III
Ces raisonnements, d’ailleurs, font surgir une nouvelle question. Henri de Gand a déclaré que l’existence n’était rien qu’un certain rapport de ressemblance entre l’essence et le Créateur. Si l’on ne veut point que l’existence soit réellement distincte de l'essence, il faut qu’entre une ressemblance et la chose qui en est le fondement, il n’y ait point, dans la réalité, de distinction. C’est bien ce qu’affirmait Henri, et c’est ce que Richard répète à son tour '.
Celui-ci, d’ailleurs, n’avait pas attendu le temps de sa première discussion quodlibétique pour admettre, touchant l’essence et l’existence, l’opinion de celui-là. 11 la soutenait déjà en ses Questions sur les Sentences. Peut-on, par exemple, de la thèse d’Henri de Gand, souhaiter résumé plus clair et plus formel que celui-ci 8 :
« L’existence n’ajoute rien à l’essence, si ce n’est une relation entre cette essence et le modèle qu’elle a en la pensée de Dieu. La créature, en effet, a un certain rapport avec ce modèle aussi bien lorsqu’elle est faite, que lorsqu’elle n’est point encore faite, mais seulement faisable ; toutefois, le rapport n’est pas, en ces deux cas, de même sorte. La créature faite a, avec son modèle, un rapport réel; la créature qui est non point faite, mais seulement faisable, n’est point, d’une manière actueUe, en rapport avec son modèle ; elle n’a avec lui qu’un rapport de raison. Car les créatures, avant d’être faites, n’avaient point d’autre existence qu’une existence conceptuelle, qui n’est point une existence réelle et en acte, mais seulement une existence de raison. Puis donc que l’existence exprime quelque chose de réel, elle ne convient pas aux créatures qui ne sont point encore faites et sont seulement faisables ».
Nous devons désormais nous attendre à trouver très souvent, en Richard de Middleton, un disciple d’Henri de Gand ; la théorie développée par le Maître franciscain au sujet de la matière va, en mainte occasion, justifier cette prévision.
Au sujet de la matière angélique, Richard ne suit pas Àvicébron au delà de l’affirmation que cette matière existe ; en ce qu’il dit 3 pour établir que cette matière n’est pas de même genre
1 . Ricardi de Media Villa Quodlibela ; quodlib. I, art. II, quæst. III (marquée
quæst. IX) : Utrum relatio realiter idem sit cum suo fundamento. Ed. cit,.
pp. i4-i5. . .
2. R ica iv di de Media Villa Quæsliones in libros Sentenliarum ; lib. III, dist. VI, art. II, quæst. II : Utrum in Christo suit duo esse. Ed. cit., t. III,
3. Ricardi de Media jVilla Op. laud., Lib. II, Dist. III, art. II, quæst. I ; éd. cit., t. II, pp. 49‘5o<