‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 141 sur 485 · III · texte numérisé non relu

III

Philosophe en tout ce qu’il dit ici de la perpétuité du mouvement, tout cela est poison pour la foi.

» Il a admis, en effet, que la génération et la corruption ne prendraient jamais fin parce que le mouvement local ne cessera jamais. Selon lui, d’ailleurs, le mouvement local i*e s’arrête jamais car, seul, le mouvement d un mobile corruptible peut se corrompre. Or cela est directement contraire à notre foi, cai nous admettons que le mouvement du ciel s’arrêtera.

» Ce qui portait le Philosophe à admettre que les corps célestes et incorruptibles se meuvent d’un mouvement éternel et incorruptible, c’est ce principe : Les intelligences qui meuvent ces corps sont disposées de la meilleure manière possible lorsqu’elles meuvent ; afin donc qu elles soient toujours en la meilleure disposition, elles seront toujours motrices.

» Que la génération et la corruption ne doivent pas continuer sans cesse ; que les mouvements de cette sorte n’existent pas éternellement; que ces mouvements, qui plus est, doivent finir dans le temps comme ils ont commencé dans le temps, nous l’avons, plus complètement, prouvé au De generatione. Que celui donc qui veut étudier à fond cette matière recourre à ce, qu’en ce livre, nous avons traité d'une manière détaillée. »

Gilles eût également pu renvoyer le lecteur à son écrit sur le De generatione , afin qu’il y trouvât la réfutation de l’argument bien connu par lequel on montre que le temps n a pu commencer : « Les arguments de ce genre, dit-il sont sophistiques. Le temps qui a précédé la création des choses ne lut pas un temps véritable ; c’est seulement un temps imaginé... Que tous ces raisonnements-là soient sophistiques, cela se voit bien aisément. De même que Dieu a fait le monde en ce temps-ci et non pas en ce temps-là, de même l’a-t-il fait en ce lieu-ci et non pas en ce lieu-là. Si donc un lieu autre que celui où le monde se trouve ne saurait être qu’un lieu imaginé, car hors du monde il n’v a pas de lieu, si ce n’est par imagination, de même, un temps autre que le temps en lequel le monde fut fait n’est rien qu’un temps imaginé. »

Cet argument, ce n’est pas à Aristote que Gilles l’oppose, c’est au Commentateur dont il réfute les preuves en faveur de l’éternité du Monde, après les avoir rangées sous ces cinq chefs 1 2 : Preuves

1 . Ægidii Romani Op. laud., lib. VIII, lect. VI, dubium 3>" ; éd. cit., fol. 164,

2. Ægidii Romani Op. laud., lib. VIII, lect. VI ; éd. cit., fol. 1O2, col. d, à fol. 164, col. b.

GILLES DE ROME

tirées des choses créées, preuves tirées du mouvement, preuves tirées du temps, preuves tirées des causes agissantes en général, preuves tirées des agents volontaires en particulier.

Nous n examinerons pas plus longuement cette minutieuse discussion , nous nous contenterons d’une remarque :

En ses écrits sur le De generatione , Gilles avait vivement reproché au Philosophe d’avoir affirmé que le monde était forcement éternel; il avait montré que les raisonnements d’Aristote ne suffisaient pas à prouver l’exactitude d’une telle proposition. Mais il reconnaissait, d’autre part, que le Stagirite n’eût pu, sans faire appel à des principes que la Physique ne lui fournissait pas, démontrer la possibilité même de la création du monde; cette création, il eût dû s’abstenir entièrement de la déclarer soit possible, soit impossible ; une logique très exacte lui eût commandé de demeurer, à cet égard, en une complète hésitation.

Au commentaire de la Physique , Gilles a passé presque entièrement sous silence les excuses qu’en son précédent ouvrage, il avait invoquées en faveur d’Aristote. Tout ce qu’il avait écrit'au De generatione pour énerver la valeur probante des arguments péripatéticiens, il le reprend avec soin ; mais il s’abstient de signaler l’impossibilité où se trouvait Aristote de construire des raisonnements convaincants en sens contraire. Les mêmes considérations se trouvent ainsi prendre une allure nouvelle et plus hostile au Péripatétisme.

Les discussions sur l’éternité du monde, auxquelles Gilles a' ait déjà consacré une large place en ses écrits sur le De generatione et la Physique, se déroulent avec toute leur ampleur au cours des questions qu examine l’archevêque de Bourges touchant le second livre des Sentences J.

La première des questions consacrées à ce sujet expose les diverses raisons par lesquelles les philosophes ont pensé démontrer l’éternité du monde et. prouve que ces raisons n’ont point de valeur démonstrative. Elle énumère avec beaucoup d’ordre et d’une manière très complète d’abord les raisonnements d’Aristote

i. Excellentissimi sacre théologie doctoris donuni Euidii Romani archipresulis Bituricensis : ordinis fratrum heremitarum divi Augustini • Sujjer secundo hbro Senlentiarum : opus preclarissimum incipit. Colophon • Egidii Romani Bituricensis ecclesie archipresulis super secundo Senlentiarum opus dignissimum Lucas Venetus Dominici. F. librarie artis peritissimus : summa cura et diligentia Venetiis impressum. Anno salutis Mcccclxxxij. iiij. Nonas Maij : Joanne Moceniceno inclyto Venetiarum principe ducante. Dist. I, Pars I, Quæst. XIII : Utrum mundus de necessitate fuerit æternus — Quæst.’ XiV ; Utrum posait demonstrari mundum incepisse. — Quæst. XV : Ouomodo sit intelligendum quod in principio Deus creavit cælum et terram.

d’hENRI DE GAISD a DllNS SCOT

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