‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 298 sur 485 · VI · texte numérisé non relu

VI

que tout être (le grandeur finie ; nécessairement, donc, il a plus de part à l'existence.

» Or l'être de grandeur finie existe ; donc il est nécessaire que l’être infiniment grand existe.

» Mais nous nommons Dieu cet être qui est l’infini. Il est donc nécessaire que Dieu existe. »

L’influence de Saint Anselme se reconnaît bien aisément en cet argument, qui peut servir de type à tous ceux que Lull développe avec une audacieuse confiance.

B. Le Grand Art.

Cette confiance en la puissance de la raison ne demeurera pas toujours aussi entière au cours de l’œuvre logique que Raymond va accomplir, en vue du Grand Art dont il aspire à formuler les règles ’.

Les opérations de l’Arithmétique sont, en dernière analyse, des suites de syllogismes ; une grande justesse d’esprit serait requise pour dérouler sans aucune défaillance ces longues chaînes de raisonnements. Les mathématiciens leur ont substitué des règles fixes qu’il suffit d’appliquer avec une précision de machine pour être assuré de l’exactitude du résultat obtenu ; à la déduction, ils ont substitué le calcul, où les diverses qualités de la raison ne sont plus requises, où un esprit faux aboutira sûrement à des conséquences justes pourvu qu’il conforme toutes ses démarchés à l’algorithme prescrit.

Ce que les mathématiciens ont pu faire dans le domaine de l’Arithmétique, ne le pourrait-on faire en tout domaine où le raisonnement est maître ? Ne pourrait-on tracer des règles absolument précises et fixes qu’il suffirait de suivre ponctuellement pour énumérer, sans défaillance possible, toutes les questions qu il y a lieu de poser en un sujet donné, et pour formuler les réponses qui doivent être faites à ces questions ?

Créer cette sorte de calcul universel qui permettrait même à l’esprit le plus faux de philosopher justement en toute matière, ce fut une des grandes ambitions de Raymond Lull. C’est parce qu’il a prétendu découvrir les procédés de ce Grand Art qu il est le plus souvent cité par les historiens et, avouons-le, cité avec une

i Quel était le véritable objet de Lull en composant son Grand Art c’est ce que M. J. H. Probst examine en un des chapitres les plus intéressants de la thèse qu’il a consacrée à notre auteur (J. H. Probst, Caractère et origine des idées du Bienheureux Raymond Lull, Toulouse, 1912, pp. 56-67).

LE REFLUX DE l’âRISTOTÉLISME

nuance de raillerie. Et cependant, l’œuvre qu’il souhaitait d’accomplir n’cst-elle pas, au fond, la même que cette Mathématique universelle à laquelle songeait Leibnitz, que cette Logistique dont certains de nos contemporains, et non des moindres, s’efforcent de poser les principes?

L'Ars magna , generalis et ultima 1 qui, parmi les nombreuses œuvres de Raymond Lull, est une des plus considérables et, sans contredit, la plus connue, fut commencée à Lyon en 1305 et achevée à Pise, dans le monastère de Saint Dominique, en 1308 *.

Gomme Roger Racon, Raymond Lull aimait à revenir, à maintes reprises, sur les ouvrages qu’il avait déjà publiés, pour les compléter, les rédiger sous une forme nouvelle, les réunir les uns avec les autres. Aussi le traité dont nous venons de parler n’avait-il pas été fondu d’un seul jet et l’épithète d ultima n’avait-elle pas été donnée sans raison à Y Ars magna. Dès les premières lignes, l’auteur prend soin de nous en avertir : « Nous avons écrit, dit-il 3, un grand nombre d ’ Arles generales ; aussi avous-nous voulu les exposer plus clairement au présent A>\s generalis que nous nommons le dernier [ultima). Nous ne nous sommes pas proposé de taire un ouvrage différent des autres, mais seulement une compilation de ces autres Artes generales ; en outre, nous avons ajouté, d’une manière explicite, quelques sujets nouveaux. »

En eüet, on possède * de Raymond Lull une Tabula generalis ad omnes scientias applicabilis qui fut commencée dans le port de Tunis, le 15 septembre 1292, et achevée à Naples le jour de l’Epiphanie de 1 An 1293. A la fin de ses Articuli fxdei qui sont, nous lavons dit, datés du 24 juin 1296, notre auteur déclare que les démonstrations données en cet ouvrage ont été découvertes « selon la méthode et 1 art de la Tabula generalis » qu’il a publiée.

Les opuscules intitulés Ars generalis, Ars inventoria, Ars inveniendi veritatem, se multiplient sous la plume de notre auteur, avant de venir se fondre en Y Ars magna et ultima. C’est sans doute parmi ces écrits précurseurs de l’ A rs magna qu’il faut ranger un traité assez étendu, où le plan de l’Ar.ç magna se reconnaît déjà, et qui a pour titre Opusculum de auditu Kabba/istico s. A

c ^rS’ rna9na el u^llma M. Raymundi Lullii, Bonarurn Actiurn Magistri, et Sacræ Theologiæ Professons urnplissimi (Raymundi Lullii Opéra, éd. cil., pp. 218 6rt3).

VVaddingi Scnptores Ordinis Minorum, novissima editio, Romæ, MCMVI ; p. 197.

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