de le placer avantageusement, ainsi que des importations excessives de produits étrangers.

Après une large réduction de la circulation, les bonnes banques reprirent les payements en espèces en 1838; mais la circulation était encore si exagérée et les importations de produits et les exportations d'espèces si considérables en 1839, que les banques furent contraintes de suspendre de nouveau leurs payements en octobre 1839; elles ne furent pas capables de les reprendre avant 1842, lorsque toute la monnaie en circulation, tant les espèces que les billets eussent été réduits à 5 dollars environ par personne. Depuis cette époque jusqu'en 1870, les moyens de circulation de notre pays augmentèrent

CHAPITHE VI. 347

graduellement de cinq dollars à sept et demi par personne ; et après la découverte des terrains aurifères de la Californie, le papier monnaie et l'argent en circulation continuèrent à augmenter jusqu'à ce qu'ils s'élevassent en 1857 à plus de 9 dollars par personne, lorsqu'une autre panique, réaction et suspension des payements en espèces par les banques se représenta, qui répandit les embarras et la banqueroute au loin. Toutes ces choses ont eu lieu en temps de paix, en Europe aussi bien que dans notre pays, lorsque nous étions libres de la dette nationale ou de toute cause inusitée d'embarras , et lorsque nos impositions étaient légères, comparées à ce qu'elles sont maintenant. Elles se présentèrent également , lorsque toutes les banques des États-Unis, en bon crédit, payaient en monnaie les billets qui leur étaient présentés; lorsque les billets de banque étaient convertibles en monnaie au gré du porteur. Ces faits montrent que les payements en espèces ri ont pas le pouvoir de prévenir une pléthore de circulation du papiermonnaie, et les conséquences désastreuses qui suivent nécessairement semblable pléthore. L'histoire de la banque et des surabondances, réactions et suspensions de payements en espèces, en Angleterre, a eu un caractère très semblable. Les nations les plus commerciales et les plus industrielles de l'Europe n'ont généralement eu que de 8 à 10 dollars de monnaie de circulation par habitant ; et chaque fois que nous avons eu plus de 8 dollars par tête d'habitant dans les Etats-Unis il y a toujours eu stimulation de spéculation, augmentation des prix, et finalement suspension des payements en espèces ainsi qu'une

grande réaction. Rien, si ce n'est la suspension légalisée des payements en espèces, n'a sauvé notre pays dans le passé d'une réaction plus rigoureuse qu'en 1837; car nos charges de taxation sont trois fois aussi lourdes qu'elles ne l'étaient alors.

Notre expérience montre qu'une circulation mixte de papier-monnaie et $ espèces, le premier convertible dans le second au gré du porteur, sert à tromper le peuple et à V endormir dans une fausse sécurité et croyance que tout est sauf, tandis que l'extension peut aller croissant avant que les excès ne deviennent assez grands pour être fort remarqués ; mais lorsqu'elle devient si grande qu'elle est très palpable pour les banquiers et les capitalistes, elle conduit promptement à des efforts et contractions , à un marché monétaire qui se restreint, à des embarras , à une panique et à une réaction et souvent à des banqueroutes et des ruines étendues au loin. Quelque autre remède plus efficace que le seul payement en espèces devrait être cherché, pour limiter le chiffre du papier-monnaie, et le total du moyen de circulation du pays.

Même si les payements en espèces étaient une panacée efficace, dans des circonstances favorables, et si la circulation n'était pas pléthorique, je ne crois pas possible de reprendre les payements en espèces et de les maintenir jusqu'à ce que le montant total du papier-monnaie ait été réduit à environ 8 dollars par personne, en sorte qu'avec l'addition de la monnaie qui serait en usage, toute la monnaie en circulation du pays ne dépasse pas 10 dollars. Aussi longtemps que la dette étrangère de notre peuple et

Page 1