‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 309 sur 485 · VI · texte numérisé non relu

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tienne peut, non seulement, être défendue contre tous ceux qui 1 attaquent, mais encore être prouvée. En outre, toute autre religion peut être ruinée par raisons nécessaires... Il semble dur et périlleux aux infidèles d abandonner leurs croyances pour embrasser d autres croyances et une autre foi ; mais qui d’entre eux pourrait se défendre de quitter ce qui est faux et impossible pour ce qui est véritable et nécessaire? ... Nous avons dit qu’en ce traité, notre seule intention avait été de montrer que la foi chrétienne se peut prouver par raisons nécessaires. »

Combien ce langage, où respire une si superbe confiance en la force du raisonnement philosophique, diffère de celui que, quelques années plus tard, nous fait entendre VArs magnai

« La loi 1 dure par la durée que Dieu donne, tandis que la compréhension ( inlelligere ) ne dure que par la science acquise. Il résulte de là que la foi est en haut et que lintelligehce est en bas. ... La Cause première peut plus que la cause seconde, et lorsque le pouvoir de la cause seconde est soutenu par le pouvoir de la Cause première, alors la cause seconde a un pouvoir qui la surpasse elle-même. Voilà pourquoi, grâce à la Cause première, 1 intelligence peut croire en cette Cause ; ce qu elle peut par ellemême, c est de comprendre Dieu, mais à la condition que sa croyance vienne en aide à sa compréhension ; selon ce que dit hsaïe : « Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas. » Ainsi en serait-il d un homme qui, tout d’abord, n’était point philosophe et qui, ensuite, devient philosophe ; qui, lorsqu’il n était point philosophe, croyait en l’existence de Dieu, et qui, devenu philosophe, comprend que Dieu existe ; alors, l’intelligence de cet homme monte, par la compréhension, au degré où elle se trouvait déjà par la croyance. Je ne dis pas, cependant, que la foi soit pour cela détruite ; mais elle monte elle-même à un degré plus élevé... De même que la volonté ne peut, sans la charité, aimer son objet suprême, de même l'intelligence ne peut, sans la foi, comprendre son objet suprême... La vérité est le principe commun de lintelligence et de la foi; mais, par la croyance, la foi se trouve plus haut placée en la vérité que l’intelligence ne 1 est, en comprenant ; et quand l’intelligence monte, en la vérité, à un degré plus élevé que celui où elle se trouvait, la foi, elle aussi, s élève d un degré en cette même vérité... Lorsque l’intel-

i vinRAn“U? Lull" Ars magna ; IXa pars : De novem UAUI : De fade per pnacipia deducta. Ed. cit., pp. 454-457.

subjectis ;

Cap.

ligence croit, elle ne distingue pas les modes et les conditions nécessaires ; elle saisit d’une manière large et confuse ; lorsqu’au contraire l’intelligence comprend vraiment, elle conçoit d’une manière nécessaire et exempte de confusion. L’intelligence agit donc d’une manière instantanée lorsqu’elle croit, et d une manière successive lorsqu’elle comprend. 11 est évident par là que 1 intelligence, en croyant, s’élève plus qu’en comprenant, car lorsqu’elle croit, l’acte qu elle accomplit surpasse sa propre nature... Lorsque, par la compréhension, l’intelligence a atteint un certain degré, la foi la prend en ce degré et, à l'aide de la croyance, la dispose à monter par la compréhension au degré suivant ; il en est ainsi jusqu’à ce que l intelligence parvienne à son premier Objet ; alors elle se repose en comprenant, mais plus encore en croyant. La foi est donc le moyen par lequel l’intelligence acquiert le mérite et monte jusqu’au premier Objet ; c’est ce premier Objet qui, en l'intelligence, infuse la foi, afin que cette foi soit, pour l’intelligence, comme un pied à l’aide duquel elle montera. Par sa nature, l’intelligence possède déjà un autre pied, qui est la compréhension. Elle est comme un homme qui monte à l’échelle à l’aide de ses deux pieds; sur le premier échelon, elle pose d’abord le pied de la foi, puis, sur ce même échelon, le pied de la compréhension; alors, sur le second échelon, elle pose, en premier lieu, le pied de la foi et, en second lieu, le pied de la compréhension ; elle monte ainsi, échelon par échelon, la foi prenant toujours les devants et la compréhension venant ensuite... Le but de l’intelligence n’est pas de croire ; c’est de comprendre ; mais la foi est l’instrument à l’aide duquel elle élève sa compréhension en élevant sa croyance. »

Le même homme qui, en 1296, disait avec tant de conviction : Intel/ige , ut credas , répète, en 1308, avec non moins d’insistance : Crede, ut intelligas. Par une voie bien différente assurément, il est arrivé au point que Guillaume d’Ockam atteindra bientôt ; il ne croit plus que la raison humaine puisse, par les seules ressources de sa nature, établir les vérités métaphysiques que l’Eglise nous demande de croire fermement.

Lorsqu’Ockam demandait aux Parisiens de se méfier des forces de la Philosophie, il trouvait un auditoire tout disposé à favorablement accueillir cet enseignement, car l’enseignement de Lull l’y avait préparé. L’influence du franciscain de Majorque semble, en effet, avoir été fort grande en cette Université de Paris où, maintes fois, il vint se reposer de ses lointains et périlleux voya-

LE REFLUX DE L’ARISTOTÉLISME

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