‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 236 sur 485 · IV · texte numérisé non relu

IV

verait ainsi repris au point de vue conceptuel. Ce problème, à son tour, se trouve écarté par Auriol ' :

« Quand, tout d’abord, je conçois l’homme, et que je contracte ensuite ce que j’ai conçu pour en faire : cet homme-ci, de façon à concevoir cet homme-ci, je n’ajoute rien du tout, dafis ma pensée, au concept de l’homme ; ce sont deux concepts absolument séparés l’un de l’autre : l’un de ces concepts ne contient pas l’autre en lui-même ; l’un de ces concepts ne se tire pas de l’autre par voie d’addition. »

Cette claire et pénétrante analyse dont le bon sens quelque peu brutal déchire les images amoncelées par une Métaphysique trop subtile, n’est-ce pas celle dont Guillaume d’Ockam fera un continuel usage? Ne devons-nous pas reconnaître en Pierre Auriol le véritable maître du logicien anglais, celui qui fera d’Ockam le plus redoutable adversaire du Scotisme ?

S il est une doctrine en laquelle Auriol contredit à tout l’enseignement d’Henri de Gand, de Richard de Middleton et de Duns Scot, c’est assurément celle qui concerne l’actualité de la matière première. Le Docteur Franciscain reprend, et il s’en vante, la thèse d’Aristote et d’Averroès.

Lorsqu’au premier livre des Sentences, Auriol fait quelque emprunt à cette thèse, il annonce, en général, qu il en parlera plus longuement au second livre ; et, en effet, il a tenu sa promesse car, en ce livre, il examine en grand détail la nature de la matière et de la forme *.

Avant d aborder la lecture de cette minutieuse discussion,, demandons à Jean le Chanoine de nous en résumer les thèses essentielles.

« Réduite en forme, dit Jean le Chanoine *, l’opinion d’Auriol consiste en l’affirmation de trois propositions.

» La première proposition est celle-ci : Le mot matière n’exprime pas une certaine entité déterminée et distincte en acte ; il exprime purement et simplement une potentialité, une capacité de détermination ; la matière [première], c’est indistinctement, toutes les choses matérielles.

1. Pétri Aureoli Commenlarii in secundum librum Sentenliarum, Dist. IX, quæst. III, art. 111 ; p. n4, col. b.

2. Pétri Aureoli Commenlarii in secundum librum Senlentiarum, Disl. XII, quæst. I, art. I : Utrum essentia materiæ primæ ex se careat omni actu sim-

&Iiciter. Art. II : Utrum materia sit eus positivum. Art. VII (numéroté VI):

trum potentia materiæ différât realiter ab ipsa materia. Quæst. II, art. I : Utrum forma substantialis sit aliqua determinata entitas in actu in materia.

3. Joannis Canonici Quæstiones super tibros Physicorum ; lib. I, quæst. IX ; éd. cit., fol. 21, col. d.

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