‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 204 sur 485 · IV · texte numérisé non relu

IV

DUNS SCOT ET LE SCOTISME

» Il faut que toute chose soumise à la génération et à la corruption soit ou bien une chose absolument simple comme une forme ; ou bien un composé de rien et de quelque chose ; ou bien enlin un composé de quelque chose et de quelque chose. La première hypothèse, selon laquelle une chose susceptible d’être engendrée, serait simple, est absurde... La seconde l’est également, car il est impossible qu'une chose soit composée de rien et de quelque chose. Reste donc, par force, que la troisième hypothèse soit vraie, c’est-à-dire que toute chose [engendrable et corruptible] soit composée de quelque chose et de quelque chose, de matière et de forme par exemple. Mais il n’est pas absurde de dire que le composé est quelque chose et quelque chose, pas plus qu’il n'est absurde de dire que quelque chose est composé... De même qu’il ne répugne pas à une chose une par elle-même d’être une chose composée, de même cela ne répugne pas à une chose qui est formée par plusieurs entités existant en acte et réellement distinctes. »

Cette réponse implique bien qu’en la substance composée de matière et de forme, lorsqu’elle existe actuellement et réellement, il y a une multiplicité ou, tout au moins, une dualité d’actes ; il y a cet acte qu’est la forme et l’actualité de la matière, et ces deux actualités demeurent réellement distinctes l’une de l’autre. C’est la pensée d’Henri de Gand et de Richard de Middleton que nous trouvons sous la plume de Duns Scot. Cette pensée se précise parce que Scot dit au sujet de la génération des substances composées ’.

L’opinion qu’il entreprend d’examiner, c’est 1 opinion péripatéticienne, qu’il attribue spécialement au Commentateur, et qu’il formule en ces termes :

« L’agent qui engendre ne fait rien d’autre que d’amener a l’existence actuelle ce qui était déjà en puissance ; il donne donc la perfection, mais il n’est pas producteur de multiplicité. S il produisait quelque actualité qui n’eût pas existé auparavant en la matière, il serait producteur de multiplicité, ce qui est contraire à sa nature. De même, par conséquent, qu’une seule chose a existé en puissance, il faut que la chose produite en acte soit une ; il n’y aura donc pas, en la substance engendrée, deux entités absolues. »

Voici ce que Scot oppose à ces considérations :

i. Johannis Duns Scoti Scriptum Oxoniense, Lib. Il, Dist. XII, quæst. I, art. II.

l’actualité de la matière

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