III
différente de l’essence, mais qu’elle en diffère seulement suivant
la raison ou suivant l’intention ».
Plus tard, il s’enhardit : « Certains se croient tenus de dire, écrit-il alors que l’existence est chose réellement differente de l’essence, qu'elle est l’actualité de l’essence comme la forme est l’actualité de la matière. De même que la matière est, de . ,
également en puissance de la forme et de la privation, de cette forme, de même l’essence, en ce qui la concerne, est en puissance de l’existence et de la privation d’existence... Partant, de même que la puissance de la matière ne peut être mise en acte que par quelque chose qui s’y ajoute et qui est la forme, de même la puissance de l’essence ne peut être amenée a 1 acte que pal ’ quelque chose qui s’y ajoute, et qui est l’existence. L existence différé donc de l’essence comme la forme diffère de la matière.
» Si en effet, un être qui n’est pas compose de maticre et de forme et qui n’est pas amené à l’existence par génération, mais nui est un être simple en son essence et amène a 1 etre pai créa Uon si cet être, disons-nous, n’était point tel qu’il y eut nécessairement en lui une chose qu'il a reçue de sa cause créatrice, cet être serait acte pur et existence pure, il serait a lui-meme sa propre existence, il serait infini et illimité, il serait 1 etre qui est de
soi nécessaire... ,
» En dépit de ces raisons et d’autres analogues, il parait plus
exact de dire (venus videtur dicendum ) que l’essence et 1 existence ne sont point réellement différentes. Eu raison de la production d’une chose, production par laquelle cette chose peut recevoir l’existence, il n’est point nécessaire d’admettre que 1 existence vient se composer avec la chose même ou avec 1 essence de celte chose comme certains se croient tenus de le dire. >>
C’est en ces termes fort sommaires que Godefroid passe condamnation sur l’opinion qui fut celle d’Avicenne et d’Al Gazâli, mais qui fut aussi celle de Saint Thomas.
1 D’ailleurs, s’il condamne cette opinion, ce n’est pas pour admettre celle d’Henri de Gand ; s’il rejette, entre l’essence et 1 existence, toute distinction réelle, ce n’est pas pour y mettre une distinction d’intention ; le jugement qui efface l’une lui parait également propre à effacer l’autre, car, aux paroles que nous venons de rappoi ter, il ajoute : « A cette raison se ramène presque toutes les raisons par lesquelles on prouve qu’il y a, entre l’essence et 1 existence, soit