‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 239 sur 485 · IV · texte numérisé non relu

IV

DUNS SCOT ET LE SCOTISME

« La nature de la matière, dit encore Auriol c’est la nature d’une pure puissance fondamentale, privée de tout acte et de toute distinction. Cependant, elle est est puissance de recevoir tout acte et toute distinction ; de telle sorte que sa nature est la puissance pure et simple (simpliciter posse), qui n’implique absolument rien de l’actualité... Dans les êtres, la matière n’est rien de distinct; elle est purement et simplement ce qui est susceptible de devenir distinct ( purum distingaibile)... Ce n’est pas une certaine nature [ratio) qui, d’une manière actuelle, soit distincte dans les êtres ; c’est une pure puissance ( purum posse), une nature qui est en puissance d’être mise en acte [potens actuari)...

» La matière, en sa nature (ratio) même, et d’une manière intrinsèque est une entité incomplète... Pour rendre cette proposition évidente, il faut remarquer qu’incomplet se prend de deux façons ; d’une façon, incomplet signifie à un faible degré, à un degré diminué; ... d’une autre façon, incomplet désigne le germe ( inchoativum ) d’une certaine nature (ratio) complète, quelque chose qui est privé de nature (ratio), qui, en soi-même, ne présente pas une nature (natura) propre et déterminée, mais qui est le germe d’une nature déterminée ; de cette façon, incomplet a même sens qu’inachevé, tronqué. C’est dans ce second sens et non dans le premier que j’entends ces mots : Etre incomplet. ..

» La matière est donc un être incomplet, parce que tronqué,, diminué, parce que germe de toute entité qui peut s’engendrer et périr; la forme, au contraire, exprime le complément, la perfection. Ainsi de la matière et de la forme est faite une chose complète et achevée ; cette chose est faite de son germe et de son achèvement. »

De la forme, d’ailleurs, voici la description 2 : « La forme exprime une pure mise en acte de la matière ; elle ne désigne pas une certaine chose (res) déterminée d’une manière actuelle.

» Voici donc ce que j’imagine : Toute entité soumise à la génération et à la destruction est une entité qui a, en elle-même, deux réalités (realitates) ; ni l'une ni l’autre de ces réalités ne désigne une nature (ratio) déterminée d’une manière actuelle ; toutes deux sont les réalités imprécises d’une même nature (ratio) déterminée, et c’est pourquoi elles sont aptes à faire une nature déterminée.

» J’imagine donc la première réalité, qui est tout ce qui est sounus à la génération et à la destruction, mais en puissance et

,. p, erre Auriol, quæst. cil., art. VII (marqué art. VI), p. 172, coll. a et b.

2. Pétri Aureoli Comrnentarii in secundum hbrum Sententiarurn, Dist. XII, quæst. II, art. I, p. 17 col. h, et p. 175, col. a.

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