VIII
tous les membres d’une même famille sans ressembler à aucun d’entre eux.
I uisqu un concept universel n’est rien qu’une connaissance trouble et confuse, où donc trouverons-nous la connaissance claire et distincte ? N est-ce point dans l’acte par lequel nous saisissons les choses singulières ! N est-ce point dans le concept particulier? 1 « A cette question, je réponds brièvement-: Oui, dit Ockain. Le concept commun, en effet, c’est la connaissance confuse , le concept propre est donc la connaissance claire...
» Mais peut-être doute-t-on, touchant la façon dont on doit admettre que les actes intellectuels sont des concepts.
» Je réponds que voici la manière dont il le faut admettre.
» L intelligence, par 1 opération que nous nommons intencio , saisissant une chose singulière, en dégage en elle-même une connaissance intuitive qui est simplement la connaissance de cette chose singulière ; par sa nature, cette connaissance a pouvoir de remplacer cette chose singulière ( supponere pro re singulari ). Ce mot . Socrate, remplace la chose qu il signifie ; en sorte que si nous entendons ces paroles : Socrate existe, nous ne concevons pas que ce qui existe, c’est ce mot : Socrate, que nous entendons, mais bien la chose qui est désignée par ce mot. De même celui qui verra et connaîtra qu’on affirme quelque chose de cette intentio d une chose singulière, ne concevra pas que c’est cette intentio qui est telle ou telle, mais il concevra que ce qui est tel ou tel, c est la chose dont elle est l 'intentio. Ainsi donc, de meme que, par institution humaine, le mot est mis à la place de ce qu’il désigne, de même, par nature, Y intentio est mise à la place de la chose dont elle est Y intentio .
» Mais outre cette intentio de la chose singulière, l’intelligence se forme à elle-même d’autres in/entiones qui ne sont pas plus de cette chose-là que d’une autre chose. Ce mot : homme, ne désigne pas Socrate plutôt que Platon ; on ne le met pas à la place de Socrate plutôt qu’à la place de Platon. De même, par 1 intentio [à laquelle ce mot correspond], on ne conçoit pas Socrate p utôi que Platon ou que n’importe quel autre homme. De même, u y a dans 1 intelligence une connaissance par laquelle nous ne connaissons pas plutôt tel animal que tel autre animal ; et ainsi de chacune de nos intentiones generales.
i . Guglelmi de Okam Op laud., quæst. VII : Utrum conceptus proprius singulans sit cognitio propria; ms. cit., fol. 2, col. b. P proprius s.n-